Alechinsky & Aboriginalités @ MRBA –>1/8

Alechinsky Carta Canta ***

Petite et intéressante exposition de l’un de nos plus grands artistes belges non seulement par le parcours, la créativité, le style unique mais encore, la longévité. 

Né en 1927 à Bruxelles (St-Gilles), Pierre Alechinsky fait à intervalles réguliers, depuis près de 5 décennies, des donations au Musée d’art ancien de sa ville natale. Pour le plus grand bonheur des visiteurs, autochtones et allochtones. A 93 ans bien sonnés, bon pied, bon œil, ce membre fondateur du groupe avant-gardiste Cobra dans l’Europe d’après-guerre (il dira que le mouvement a été son école) n’a cessé de créer, inventer et coucher sur la toile, la palette infinie des possibilités de son coup de pinceau, reconnaissable entre tous. A ses débuts, il peint à l’huile sur toile, ensuite à l’acrylique sur papier puis à l’encre, plus rapide, souple, fluide, en harmonie avec le geste. 

Un travail qui semble émaner d’une introspection personnelle, mise en lumière sous des formes diverses, à la fois graphique, ludique, noire et blanche ou colorée, joyeuse et profonde. Quel cocktail. Un enthousiasme assorti d’un humour que l’on sent poindre derrière la plupart des œuvres, qu’elles soient petites, anecdotiques ou magistrales (comme celle du grand hall d’entrée du musée) et quel que soit le medium : dessins, eaux fortes, lithos, gravures, aquarelles, etc. 

L’exposition est jolie, la vidéo très bien filmée (sauf le son, quasi inaudible) mais n’hésitez pas à la prolonger par un parcours dans le Musée Fin-de-siècle où vous en découvrirez d’autres. 

Pierre Alechinsky ? Ce peintre russe d’origine juive, formé à Decroly puis à la Cambre où il étudie entre autres la typographie et les techniques de l’imprimerie, influencé par Jean Dubuffet, Henri Michaux et les surréalistes est peut-être avant tout un calligraphe, une technique acquise en Extrême-Orient. Quelle personnalité.  

Aboriginalités **

Je ne vous cache pas ma déception sauf de celle de retrouver dans la 1re salle, l’installation de Richard Long de ‘Be Modern’, l’exposition précédente, à la vue de ses toiles issues de cette culture aborigène qui me plaît normalement beaucoup. Depuis la nuit des temps, ces artistes australiens reconnus dans le monde entier s’expriment sur leur sol, les parois de leurs grottes, dans le sable, sur leurs corps et… jusque dans le ciel, s’ils le pouvaient ! Le cosmos, les étoiles sont leurs inspirations et leurs aspirations.

Même si en les photographiant, les toiles prenaient une autre dimension, les quelques 250 pièces de la collection de Marie Phillippson ne m’ont malheureusement pas convaincue. J’en ai trouvé beaucoup sans relief, fades, plutôt tristes, juste décoratives. J’ai eu parfois l’impression de déambuler dans l’une des éditions de l’Affordable Art Fair… L’idée de Michel Draguet, le conservateur d’en mettre certaines en rapport avec la collection du musée est excellente évidemment et à ce niveau-là, c’est vraiment la dernière salle la plus convaincante avec Walter Leblanc et Magritte. 

Certains de mes détracteurs disent que je suis toujours très (trop ?) enthousiaste. C’est vrai que je choisis en général ce que je vais voir et sur quoi, je vais écrire et bien, « Aboriginalités » montre que ce n’est pas toujours le cas… J’attends déjà avec impatience la 2e exposition sur le sujet, en provenance d’une grande collection suisse qui aura lieu à l’automne au Musée du Cinquantenaire pour y confronter (ou y conforter ?) mon regard et ma plume. 

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 1er août

Musées Royaux des Beaux-Arts

3, Rue de la Régence

1000 Bruxelles

Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 17h ; les weekends de 11h à 18h

Fermé le lundi & le 1er mai

SUR RESERVATION ON LINE

www.fine-arts-museum.be

Photo Brussels Festival @ HANGAR –>25/4

Photo Brussels Festival. “The World Within”

5e édition de ce festival de photo mis sur pied par la dynamique et compétente Delphine Dumont qui est directrice de l’espace depuis quelques années déjà. 

En lançant au début de la crise sanitaire ce thème en pâture aux artistes européens confinés, l’appel a été entendu et quelques mois après, elle recevait pléthore de dossiers, plus intéressants les uns que les autres. Le jury en a sélectionné 27 que l’on découvre aujourd’hui aux cimaises de l’endroit. 

Mes préférences vont vers les travaux des Belges Nick Hannes (1974) et Lucas Leffler (1993), de l’Allemande Laure Vasconi (1965), du Finlandais Giovanni Hänninen (1976), de la Française Sarah Bouillaud (1985), de la Hongroise Kíra Krász (diplômée en photo de l’Université de Brighton) avec une mention spéciale pour les courts « Films as an Escape » du Français Gérome Barry (diplômé à la fois de Sciences Po et de La Fémis, la fameuse école de cinéma parisienne) dont vous n’oublierez plus le nom après les avoir vus. Je ne vous en dis pas plus mais à seuls, ils valent la visite. Quelle créativité, quelle maitrise !

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 25 avril 2021

Hangar. Photo Art Center

18, Place du Châtelain

1050 Bruxelles

Tél. : +32 2 538 00 85

Ouvert du mardi au samedi de 12h à 18h. Réservation en ligne obligatoire

contact@hangar.art

www.hangar.art

Francis Dusépulchre, Lucy + Jorge Orta @ LA PATINOIRE –> 21/4

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Francis Dusépulchre. « Le langage des ombres »

La presse est dithyrambique au sujet de cette expo. Je le suis un peu moins. 

Né en 1934 et décédé en 2013, nous voilà face au travail d’un artiste belge aussi modeste qu’inclassable. On est plongés dans une œuvre minimaliste qui n’est pas sans évoquer de loin Lucio Fontana, Jo Delahaut, Pol Bury, la grande Marthe Wéry (exposée récemment dans la galerie) et même plus récemment Michel Mouffe, s’intéressant comme eux à la surface tant picturale que spatiale, son mouvement, sa couleur monochrome, son volume, les jeux de lumière (comme dans les caissons en plexiglas) mais beaucoup plus en douceur que les autres et surtout sans angles droits et lignes parallèles. Deux œuvres se dégagent du lot à mes yeux : les « Buildong », ces bronzes massifs en acier poli aux proportions parfaites qui datent de 1977.

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Lucy + Jorge Orta. « Masking »

Les voilà de retour dans la galerie avec une série de masques en verre de Murano, dessinés par Lucy confinée dans sa maison-atelier parisienne. Son intention initiale était celle de s’amuser sur le thème du masque aussi coloré que grotesque et comique. Pari réussi ! Ils sont un véritable pied de nez à la morosité ambiante. Il faut dire que le couple avait de la matière sur le sujet, ayant glané au fil de leurs voyages de par le monde, des masques de tous types issus de différents cultures et ethnies. Original.

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 24 avril 2021

La Patinoire Royale / Galerie Valérie Bach

15, Rue Veydt

1060 Bruxelles

Tél. : +32 2 533 03 90

Ouvert le mercredi de 14h à 18h et du jeudi au samedi de 11h à 19h

contact@prvbgallery.com

www.prvbgallery.com

« Structures of Radical Will » @ CAB–>24/7

« Structures of Radical Will »

Je vous conseille en arrivant, avant de visiter l’exposition, de lire d’emblée le petit fascicule. 

Entre minimalisme et post-minimalisme, en adéquation parfaite avec l’architecture du lieu, Béatrice Gross nous met face à dix artistes, et non des moindres, dont deux contemporains. C’est elle dont on avait admiré le travail de commissaire des expositions conjointes de Sol Lewitt au Musée M de Louvain et au Centre Pompidou-Metz qui est la curatrice. 

On commence en couleur avec les « Overlapping parallels » du Français François Morellet (1926-2016), lignes autocollantes qui strient la fenêtre du petit jardin ; on poursuit en pénétrant sous les « Trajectories » de l’artiste roumaine Marion Baruch (1929), de grands fils en textile rouge et noir découpant l’espace qui nous amènent devant les « Linear Paintings », les tableaux de la Franco-canadienne Kapwani Kiwanga (1978) qui dans ses recherches sur l’architecture disciplinaire « et ses stratégies d’influence physiologique ou psychologique » reproduisent les couleurs des murs des écoles, prisons, hôpitaux, asiles… 

Au milieu de l’espace trônent les « Incomplete Open », ces cubes inachevés de l’Américain Sol LeWitt (1928-2007) auxquels répondent les « Round wood bar », les célèbres bâtons d’André Cadere (1934-1978) tout aussi incomplets :  « objet tridimensionnel de taille variable, la barre de bois rond n’a ni haut, ni bas, ni face, ni revers, ni début, ni fin » ce que l’artiste polonais appelle une peinture sans fin. N’empêche qu’ils sont jolis. 

Tout un parcours qui nous emmène face à une œuvre majeure de l’Américain Robert Morris (1931-2018), de larges pans de feutre industriel découpés suivant des motifs géométriques simples qui ne trouvent leur forme définitive qu’une fois accrochés au mur. Là rentre en jeu la pesanteur qui donne toute sa dimension à l’œuvre, à la fois molle et rigide. Monumental. 

C’est à l’artiste du Suriname stanley brouwn (sans majuscules svp) (1935-2017), figure centrale de la première génération d’artistes conceptuels européens – elle vivait à Amsterdam – que l’on doit la structure de bois qui épouse un coin de l’espace mural, auvent en supplément, presque comme un parloir ou un abri qui attise inévitablement notre curiosité. La chaleur de la matière y est sûrement pour quelque chose. 

Enfin, ne ratez pas « Hand Movie », le petit film de la chorégraphe et danseuse américaine Yvonne Rainer (1935) tourné en 1966 lorsqu’elle était en convalescence, immobilisée sur son lit où ses doigts se substituent à son corps alité, dans des mouvements souples de plus en plus complexes. Aussi subtil que magnifique ! 

Notez que l’exposition se divise en deux parties qui se feront écho lors de l’ouverture en juin du nouvel espace de la Fondation à St-Paul de Vence. 

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 24 juillet 2021

Fondation CAB

32-34, Rue Borrens

1050 Bruxelles

Ouvert du mercredi au samedi de 12h à 18h

info@fondationcab.com

www.fondationcab.com

Raveel @ Bozar –>21/7

Terwijl ik mij naar de tentoonstelling begaf vroeg ik mij wel af welke meerwaarde ‘ Raveel in BOZAR’ kon bieden versus ‘Raveel in zijn eigen museum’. Dit laatste heeft het enorme voordeel van zich pal in het centrum van Machelen-aan-de-Leie te bevinden en dat alle uithoeken van het dorp terug te vinden zijn in Raveel’s schilderijen. En toch… de Bozar-tentoonstelling is verbluffend : uiteraard komen alleen topwerken uit het hele land aan bod, maar vooral is het een uiterst verfijnde en intelligente enscenering. Dit is het werk van de Duitse curator Franz Wilheim Kaiser. Hij deelde de verzameling in een tiental thema’s die elk een aspect van Raveel belichten: het (gezichtsloze) portret, het landschap, de moderniteit op het platteland, het vierkant, binnen en buiten, de strepen, het karretje, de invloed van andere hedendaagse kunstenaars (zoals Rauschenberg) enz. Het wordt dus een boeiende verhaallijn doorheen het werk van een tegendraadse kunstenaar die op enkele uitzonderingen na nooit zijn geboortedorp heeft verlaten. 

Vergeet niet de bezoekersgids te downloaden en wie de Canvas reportages gemist heeft kan ze op hun site nog bekijken.

Bozar schrijft:

In 2021 zou Roger Raveel (1921-2013) 100 jaar geworden zijn. Een ideale gelegenheid voor BOZAR om een grote retrospectieve aan zijn werk te wijden. 


Raveel wordt beschouwd als een van de belangrijkste Belgische schilders van de tweede helft van de 20e eeuw, maar hij onderscheidde zich radicaal van zijn generatiegenoten door een geheel eigen en bijzondere beeldtaal, balancerend tussen figuratie en abstractie en met zijn eigen omgeving als belangrijkste inspiratiebron. 


Doorheen verschillende thematische hoofdstukken traceert de tentoonstelling Raveels lange artistieke parcours en het ontstaan van zijn unieke plastische visie. BEZOEKERSGIDS pdf

PLAATS

BOZAR/Paleis voor Schone Kunsten
Ravensteinstraat 23
1000 BRUSSEL

TARIEVEN

€ 14 – 12
– 30: € 7Tickets

En me rendant à l’exposition, je me suis demandé quelle valeur ajoutée « Raveel à BOZAR » pouvait offrir par rapport à « Raveel au Raveelmuzeum ». Ce musée a l’énorme avantage d’être situé en plein centre de Machelen-aan-de-Leie ou tous les recoins du village se retrouvent dans les peintures de Raveel. Et pourtant… l’exposition Bozar est étonnamment passionnante : il n’y a bien sûr que des pièces maîtresses en provenance de tout le pays, mais c’est avant tout un accrochage et une mise en scène extrêmement sophistiquée et intelligente. C’est l’œuvre du conservateur allemand Franz Wilheim Kaiser. Il a divisé la collection en une douzaine de thèmes, chacun mettant en évidence un aspect de Raveel : le portrait (souvent sans visage), le paysage, les rayures, le petit chariot, le carré, la modernité dans la campagne, l’intérieur/extérieur, l’influence d’autres artistes contemporains (comme Rauschenberg) etc. L’expo  devient donc un parcours neuf et fascinant à travers le travail d’un artiste ‘à contretemps’ qui, à quelques exceptions près, n’a jamais quitté son village natal. 

N’oubliez pas de télécharger le guide des visiteurs . Pour les bons bilingues il y a les reportages sur Canvas qui peuvent être encore consultés sur leur site

BOZAR écrit

Roger Raveel (1921-2013) aurait eu 100 ans en 2021. Une occasion idéale pour BOZAR de consacrer une grande rétrospective à son œuvre. 


Raveel est considéré comme l’un des peintres belges les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, mais il se distingue radicalement de ses contemporains par un langage visuel tout à fait unique, à mi-chemin entre figuration et abstraction, prenant son propre environnement comme principale source d’inspiration.


À travers plusieurs volets thématiques, l’exposition retrace le long parcours artistique de Raveel et l’émergence de sa vision plastique unique.

LIEU

BOZAR/Palais des Beaux-Arts
Rue Ravenstein 23
1000 BRUXELLES

TARIFS

€ 14 – 12
– 30 : € 7Tickets

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Denicolai & Provoost | Hello, are we in the show? – SMAK GENT –> 30/5

Ik volg het kunstenaarsduo Denicolai & Provoost al geruime tijd en bij iedere tentoonstelling ben ik onder de indruk van de poëtische kracht van hun werk. Dat het gaat over ‘kunstwerken’ uitgestald aan de vensterramen die we dagelijks voorbijwandelen, taarten als een alternatief monument voor de stad Genk, de Disney-like herinterpretatie van een wandeling door het Zoniënwoud of absurde  rotondeprojecten : alle werken raken een poëtische snaar in ons. Soms doet het denken aan Francis Alÿs, soms aan Broodthaers,  soms Jacques Tati : hun kunst is moeilijk onder één noemer terug te brengen. En als er toch één noemer is , dan is het wel het poëtiseren van het dagelijks leven. Om tijdens het bezoek niet verloren te lopen in de verborgen betekenissen  moet u zeker het bezoekersboekje hier downloaden , want ter plaatse is het niet beschikbaar. Een bezoek aan het Smak kan rustig een hele namiddag in beslag nemen er is nog altijd de tentoonstelling van Anna Boghiguian die loopt tot 21 mei ,  Olivier Loïc met een herdefiniëring van de materialiteit van sculptuur, een ‘curators choice’ met onder anderen  het prachtige werk van Jacqueline Mesmaeker (die reeds in  Strombeek te zien was) en natuurlijk het Broodthaers cabinet die een uitstekende inleiding vormt voor Denicolai & Provoost. Ter plaatse zijn enkele mappen met uitstekende uitleg over deze nogal cryptische kunstenaar.

Ruim twintig jaar werken Simona Denicolai (°1972, Milaan, Italië) en Ivo Provoost (°1974, Diksmuide, België) als kunstenaarsduo aan een multidisciplinaire praktijk die ons gewoontedenken en routinegedrag probeert te verstoren. Via protocollen en scenario’s, die ze met veel aandacht voor de eigenheid van een plek uitschrijven, betrekken ze mensen, objecten en verhalen als ‘medewerkers’ bij het artistieke proces. De uitwisselingen die zo ontstaan zijn ingebed in een lokale realiteit, maar raken ook aan universele thema’s zoals burgerschap, identiteit en solidariteit. 

Hun procesmatige werkwijze benoemen ze als ‘sculpturale actie’ en omvat handelingen die bestaande elementen van hun vertrouwde context loskoppelen, herschikken of verbinden tot nieuwe vormen. Ze vinden hun neerslag in uiteenlopende vormen zoals performances, videowerk, installaties, modellen en studies, die allen betekenis putten uit de invulling van kunst als een actief begrip. 

de mededeling van het SMAK

De tentoonstelling biedt een uitgebreid overzicht van het werk van Denicolai & Provoost en verzorgt de eerste museumpresentatie van hun recente animatiefilm ‘HELLO, ARE WE IN THE SHOW?’ (2019). De film is een co-productie met S.M.A.K. en werd voor de gelegenheid omgebouwd tot een indrukwekkende installatie

.Expogids

Je m’intéresse au duo d’artistes Denicolai & Provoost depuis un certain temps déjà je suis impressionné à chaque exposition par la puissance poétique de leur travail. Qu’il s’agisse d'”œuvres d’art” exposées dans les vitrines de maisons que nous croisons tous les jours, de gâteaux en tant que monument alternatif pour la ville de Genk, de la réinterprétation à la Disney d’une promenade dans la forêt Soignes ou de projets absurdes pour des ronds-points : toutes les œuvres touchent en nous une fibre poétique. Parfois en rappelant Francis Alÿs, parfois Broodthaers, parfois Jacques Tati… leur art est difficile à ramener sous un seul dénominateur. Et s’il y en a un, c’est la poétisation de la vie quotidienne. Afin de ne pas vous perdre dans les significations cachées et les second degrés lors de votre visite, vous devez télécharger absolument le livret du visiteur, car il n’est pas disponible sur place. Vous pouvez consacrer aisément une après-midi à la visite. Il reste l’exposition d’ Anna Boghiguian qui se poursuit jusqu’au 21 mai, Olivier Loïc, qui redéfinit la matérialité de la sculpture, un “choix de commissaire” avec entre autres le splendide travail de Jacqueline Mesmaeker (déjà exposé à Strombeek) et bien sûr le cabinet Broodthaers, qui est une excellente introduction à Denicolai & Provoost. Dans le cabinet vous trouverez  quelques dossiers avec d’excellentes explications sur cet artiste plutôt cryptique.

Le communiqué du SMAK

Depuis plus de vingt ans, Simona Denicolai (°1972, Milan, Italie) et Ivo Provoost (°1974, Diksmuide, Belgique) travaillent comme duo d’artistes sur une pratique multidisciplinaire qui tente de perturber nos habitudes et nos comportements routiniers. Au moyen de protocoles et de scénarios, qu’ils rédigent attentivement face au caractère unique d’un lieu, ils impliquent des personnes, des objets et des histoires en qualité de ‘collaborateurs’ dans le processus artistique. Les échanges ainsi créés s’inscrivent dans une réalité locale, mais touchent également des thèmes universels tels que la citoyenneté, l’identité et la solidarité. Ils qualifient leur processus d’‘action sculpturale’ comprenant des actions dans lesquelles des éléments existant sont déconnectés de leur contexte habituel et réorganisés ou rattachés à de nouvelles formes. Ces actions se traduisent sous diverses formes telles que des performances, des travaux vidéo, des installations, des modèles et des études, qui toutes tirent leur sens de l’interprétation de l’art en tant que concept actif. L’exposition offre un aperçu approfondi du travail de Denicolai & Provoost et constitue la première présentation au musée de leur récent film d’animation ‘HELLO, ARE WE IN THE SHOW?’ (2019). Le film est une coproduction avec le S.M.A.K. et fut transformé en une impressionnante installation pour cette exposition.

.Guide du visiteur

CÉCILE MASSART – SARCOPHAGI – RADIOACTIVE WASTE – BOTANIQUE–>25/4

Cécile Massart a une obsession majeure : comment les futurs habitants de notre planète reconnaîtront -ils les endroits où nous avons enfoui nos déchets radioactifs. Nous nous créons une bonne conscience et les déposant  sous d’épaisses couches d’argile . Le problème est qu’il ne s’agit pas d’un espace-temps de quelques siècles mais bien de centaines de milliers d’années. Quand on sait que notre écriture à tout au plus une existence de quelques milliers d’années, on peut imaginer le défi. Il faut préciser que par rapport à la déferlante d’artistes engagés-activistes-militants qui déferle dans nos institutions Cécile Massart n’a pas un discours anti-nucléaire – même au contraire – mais il faut d’abord que l’humanité solutionne le ‘marquage’ de ces déchets. Elle est persuadée que l’art peut contribuer à créer une balise, un signe universel qui pourrait être compris et signaler le danger pour notre lointaine descendance . C’est une expo qui remet beaucoup de nos certitudes en question et pointe sur notre responsabilité dans un espace-temps jamais imaginé dans notre courte histoire humaine. Il y de belles interventions ( e.a. une vidéo de Aldo Turin) sur le passage du temps et de la temporalité de nos instruments de communication. Cliquez ici pour entendre l’artiste sur le sujet ;

Ne pas oublier d’aller voir la petite exposition de Cécile Cuvelier dans l’annexe. Cette jeune artiste interroge la ‘machine à fantasmes’ de notre imaginaire de voyage et ce besoin d’ailleurs ancré en nous.

Le communiqué du Botanique

Cécile Massart est une artiste belge qui utilise différents médiums : dessin, gravure, installation, photographie, vidéo, livre d’artiste. En 1994, la question de l’identification des sites de stockage de déchets radioactifs dans le paysage devient son principal sujet de travail. Elle entend sensibiliser les responsables des agences de gestion des déchets à la visibilité de ces lieux. Son objectif est d’inscrire dans le paysage cette strate archéologique unique du XXIe siècle, appelant ainsi la responsabilité de chacun. Quel genre de politique énergétique voulons-nous pour l’avenir ? Quel patrimoine voulons-nous transmettre ?

site Botanique pour les dernières res infos pratiques : https://botanique.be/fr/expositions

Cécile Massart heeft één grote obsessie: hoe zullen de toekomstige bewoners van onze planeet de plaatsen herkennen waar wij ons radioactief afval hebben begraven. We overtuigen onszelf dat wij al het mogelijke doen door het te begraven onder dikke lagen klei of onder te brengen onder een sacrofaag zoals in Tchernobil. Het probleem is dat wij het niet hebben over een tijdsruimte van een paar eeuwen, maar wel van honderdduizenden jaren. Als we weten dat onze lettertekens hoogstens een paar duizend jaar bestaan, kunnen we ons de uitdaging voorstellen. Ik wil goed opmerken dat -in tegenstelling met de vloedgolf van ‘geëngageerde kunstenaars, cq activisten- die door onze instellingen raast – Cécile Massart geen anti-nucleair discours hanteert – eerder het tegendeel is waar – op voorwaarde dat de mensheid een manier vindt om de locaties van radio-actief afval aan te duiden. En voor deze taak is de kunstenares overtuigd dat kunst kan helpen om een baken te creëren, een universeel gevaarteken dat voor zelfs onze verre nakomelingen duidelijk is. 

Het is een tentoonstelling die veel van onze zekerheden doet wankelen en vooral wijst op onze verantwoordelijkheid in een tijdsdimensie zoals wij ons in onze korte menselijke geschiedenis nooit hadden voorgesteld . Om Cecile Massart aan het woord te horen, klik hier.

Vergeet niet om de kleine tentoonstelling van Cécile Cuvelier in de annexe te gaan bekijken. Deze jonge kunstenares bevraagt onze fantasmen rond het reizen.

Het communiqué van Botanique

Cécile Massart is een Belgische kunstenares die gebruik maakt van verschillende media: tekening, gravure, installatie, fotografie, video, kunstenaarsboek. In 1994 werd het in kaart brengen van bergingsplaatsen voor radioactief afval in het landschap het belangrijkste onderwerp van haar werk. Het is de bedoeling om de beheerders van afvalbeheeragentschappen bewust te maken van de zichtbaarheid van deze plaatsen. Het doel is om deze unieke archeologische laag van de 21ste eeuw in het landschap in te schrijven, waarbij een beroep wordt gedaan op ieders verantwoordelijkheid. Wat voor soort energiebeleid willen we voor de toekomst? Welk erfgoed willen we doorgeven?

website Botanique voor alle praktische informatie https://botanique.be/nl/expositions

Anna Boghiguian | A Short Long History @ SMAK –> 2/5









Eerlijk gezegd ik ben geen fan van politiek geëngageerde  kunst, maar met dit criterium kan ik vandaag Quovadis sluiten. Politiek is terug van weggeweest bij ongeveer alle tentoonstellingen van hedendaagse kunstenaars. Voor Anna Boghiguian wil ik ook wel een uitzondering maken want het is een zeer subtiel en prachtig poëtisch geënsceneerd verhaal. De Armeense kunstenares reist de wereld rond met haar schets- en notaboekjes en waar ze een tentoonstelling organiseert is dit altijd verbonden met de geschiedenis van de locatie. Zo ook Gent met als thema’s textiel , katoen, Lieven Bauwens, industrialisatie, sociale onrust enz. Het is één grote installatie  die alle zintuigen begeestert . Meer info vindt u hieronder .Vergeet  het bezoekersboekje  niet te downloaden. Ter plaatse zijn er wel QR codes die u leiden naar meer info ,maar praktisch is dat niet. Tot 3 januari loopt ook nog de tentoonstelling van Chris Martin. Een mooie zaal is eveneens geweid aan Panamarenko .Het Broodthaers-kabinet zeker niet vergeten waar de collectie bij ieder bezoek uitbreidt.

SMAK schrijft: Anna Boghiguian, een in 1946 in Caïro geboren Armeense, maakt kunst sinds het begin van de jaren ’70. Ze ontwikkelde een praktijk die aansluit bij de traditie van de reizende kunstenaar en die haar al  tot in de uithoeken van de planeet bracht. Onderweg zijn inspireert haar en versterkt haar engagement. Het maakt haar alert voor de veranderlijkheid van de wereld en het specifieke karakter van omstandigheden. Als uiterst belezen en vrijgevochten denker, koppelt ze betekenis aan het verloop en de verbondenheid van de dingen. Met grote interesse onderzoekt ze hoe stromen van ideeën, goederen, mensen en kapitaal vorm krijgen, zich verplaatsen en ook uitmonden in ongelijkheden.

Uit ervaringen, literatuur en nieuwsberichten kristalliseert Anna Boghiguian tekeningen, collages, boeken, figuren knipselfiguren en complexe installaties. Schilderen doet ze in encaustiek, een oude techniek met pigment en bijenwas, die licht en transparantie geeft. Haar werken zijn uitgesproken visueel en expressief, maar laten zich ook lezen als verhalen. Boghiguian kaart er mondiale kwesties mee aan die ze op een persoonlijke manier interpreteert en terugvoert naar de belevingen van mensen, vooral van zij die het slachtoffer zijn van onderdrukking.

In haar tentoonstelling voor S.M.A.K. traceert Anna Boghiguian de geschiedenis van de mondiale katoenhandel aan de hand van een nieuwe installatie en bestaande werken. Katoen werd al in de Oudheid verbouwd en groeide uit tot één van de vroegste massaconsumptiegoederen. Gent heeft een bijzondere relatie met deze grondstof. Vanaf de 18de eeuw voerde de stad katoen in vanuit Indië en later ook vanuit de Verenigde Staten. Met de mechanisering van haar textielproductie zette ze de 19de-eeuwse industriële revolutie op het Europese vasteland in. Tot voor kort werd vanuit Gent gesponnen, geweven en bedrukt katoen over de hele wereld verhandeld. Katoen maakte de stad en haar textielmagnaten rijk, maar leidde ook tot de sociale uitbuiting van textielarbeiders, de exploitatie van gronden en gedwongen arbeid op de katoenplantages in Kongo.

Anna Boghiguian (°1946, Caïro) groeide op in Caïro en studeerde economie en politieke wetenschappen aan de plaatselijke Amerikaanse universiteit. Ze verhuisde naar Montreal om er een kunst- en muziekopleiding te volgen. Het werk van Boghiguian kwam voor het eerst onder de internationale aandacht in 2012 tijdens dOCUMENTA 13 in Kassel. Ze werd vervolgens uitgenodigd door tal van internationale musea en kunstinstituten en toonde werk op de biënnales in Sharjah (2011), Istanbul (2015), Venetië (2015), Santa Fe (2016), Sydney (2019) en op Manifesta 13 in Marseille (2020). De afgelopen vijf jaar maakte Anna Boghiguian solotentoonstellingen voor Carré d’Art, Nîmes (2016), Castello di Rivoli, Turijn (2017), New Museum, New York (2017), Museum der Moderne, Salzburg (2018) en Tate St. Ives (2019). Haar werk is opgenomen in de collecties van onder meer Castello di Rivoli, Turijn; Centre Pompidou, Parijs; Tate Modern, Londen; Museum of Modern Art, New York en Metropolitan Museum, New York.

Practisch

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alle info op website

maandag gesloten

Honnêtement, je ne suis pas un fan de l’art politiquement engagé, mais en suivant ce critère je peux tout aussi bien arrêter Quovadis tant le politique est de retour dans presque toutes les expositions d’artistes contemporains. Pour Anna Boghiguian, je voudrais faire une grosse exception car il s’agit d’une narration très subtile, très poétique et magnifiquement mise en scène. L’artiste arménienne voyage à travers le monde avec ses carnets de croquis et de notes et lorsqu’elle organise une exposition, celle-ci est toujours liée à l’histoire du lieu. Ainsi donc également à Gand avec les thèmes du textile, du coton, de l’industrialisation, des troubles sociaux, etc. C’est une grande installation qui fait appel à tous les sens.
Vous trouverez plus d’informations ci-dessous.
N’oubliez pas de télécharger la brochure pour les visiteurs. Sur place, il y a des codes QR qui vous permettront d’obtenir plus d’informations, mais ce n’est pas très pratique. L’exposition de Chris Martin se déroule encore en parallèle jusqu’au 3 janvier. Une belle salle est également consacrée à Panamarenko . N’oubliez certainement pas le cabinet-Broodthaers où la collection s’enrichit à chaque visite.

SMAK écrit: Anna Boghiguian, une Arménienne née au Caire en 1946, fait de l’art depuis le début des années 1970. Elle développa une pratique qui correspond à la tradition de l’artiste itinérant, qui l’a déjà amenée aux quatre coins du monde. Le fait d’être en vadrouille l’inspire et renforce son engagement. Cela lui permet d’être attentive à l’évolution du monde et à la spécificité des circonstances. En tant que penseuse extrêmement érudite et libre d’esprit, elle donne du sens au cheminement et à la cohésion des choses. Avec grand intérêt, elle étudie comment les flux d’idées, de biens, de personnes et de capitaux prennent forme, se déplacent dans le monde entier et entraînent également des inégalités.

Anna Boghiguian cristallise des dessins, des collages, des livres, des figures découpées et des installations à partir d’expériences, de littérature et de reportages. Elle peint à l’encaustique, une technique ancienne à base de pigment et de cire d’abeille, qui émet de la lumière et de la transparence. Ses œuvres sont particulièrement visuelles et expressives, mais peuvent également être perçues comme des histoires. Au travers de celles-ci, Boghiguian pointe des problèmes mondiaux qu’elle interprète de manière personnelle et qui renvoie aux expériences des gens, en particulier de ceux victimes d’oppression.

Dans son exposition pour le S.M.A.K., et sur base d’une nouvelle installation et d’œuvres existantes, Anna Boghiguian retrace l’histoire du commerce mondial du coton. Le coton fut déjà cultivé dans l’Antiquité et devint rapidement l’un des premiers biens de consommation de masse. Gand a une relation particulière avec cette matière première. Dès le XVIIIe siècle, la ville importa du coton depuis l’Inde et, plus tard, depuis les États-Unis. Avec la mécanisation de sa production de textile, la ville entama la révolution industrielle du XIXe siècle sur le continent européen. Jusqu’à récemment, le coton filé, tissé et imprimé fût exploité vers le monde entier depuis Gand. Bien que le coton fut une sacrée source de richesse pour la ville et ses magnats du textile, cette matière entraina également l’exploitation sociale des travailleurs du textile, l’épuisement des terres et le travail forcé dans les plantations de coton du Congo.

Anna Boghiguian (°1946, Le Caire) grandit au Caire et étudia l’économie et les sciences politiques à l’université américaine locale. Elle s’installa à Montréal afin d’y suivre des études d’art et de musique. En 2012, pour la première fois, le travail de Boghiguian attira l’attention internationale lors de dOCUMENTA 13 à Kassel. Elle fut ensuite invitée par de nombreux musées et instituts d’art internationaux et exposa ses œuvres lors des biennales de Sharjah (2011), Istanbul (2015), Venise (2015), Santa Fe (2016), Sydney (2019) et à la Manifesta 13 à Marseille (2020). Au cours des cinq dernières années, Anna Boghiguian réalisa des expositions solo au Carré d’Art, Nîmes (2016), Castello di Rivoli, Turin (2017), New Museum, New York (2017), Museum der Moderne, Salzbourg (2018) et Tate St. Ives (2019). Ses œuvres font partie des collections de, entre autres, Castello di Rivoli, Turin; du Centre Pompidou, Paris; de Tate Modern, Londres; du Museum of Modern Art, New York et du Metropolitan Museum, New York.

Infos pratiques

toute info et réservations :site smak

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fermé le lundi

« Facing Van Eyck ». The Miracle of Detail

Une manière intéressante et inédite surtout de clore cette année Van Eyck (1390-1441) qui ne s’est pas vraiment déroulée comme prévu malheureusement, pour les raisons que l’on connaît.  

On y découvre des tableaux que l’on n’aurait jamais pu voir en même temps si l’Institut royal du patrimoine artistique (rpa) n’avait pas réalisé ce travail exceptionnel. C’est Bart Fransen, à la tête du département d’Etudes des primitifs flamands qui a photographié les vingt tableaux de Van Eyck sous toutes leurs coutures avec des caméras très haute définition. 

Des recherches approfondies qui leur ont fait parcourir 25 000 km pendant 6 ans pour mettre au point cette salle de projection (et un site www.closertovaneyck.kikirpa.be) où l’on plonge d’un tableau à l’autre, d’une scène à l’autre, d’un détail à l’autre pour le plus grand plaisir des yeux. Difficile d’y rester peu de temps et de ne pas être pris au jeu car c’est nous qui décidons ce que nous avons envie d’observer ou de voir s’agrandir. Une échelle nous rappelle que ce que nous voyons en grand ne mesure à l’œil nu que quelques millimètres. 

Une exposition interactive ponctuée par 5 thèmes :  l’humain, la nature, l’architecture, la lumière et la technique. Quand je pense à mes cours d’histoire de l’art aux Facultés Universitaires Saint-Louis où mon éminent professeur Monsieur Warzée projetait une dia sur un écran au fond de l’auditoire… On en est à des années lumières aujourd’hui ! Une technique qui illustre par contre à merveille les commentaires de ces cours passionnants où un détail devient une peinture abstraite ! Des détails peints par des coups de pinceau d’artistes de cette trempe, une manière de peindre si novatrice pour l’époque, qui ouvrira petit à petit, siècle après siècle, la voie à l’art moderne et même abstrait. Je sens poindre ici les toiles de Thomas Lerooy ou Jan Van Imschoot, exposées pour le moment chez Templon à Bruxelles qui n’existeraient sans doute pas sans Van Eyck et quelques autres.

En sortant, n’oubliez pas de regarder la vidéo où Till-Holger Borchert, directeur du Groeninge Museum, dispense un brillant cours d’histoire de l’art sur le passage en Occident de l’icône byzantine au réalisme de Van Eyck. 

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 14 février 2021

Bozar

23, Rue Ravenstein

B-1000 Bruxelles

Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi

Réservation en ligne obligatoire

www.bozar.be

Freddy Tsimba « Mabele Eleki Lola ! » @ Africamuseum –>15/8

Si c’est le hasard qui fait les choses, il ne pouvait pas faire mieux ! Samedi 24 octobre, le Festival Millenium programmait au Kinograph « Système K », un documentaire incroyable sur les artistes de Kinshasa dont l’un des acteurs principaux n’est autre que… Freddy Tsimba ! Et voilà que, à peine quelques jours après, je me retrouve avec l’artiste à l’inauguration de son exposition « La terre, plus belle que le paradis » au Musée de l’Afrique à Bruxelles. 

Si le film nous emmenait sur la trace de quelques artistes dans le chaos institutionnalisé aussi cacophonique que dynamique et créatif de Kinshasa (l’une des villes les plus intéressantes que j’ai parcourues durant ces 20 dernières années), l’exposition impressionne par le côté professionnel, structuré et accompli de Freddy Tsimba qui nous donnerait presque envie de voir en lui le ‘Anthony Gormley’ africain. Le Musée de Tervuren offre l’écrin qu’il fallait à cet artiste aussi génial et créatif qu’enthousiaste et réellement charmant. (Soit dit en passant l’artiste britannique est aussi extrêmement sympathique.)  

Des œuvres certes parfois monumentales, qui défient les conditions socio-politiques, la corruption, la mort qui, avec des matériaux particuliers – douilles, machettes, etc.- font entendre un cri, un énorme cri du coeur. Des soudures réalisées sans l’aide de baguettes de soudure mais avec du fil barbelé, du câble électrique en cuivre par un métallurgiste hors norme, un homme issu de la lignée des « Grands Forgerons venus du Chalcolithique, le prestigieux Age de cuivre qui débuta en Egypte et au pays de Koush dans le Soudan actuel » écrit dans le catalogue In Koli Jean Bofane, écrivain et commissaire de l’exposition.  

Totalement concerné et en empathie avec la situation souvent catastrophique du continent africain, Tsimba est un artiste engagé qui profite de son talent pour exprimer son ressenti mieux qu’avec des mots ou des images mais concrètement, avec les instruments même de sa condition. Il refuse de fermer les yeux. C’est l’une des raisons qui explique la taille de certaines de ses œuvres, démesurées, impossibles à ignorer. Il cherche à nous ouvrir les yeux, à nous les mettre sous le nez. Il ‘parle’ de la femme dans le monde, du désespoir des migrants, des révoltes réprimées avec le sang du peuple congolais excédé de son quotidien, de son exploitation. Il détourne les objets usuels comme les cuillères, les fourchettes, les clefs, les douilles ramassées devant chez lui dans la rue après une manifestation, celles avec lesquelles on a tiré dans la foule… Il réalise une sculpture d’un croyant traversé de part en part par un crucifix « pour exorciser le pouvoir dit sacré (…) ayant servi à l’évangélisation ou à l’aliénation des peuples du Congo, jadis et qui perdurent » écrit encore l’écrivain- commissaire. Ses sculptures et ses dessins, tout aussi remarquables sont sa manière radicale de questionner, remettre en question une réalité inacceptable. Quel témoignage percutant. 

C’est avec des hommes comme lui au talent incontestable, à la voix forte et intelligible qu’un jour peut-être des choses changeront…  

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 15/8

AfricaMuseum

Leuvensesteenweg, 13

B- 3080 Tervuren

Tél.: +32 2 769 52 11

www.africamuseum.be

“Overdose” de Galila’s P.O.C.

Comment vous expliquer la sensation particulière que l’on éprouve à la découverte de l’univers de cette femme d’exception qui collectionne des œuvres depuis une quinzaine d’années, mue seulement par son instinct, ses affinités, ses coups de cœur pour de jeunes artistes connus ou inconnus qu’elle a parfois été chercher loin, dans galeries et foires internationales ou mieux dans leur atelier ? On est livré ici en pâture à de l’art qui ne se prend pas au sérieux, où les matière et texture sont souvent primordiales, l’humour omniprésent, avec une attention portée aux vêtements, chaussures, sièges, balais, cigarettes, allumettes, etc. revus et corrigés par le regard décapant d’un tel ou un tel dont on ignorera tout, à commencer par le nom. Galila a en effet décidé volontairement de n’en mentionner aucun pour préserver un regard neutre et ne pas nous influencer s’il avait déjà acquis une certaine renommée ou non. La démarche de les mettre tous sur le même pied est certes intéressante mais dommage pour ceux qui (comme moi) auraient aimé en connaître certains, question de les suivre, les approfondir voire les encourager. 

Alors collection hétéroclite, chaos ordonné, charmant capharnaum ? Sans doute les trois. 

Le tout mis en scène par la collectionneuse elle-même qui se promènera avec vous dans l’espace : un parcours jalonné de surprises ! Deux sections plus intenses touchent aux origines de Galila Barzilaï-Hollander, née en Israël et arrivée en Belgique avec sa famille pour se reconstruire après son service militaire (obligatoire). Elle s’inscrit en psychologie à l’ULB et, à la fin de ses études durant lesquelles elle a rencontré son futur mari y restera. 

En haut, une dernière salle est dédiée au noir et/ou blanc. Enfin, une grande terrasse sur le toit clôture la visite. Deux chaises aux proportions démesurées attendent vos impressions…

Et si le fil conducteur de cette singulière collectionneuse n’est-elle pas avec P comme passion, O comme obsession et C comme collection, D comme démesure ? Une démesure à la hauteur de la grande indépendance et de l’immense liberté qui se dégagent tant de la femme que de la collection.

On en ressort non seulement gonflé à bloc, avec une pêche d’enfer, le cerveau remis à zéro mais surtout conquis par cette approche de l’art sans à priori, jugement ni limite. 

Hors norme. Inédit.  

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

295, Avenue Van Volxem

B- 1190 Bruxelles (Forest)

Visite uniquement sur rendez-vous avec inscription online sur www.galilaspoc.com

Durée : 1h30’. Masque obligatoire. 

The Light House @ Empain – Fondation Boghossian–>18/4

Voilà ce que j’allais vous écrire avant la décision de fermer les lieux de la culture bruxellois : « Courez illico presto voir la nouvelle expo de la Villa

Empain pour vous défaire de la morosité ambiante et vous nettoyer lumineusement le cerveau ! » Eh bien, ce n’est que partie remise, à quelques semaines près. N’empêche que je peux déjà vous mettre l’eau à la bouche, en vous y préparant. La découverte et la réflexion autour de la lumière n’en sera que plus enrichissante. 

Une vingtaine d’installations et sculptures contemporaines couvrant près de 60 ans d’histoire du médium en interaction avec la lumière est le programme que nous a préparé Louma Salamé qui porte, une fois de plus, la double casquette de directrice et commissaire de l’exposition. Oserons-nous avouer que ‘ses’ expositions sont nos préférées ? On passe d’une salle à l’autre attiré par la lumière qui s’en dégage. Des artistes coréen, japonais, marocain, palestinien, libanais, américain et belge illuminent les cimaises de cet écrin art déco. Vous remarquerez dans la rue en arrivant, des lampadaires bleus que vous n’avez jamais vus auparavant : ils relient la Villa Empain à la ville. C’est que le propos dépasse les limites de la Fondation sous la forme d’un éclairage inédit de l’Avenue Franklin Roosevelt

Enfin, 3e volet du projet, d’autres lieux culturels à Bruxelles et en province comme les Wiels, Bozar, Kanal, Smak à Gand, M Hka à Anvers, CID au Grand-Hornu, BPS 22 à Charleroi et à l’étranger, le Parajanov Museum à Yerevan et le célèbre Sursock Museum à Beyrouth y prennent part aussi. 

Voici des précisions sur quelques œuvres en particulier : 

  • « Jusqu’à preuve du contraire », l’immense accumulation de néons dans l’atrium où est inscrite la sourate 24 du Coran – stalactites ou stalagmites selon le point de vue où l’on se place – de Mounir Fatmi (Tanger, 1970) symbolise l’association entre Dieu et la lumière dans les religions monothéistes. 
  • « Aquarius, Medium Circle Glass » issue de la série « Constellation » de James Turell (Los Angeles, 1948) où vous devez rester quelques minutes sur place pour vivre « une expérience transcendantale » à travers l’interaction de la couleur lumineuse avec la surface. 
  • Les grosses balles d’Adrien Lucca (Paris, 1983) « Yellow-free Zone », œuvre minimaliste ludique interactive qui passe par des éclairages différents et interroge notre définition même de la couleur. L’artiste est professeur en Arts visuels à La Cambre.
  • « Eternal Contradiction » ou la mise en perspective ME WE de Yván Navarro (Santiago de Chile, 1972) qui vit et travaille à New York depuis 1997. Un artiste singulier qui utilise la lumière comme matériau de base, détournant des objets en sculptures électriques et transformant l’espace par des jeux d’optique. Une œuvre habitée par les questions de pouvoir, contrôle et emprisonnement, instrument subtil (le plus efficace peut-être ?) d’une critique politico-sociale. 
  • Enfin, Mona Hatoum (Beyrouth, 1952), la célèbre plasticienne libanaise d’origine palestinienne profondément imprégnée par sa vie passée. Depuis 40 ans, toute son œuvre est basée sur les problèmes politiques et sociaux, sur l’exil, la séparation, la violence et la sexualité. La lumière y tient une place de choix. Ici, sous le titre « Misbah » qui signifie lanterne en français, elle déstabilise le visiteur physiquement (on attrape rapidement le tournis) plongé dans l’univers de cette soi-disant ‘lanterna magica’ revue à la sauce Hatoum : des dessins qui paraissent à première vue décoratifs se révèlent en fait des figures de soldats armés et les étoiles, les flashes des bombes explosant tout autour. Une œuvre remarquable à l’effet aussi magique que lourd de sens…

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 31 janvier 2021

Villa Empain – Fondation Boghossian

67, Avenue Franklin Roosevelt

B-1000 Bruxelles

www.villaempain.com

Figures on a ground @ CAB Brussels –> 12/12

Om deze tentoonstelling goed in zijn context te plaatsen, hierbij  wat historische context : “Minimalisme (of minimal art) is een stroming van de hedendaagse kunst, die begin jaren zestig in de Verenigde Staten verscheen als reactie op het Abstract Expressionisme  en als  tegenpool  van de figuratieve en ironische kenmerken van pop-art.

… Minimalistische schilders willen elk spoor van picturalisme en subjectiviteit van de schilder wissen. Minimalistische werken bestaan ​​ook meestal uit twee of drie kleuren en basisvormen: cirkels, vierkanten, rechte lijnen, enz. Eenvoud staat voorop en er is geen subjectieve representatie ; het is verstoken van enige symboliek en probeert alleen met vormen en kleuren te spelen, waarbij emotie in de letterlijke zin van het woord wordt vermeden: een kunst zonder gevoelens. “

Samen met de conceptuele kunst betekende deze stroming voor velen een breekpunt  en een definitieve afwijzing van alles wat zou volgen in de hedendaagse kunst. Dus ik raad deze kleine tentoonstelling alleen aan voor echte liefhebbers, anderen zullen zich de zin afvragen om 24 lagen witte verf op een canvas te schilderen.

Alle werken zijn vrouwelijke kunstenaars. Er zijn een paar werken die me hebben verleid zoals een geweldige Agnes Martin , een heel mooie Tauba Auerbach en een sculptuur van Julia Mangold

CAB schrijft :

Figures on a Ground. Perspectives on Minimal Art overbrugt evidente tegenstellingen zoals het het universele vs. het persoonlijke; ratio vs. emoties ; kalmte vs. hysterie – binaire noties die doorheen de kunstgeschiedenis werden aangewend om het Minimalisme af te bakenen als een kunstuiting die de externe wereld ontkent. Naast de gangbare interpretatie dat het Minimalisme exclusief zelf-referentieel en niet-representatief is, droeg gebruik van gestandardiseerde en in massa geproduceerde industriele materialen trouwens alleen maar bij aan dit idee van menselijke onthechting.

Met :Tauba Auerbach, Anna-Maria Bogner, Claudia Comte, Mary Corse, Ann Edholm, Gloria Graham, Carmen Herrera, Sonia Kacem, Ariane Loze, Julia Mangold, Agnes Martin, Mary Obering, Charlotte Posenenske, Jessica Sanders, Anne Truitt, Meg Webster and Marthe Wery

Georganiseerd door Eleonore de Sadeleer and Evelyn Simons 

Practisch:

FONDATION CAB
32-34 RUE BORRENS
1050 BRUSSELS – BELGIUM
INFO@FONDATIONCAB.COM

OPEN WEDNESDAY TILL SATURDAY 12-6PM 

Free

Pour bien cadrer cette expo il faut un peu de contexte historique :« Le minimalisme (ou art minimal) est un courant de l’art contemporain, apparu au début des années 1960 aux États-Unis, en réaction au lyrisme pictural de l’expressionnisme abstrait et en opposition à la tendance figurative et ironique du pop art

…Les peintres minimalistes désirent limiter toute trace de facture picturale ou d’intervention de la main du peintre. Aussi, les œuvres minimalistes se composent généralement de deux ou trois couleurs et de formes basiques : rondscarréslignes droites, etc. La simplicité est primordiale et il n’existe aucune représentation subjective derrière le minimalisme ; il est dénué de toute symbolique et ne cherche à jouer que sur les formes et les couleurs en évitant l’émotion au sens littéral du terme : un art dénué de sentiments. »

Avec l’art conceptuel, ce courant a signifié pour beaucoup un point de rupture et malheureusement de rejet de tout ce qui allait suivre avec l’art contemporain. Je ne recommande donc cette excellente petite exposition qu’aux véritables amateurs, les autres se demanderont à qui cela sert de peindre 24 couches de peinture blanche sur une toile.

Toutes les œuvres sont d’artistes féminins. Il y a quelques œuvres qui ont pu me séduire particulièrement comme un superbe Agnes Martin , un très beau Tauba Auerbach et une sculpture de Julia Mangold.

L’annonce de la Fondation :

AVEC

Tauba Auerbach, Anna-Maria Bogner, Claudia Comte, Mary Corse, Ann Edholm, Gloria Graham, Carmen Herrera, Sonia Kacem, Ariane Loze, Julia Mangold, Agnes Martin, Mary Obering, Charlotte Posenenske, Jessica Sanders, Anne Truitt, Meg Webster and Marthe Wery 

curateur

Eleonore de Sadeleer and Evelyn Simons 

Figures on a Ground présente des œuvres d’artistes pionnières du minimalisme aux côtés de pratiques contemporaines qui s’inscrivent dans le mouvement ou le questionnent. L’art minimal est abordé à travers des thèmes tels que la perception spatiale, le relationnel, la nature, le sacré, le corps et la spiritualité.

Pour une exposition qui traite du minimalisme, Figures on a Ground – Perspectives on Minimal Art, peut sembler une entreprise paradoxale par son audace et son abondance. Malgré le fil conducteur de la simplicité, principe de base de l’art minimal, l’exposition atteint une maximalité tout en essayant de renégocier notre compréhension du minimalisme.

Elle met au défi des associations évidentes, telles que l’universel vs le personnel, le rationnel vs l’émotionnel, le calme vs l’hystérie, qui définissent l’art minimal comme une approche artistique qui nie toute allusion au monde extérieur. Son côté autoréférentiel et non représentatif ainsi que l’utilisation fréquente de matériaux industriels et standardisés soulignent davantage encore cette notion de détachement humain.

L’impression largement répandue selon laquelle le minimalisme serait uniquement logique et rationnel est remise en question par l’œuvre remarquable d’Agnès Martin (1912 – 2004 américaine), considérée comme une des artistes pionnières du minimalisme.  Sa réflexion sur la nature, le bonheur et la beauté s’exprime à travers des répétitions contenues et thérapeutiques de lignes fragiles dessinées à la main. La peinture d’Anne Truitt(1941-2004, américaine) quant à elle, superpose des couches minces et infinies dans une quête autoproclamée de sens maximal dans la forme la plus simple. Enfin, la pièce en cuivre à échelle humaine Meg Webster (b. 1944, américaine) nous rappelle l’union des énergies entre l’Homme et la matière première.

Malgré l’idée préconçue selon laquelle le minimalisme ne peut être relationnel, la référence à la nature se retrouve également dans le travail de Gloria Graham (née en 1940, américaine) et de Jessica Sanders (née en 1985, américaine) qui encouragent la contemplation de la nature, sans la représenter littéralement. Avec son œuvre monumentale Untitled (1982), Graham insuffle la notion spirituelle de globalité universelle à la pensée scientifique à travers des structures moléculaires de cristaux et minéraux. Sanders, d’autre part, manipule la cire d’abeille et permet au mystère incontrôlable de la nature de s’infiltrer dans son travail.

En plaçant ainsi les œuvres au premier plan, en démocratisant leur forme, le matériel utilisé et leur interprétation, et par la prise en compte de l’espace qui entoure l’œuvre, le corps et le mouvement du spectateur deviennent les principales préoccupations communes au minimalisme. Dans Figures on a Ground, nous verrons que tout en bouleversant la définition singulière et rigoureuse de l’art minimal, la même préoccupation est mise en lumière.

La notion d’espace et de perception est particulièrement présente dans l’installation de l’artiste allemande Julia Mangold (née en 1966, Allemande), composée d’imposants volumes en bois rectangulaires recouverts de pigments, de laque et d’épaisses couches de cire qui lui donnent l’apparence d’un métal industriel, opaque et énigmatiqueprocurant à l’observateur la sensation renforcée d’une présence physique. L’artiste Belge Marthe Wéry (1930 – 2005) expérimente la peinture et ses différentes composantes. Elle manipule ses supports en y intégrant l’espace et regroupe ses œuvres de manière non conventionnelle. Anna-Maria Bogner (née en 1985, Autrichienne) déclenche également une conscience spatiale accrue en utilisant une bande élastique simple, qui déforme la circulation logique de l’entrée de la Fondation.  Ce motif en forme de ruban trouve un écho dans la fresque monumentale composée d’un motif en zigzag dégradé de l’artiste suisse Claudia Comte (née en 1983, Suisse), qui sert de toile de fond et de scénographie à l’exposition.

Cette intervention murale fait écho à une dimension performative et théâtrale et au rapport au corps présents dans plusieurs œuvres de l’exposition. La sculptures standardisée minimales en carton, d’apparence anthropomorphique de Charlotte Posenenske (1930 – 1985, Allemande) est agencée librement par « l’utilisateur ». L’artiste suisso-tunisienne  Sonia Kacem (née en 1985) en résidence à la Fondation CAB de février à mars 2020, propose deux interventions in situ constituées de lourds tissus drapés librement ou étirés sur des fixations mêlant ainsi art, sensualité, architecture et scénographie. Enfin, Ariane Loze (née en 1988, Belge) en résidence à la Fondation CAB en décembre 2019, s’est plongée dans les éditions historiques d’Art Press et de L’Art Vivant pour rechercher des interviews originales des « pères » du minimalisme. En s’appropriant le rôle de ces artistes minimalistes (non spécifiés), elle reconstitue leurs citations dans une performance audiovisuelle au sein même de l’architecture de la Fondation CAB.

Par le dialogue mis en scène entre plusieurs générations d’artistes femmes, Figures on a Ground, Perspectives on minimal art, met d’une part en lumière le fait que les femmes, malgré leur discrétion historique, ont également participé à ce mouvement abstrait et minimal du XXe siècle. D’autre part, leur façon d’aborder le minimalisme a certainement contribué à influencer des artistes contemporain(e)s qui tout en adoptant un mode abstrait, géométrique et non référentiel, développent cependant une pratique complexe et intuitive.

Infos pratiques

FONDATION CAB
32-34 RUE BORRENS
1050 BRUSSELS – BELGIUM
INFO@FONDATIONCAB.COM

OPEN WEDNESDAY TILL SATURDAY 12-6PM 

Gratuit

Art Contest 2020

Parrainé par Hans Op de Beeck, sous la houlette de Valérie Boucher, la manifestation en est à sa 16e édition. Il s’agit d’un concours réservé aux artistes de moins de 35 ans, belges ou résidant en Belgique. Sur plus de 150 candidatures, dix sont sélectionnées par un jury plus qu’averti composé e.a. d’Albert Baronian, Carine Bienfait (JAP), Liliane De Wachter (M KHA) et exposées ici, au 4e étage des Anciens Etablissements Vanderborght. Un magnifique bâtiment moderniste réalisé dans les années 30 par le duo d’architectes Govaerts & Van Vaerenbergh, à qui l’on doit aussi la maison de David & Alice van Buuren à Uccle (aujourd’hui Musée van Buuren.) Si vous ne connaissez pas l’endroit, sautez sur l’occasion et montez par les escaliers car rien que voir l’immeuble vide est déjà une œuvre en soi !  

Le 1er lauréat du Prix Art Contest reçoit 9000 EUR, une exposition à la galerie du Botanique et encore une expo et une résidence à La Rochelle. C’est « L’air », une performance de l’artiste néerlandaise Myrthe Van der Mark travaillant avec diverses disciplines qui le remporte. Je ne peux rien vous en dire car le problème est que lorsqu’elle n’est pas là, il n’y a rien. Ses performances sont le samedi après-midi et on était dimanche… 

Le 2e lauréat est l’Algérien Oussama Tabti (qui reçoit 6000 EUR et une expo à la C-Box de la Centrale) dont les vêtements des chibanis -nom donné en France aux invisibles, ces personnes âgées, anciens travailleurs immigrés maghrébins- pendent du plafond sur des cintres, symboles de leur intégration à leur terre d’accueil. Il dénonce « la difficulté de se mouvoir dans un monde certes globalisé, mais méfiant, effrayé par l’étranger et la différence. » 

Le 3e lauréat est Angyvir Padilla (3000 EUR), d’origine vénézuélienne qui s’interroge à travers sculptures, vidéos et installation sur les différentes notions du ‘foyer’ en tant que lieu intime ou isolé et son rapport à l’homme et à la nature. 

Et enfin, une mention spéciale au travail de Frank Rausch (1000 EUR) qui mélange aussi divers mediums pour parler du café de son père « et du rituel quotidien sans lequel l’homme ne serait que la moitié de lui-même… » 

Ma mention spéciale va à Thomas Willemen pour ses boites aux lettres colorées et hermétiques dont la forme contraste avec la matière.

De l’art conceptuel assez peu accessible sans explications…   

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 25 octobre 2020

Espace Vanderborght

50, Rue de l’Ecuyer

B-1000 Bruxelles

Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 18h

www.artcontest.be

Louvre Lens

Soleils noirs. De l’Egypte à Soulages, l’épopée de la couleur noire

****

 

Fascinante aventure que celle de se plonger dans l’histoire du noir, cette tonalité qui évoque autant la nuit, la peur, la mort que le sublime et le sacré. Pourquoi le noir fascine-t-il tant ? Est-ce l’absence de lumière, le vide, la perte de nos repères ou à l’inverse, l’addition de toutes les couleurs qui intrigue ?

Sur les murs, on lit ces mots de Kant : « La nuit est sublime, le jour est beau. » Le noir, omniprésent dans les phénomènes de la nature a inspiré les artistes à toutes les époques.

La visite commence par une salle obscure dédiée à la nuit, sujet à part entière dès le XVe s. Jolis tableaux qui évoquent la tombée du jour et son ambiance particulière voire inquiétante, le moment magique entre chien et loup qui adoucit les contours.

Le parcours continue avec l’analyse des rapports entre le noir et le sacré. Représentant l’enfer dès l’antiquité, il sert ensuite de cadre aux monstres et diables en tous genres ; il est la couleur de l’étrange et de la folie comme chez Delacroix ou Rops et des ‘passions’ comme par exemple dans « La Descente de Croix au flambeau » de Rembrandt ou « Le Calvaire » de Teniers. Notons qu’en Egypte ancienne, il représentait la terre fertile. Considéré d’abord dans le monde occidental comme la couleur de la souillure et du péché, il va représenter la pénitence et l’humilité jusque dans les vêtements. Au XVIe s., il change de statut et devient la couleur du pouvoir, de la puissance et s’impose dans toutes les cours européennes et l’aristocratie. Teindre en noir un tissu est un processus long et coûteux. C’est à l’époque de Véronèse qu’il deviendra la couleur du deuil, à laquelle il restera associé.

Et je pourrais continuer encore longtemps à vous raconter l’exposition car c’est justement l’histoire qui est intéressante, ce chemin dans l’univers infini du noir à travers la grande diversité des médiums – peinture, dessin, sculpture, installation, mode, musique, littérature, cinéma – qui débouchera sur la couleur de la modernité, de la coupure, de la rupture avec le passé. Cette recherche du noir pour le noir qui sous-tend le travail des artistes contemporains : ils veulent en faire ressortir toute la complexité, en faire une ‘nouvelle’ couleur en s’attelant à trouver de nouvelles techniques, de nouveaux pigments. Le noir est au centre de leurs œuvres. Des œuvres qu’on appelle ‘monochrome’. De la couleur noire, sortent des formes et des images : les sculptures de David Nash, le grand amas de morceaux de charbon de Bernar Venet (1963), l’installation de Janis Kounellis, la « Croix noire » de Kazimir Malevich (1915), les toiles noires de Ad Reinhardt et Richard Serra, celles précieuses aux cadres dorés de James Lee Byars, les tableaux au charbon de bois du Coréen Lee Ba, les ‘pliages’ noir et blanc de Simon Hantaï, la vidéo d’Edith Dekyndt captant les dessins évanescents créés par la fonte d’un bloc d’encre noire congelée dans l’eau jusqu’au point d’orgue, aboutissement absolu du propos, plus-pertinent-tu-meurs, l’outrenoir de Soulages.

75 ans après « Le Noir est une couleur » à la Galerie Maeght à Paris, une exposition devenue mythique, le Louvre-Lens relève brillamment le défi… obscur ! Ce ne sont pas moins de trois commissaires qui ont dû s’y atteler tant la tâche était immense et complexe.

Et pourquoi ce titre « Soleils noirs » ? La parole aux commissaires :

  • Marie Lavandier, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée

« Nous voulions un titre qui illustre la fascination exercée par le noir et les contradictions inhérentes à cette couleur (la vie / la mort / la lumière / l’absence de lumière)

  • Juliette Guépratte, historienne de l’art, chargée de l’art contemporain

« C’était mon titre préféré, je l’avoue. C’est un oxymore, une figure de style qui consiste à allier deux mots de sens contradictoires. Soleils noirs est aussi une combinaison dont se sont emparés de nombreux artistes ou la critique : citons Nerval, Baudelaire, mais aussi Barbara ou Damien Hirst.

  • Et Marie Lavandier de rétorquer : « C’est surtout un titre qui ressemble à l’exposition, il est évocateur plus que raconteur. »

 

 

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

 

Jusqu’au 25 janvier 2021

Louvre-Lens

99, Rue Paul Bert

F-62 300 Lens

France

Tél. : +33 3 21 18 62 62

Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le mardi. Visite guidée (1h) tous les jours à 15h

www.louvrelens.fr

« Indistinti confini – Noce, Giuseppe Penone » ***

 

Invité pour célébrer les 10 ans du Centre Pompidou-Metz, l’artiste italien Giuseppe Penone (1947) a installé dans le hall d’entrée en verre aux proportions impressionnantes, le moulage en bronze d’un noyer haut de 15m aux ramifications de marbre blanc.

Sous le titre « Frontières indistinctes – Noyer », l’artiste pour qui l’arbre est l’exemple par excellence de la sculpture s’adaptant de manière optimale à son milieu a cherché à faire entrer en résonance le bâtiment et l’œuvre.

Le résultat est simple, sobre et dépouillé dans l’esprit de l’Arte Povera dont Penone est l’un des plus illustres représentants.

Une façon magistrale de rendre hommage à l’architecture de Shigeru Ban.

Jusqu’au 11 janvier 2021 (Forum. Rez de chaussée)

 

 

« Le ciel comme atelier. Yves Klein et ses contemporains » ****

 

On avait vu l’exposition « Yves Klein. Corps, couleur, immatériel » en février 2007 au Centre Pompidou à Paris et on pensait qu’on en savait déjà pas mal sur l’artiste (1928-1962).

Avec le Centre Pompidou-Metz qui a choisi d’explorer les affinités esthétiques de Klein, au-delà de la mouvance des Nouveaux Réalistes avec des artistes du Japon (Mouvement Gutaï, Kazuo Shiraga) à l’Italie (Lucio Fontana, Otto Piene, Piero Manzoni) en passant par l’Allemagne (Groupe ZERO : Heinz Mack, Günther Uecker, etc.) et les Pays-Bas (Groupe NUL), on découvre l’une des figures majeures de la scène artistique française et européenne d’après-guerre sous un autre angle, une autre spatialité. L’œuvre d’art dématérialisée s’engage dans la monochromie, le vide et la lumière à l’image des célèbres toiles lacérées ou trouées de Lucio Fontana. Désormais, les partisans de ce mouvement cosmique utilisent le feu, la terre et l’air, libérant la toile de son carcan, créant un espace sans limite susceptible de reconnecter l’homme à l’univers.

Exceptionnel ensemble d’œuvres issus de ces artistes de « la nouvelle tendance » pour illustrer ce phénomène aussi esthétique qu’ambitieux.

 

Jusqu’au 1er février 2021 (Grande nef. Rez-de-chaussée)

 

 

« Folklore » ***

 

Rimant plutôt avec tradition qu’avec avant-garde, le folklore s’est souvent faufilé à notre insu dans la modernité et la création contemporaine. Les exemples sautent aux yeux avec des artistes comme le Russe Kandinsky ou le Roumain Brâncusi. Ceux-ci sont moins évidents quand on apprend que Joseph Beuys y voyait de quoi mieux comprendre le futur ou que Marcel Broodhtaers pensait ajouter une section folklorique à son Musée d’art moderne. Département des Aigles ! Combien d’artistes y ont puisé non seulement leur inspiration, une énergie régénératrice mais encore un outil de contestation.

Organisée conjointement avec le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille), l’exposition retrace ces nombreux liens entretenus entre les artistes et le folklore, l’empruntant pour servir leur idée, l’imitant pour l’enrichir, le critiquant pour mieux le rejeter.

Une exposition conçue comme une rencontre originale et innovante entre l’histoire de l’art et celle des sciences humaines. Vivent les traditions et leur réinterprétation, vive l’art toujours en train de se réinventer. Et de quoi s’intéresser aussi au mot ‘folklore’ dont la définition complexe est sujet à polémique.

Thème passionnant surtout que j’y ai découvert un artiste fascinant, le Roumain Mihai Olos (1940-2015), « peintre, sculpteur, puis performeur proche de Joseph Beuys qui travailla à partir de formes que l’on trouve dans les constructions en bois dans une région spécifique du nord de son pays natal (les Maramures), notamment les nœuds et assemblages. Ses sculptures, héritières de l’art de Brâncusi sont pensées comme des objets à activer. En 1974, il entame le projet O statuie umbla prin Europa (une statue hante l’Europe), photographiant l’une de ses sculptures en dialogue avec des sites naturels ou culturels à travers l’Europe. »

Jusqu’au 4 octobre 2020 (Galerie 2. Niveau 2)

 

Centre Pompidou-Metz

1, Parvis des Droits de l’Homme

F-57020 Metz

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h du 1er nov. au 31 mars et du 1er avril au 31 oct. les vendredi, samedi & dimanche jusqu’à 19h. Dernière entrée 30’ avant la fermeture

www.centrepompidou-metz.fr

 

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

 

« Liban, réalités & fictions » – Biennale des photographes du monde arabe contemporain ***

Entre la MEP et l’IMA, la biennale essaie d’apporter un regard pertinent sur le monde arabe contemporain. Pour sa troisième édition, elle analyse, à travers la nouvelle génération de la scène libanaise, le besoin d’entretenir la mémoire d’un patrimoine architectural perdu et de montrer les stigmates du conflit. Même si certains ont choisi de vivre ailleurs, ils poursuivent tout de même leur travail sur leur pays. Diversité des approches qui fait de l’exposition á la fois une réalité géographique, urbaine et sociale doublée d’un devoir de mémoire mais aussi, à travers des paysages et des situations sortis tout droit de leur imagination, une quête d’un ailleurs et d’un désir d’évasion. Des photos qui portent toutes en elles un sentiment récurrent que l’on pourrait appeler l’intranquilité…

Jusqu’au 24 novembre 2019

Institut du Monde Arabe IMA

1, Rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V

Paris Ve

www.imarabe.org

 

« Nous les arbres » ****

Des artistes brésiliens, paraguayens qui ont souvent une complicité quotidienne avec les arbres nous accueillent dans le magnifique espace de cette fondation dont je ne rate pas une exposition ! A travers une communauté d’artistes, de botanistes et de philosophes, la Fondation Cartier nous emmène dans un parcours aussi esthétique que scientifique autour de l’arbre. Une belle manière de valoriser l’un des plus anciens organismes vivants de la planète, dangereusement menacés aujourd’hui. Des artistes latino-américains mais aussi européens, nord-américains ou iraniens ont pour ambition de corriger notre regard que l’anthropocentrisme, voire le zoocentrisme leur a usurpée. Saviez-vous que la première forêt fossile connue date de 365 millions d’années et que le monde végétal constitue 82,5% de la biomasse terrestre ? Pour information, l’homme n’a pas plus de 300 000 ans à son compteur et ne pèse pas plus de 0,01% de cette masse organique… Une exposition colorée qui invite en toute beauté à une prise de conscience essentielle. À voir en priorité.

Jusqu’au 5 janvier 2020

Fondation Cartier

261, Boulevard Raspail Paris XIVe

www.fondationcartier.com

« Alula, merveille d’Arabie. L’oasis aux 7000 ans d’histoire »****

Al-‘Ulâ est le nom d’une région au nord-ouest de l’Arabie saoudite où se love sur une trentaine de km, une vallée spectaculaire ponctuée d’immenses massifs de grès et de basaltes. Un lieu qui depuis plus de 7 siècles offre aux caravanes d’encens des ressources naturelles. Jalonnée de trois oasis – Dadan, Hégra et Qurh – elle fut parcourue ensuite par les pèlerins vers la Mecque et Médine. Au début du XXe, la célèbre voie ferrée du Hijâz reliant Damas à Médine y passait aussi. Au carrefour des routes et des cultures, une région aux atouts incroyables tant du point de vue archéologique que naturel! A l’entrée, projection d’un impressionnant film de Yann Arthus-Bertrand.

Jusqu’au 19 janvier 2020

Institut du Monde Arabe IMA

1, Rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V

Paris Ve

www.imarabe.org

« Peter Hujar. Speed of life » *

Une œuvre et une vie indissociables de la ville de New York. Évoluant dans le milieu artistique avant-garde (danseurs, musiciens, artistes visuels, travestis, etc.), Peter Hujar (New Jersey 1934- New York 1987) est un témoin privilégié de la vie gay entre les années 60 et 80. Après avoir collaboré à divers magazines grand public comme photographe de mode – “une frénésie qui n’était pas pour moi” – il décide de tout lâcher et de mener une vie d’artiste free-lance, explorant l’intime à travers les portraits posés et allongés (l’une de ses caractéristiques) “d’aventuriers qui ont un certain type d’esprit”- et les corps nus des plus jeunes aux plus âgés. A ses yeux, les corps en disent autant que les visages sur le caractère des personnes, leur affectivité ou leur histoire personnelle. Avec son copain, ils parcourent le New York underground souvent nocturne. Il s’intéressera aussi en été à la campagne, le long de l’Hudson. La mise en scène de l’exposition -une longue frise sans ordre apparent- est inspirée de la façon dont il aimait présenter son travail. Un travail certes inventif et singulier.

Jusqu’au 19 janvier 2020

1, Place de la Concorde

Paris VIIIe

www.jeudepaume.org

« Zineb Sedira. L’espace d’un instant » *

Un travail proche de celui d’un archiviste centré sur la mémoire collective et l’engagement politique. En d’autres mots, Zineb Sedira s’intéresse aux mutations sociopolitiques des sociétés modernes et les problématiques du déplacement, ainsi que sur la mémoire au regard de l’histoire contemporaine. Avec comme point de départ son histoire familiale algérienne, elle aborde des enjeux plus vastes, des utopies des années 60 aux conséquences actuelles. L’artiste tisse des récits, qui commencent dès l’entrée de l’exposition, avec une installation montrant deux phares algériens, monuments de la période coloniale, témoins des transformations de la société.

Dans une mise en scène plutôt joyeuse et colorée, avec aux cimaises des photos-montages de magazines et coupures de journaux, des caricatures humoristiques et politiques, des vidéos, films, pochettes de disques, Zineb Sedira cherche à témoigner et entretenir la mémoire “l’espace d’un instant”… Démarche originale et créative.

 

Jusqu’au 19 janvier 2020

1, Place de la Concorde

Paris VIIIe

www.jeudepaume.org

 

« Bacon en toutes lettres » ****

Exceptionnelle exposition de l’artiste britannique envisagé sous un angle passionnant, celui d’analyser le rapport entre les œuvres de la fin de sa vie (1971-1992) et les écrivains qui l’inspirèrent. Bacon qui avait une bibliothèque particulièrement fournie composée de plus de 1000 livres disait « Les grands poètes sont de formidables déclencheurs d’images, leurs mots me sont indispensables, ils me stimulent, ils m’ouvrent les portes de l’imaginaire. »

De Nietzche à Eschyle, des poèmes de T.S. Eliot aux romans de Joseph Conrad, de la pensée de Michel Leiris à celle de Georges Bataille, ils ont chacun en particulier créé avec lui un dialogue fécond doublé d’un univers poétique qui a nourri son œuvre au jour le jour. Quand on pense à d’autres ‘adjuvants’ où les artistes ont l’habitude de tirer leur inspiration, on reste pantois ! Six salles d’exposition sont consacrées à ces livres lus, entre autres, par Hippolyte Girardot et Mathieu Amalric.

On reste subjugué devant ses grands tableaux, ses triptyques, qui tiennent une place de choix en histoire de l’art ; on observe ses chairs déstructurées où Berlinde de Bruyckere a peut-être puisé ses sources (mis à part la boucherie familiale). Bacon a peint des images puissantes, brutales, uniques dont se dégage une beauté et une force saisissantes.

Ce qui est remarquable avant tout est que nous n’assistons pas ici à une x ème rétrospective mais à un nouveau regard, une nouvelle perspective sur cette œuvre aussi formidable qu’inclassable.

Très bon petit film -extraits d’interviews- à la fin de l’expo.

Jusqu’au 20 janvier 2020

Centre Georges Pompidou

Place Georges Pompidou

Paris IVe

Billets à prendre exclusivement en ligne

www.centrepompidou.fr

 

« Henri Cartier-Bresson.

Chine 1948-49/1958 » ****

Mai 1947. Après une rétrospective au MOMA, le photographe vient de fonder l’Agence Magnum Photos et est parti pour un long séjour en Asie avec son épouse Ratna Mohini. Fin 1948, il est en Birmanie lorsqu’il reçoit une commande du magazine Life sur les « derniers jours de Pékin. » En effet, l’ Armée populaire de libération menace l’une des dernières poches du Kuomintang. Les deux semaines prévues deviendront dix mois ! Il parcourt Shanghai, Hangchow et le bouddhisme auquel sa femme l’a initié, Nankin, etc. il y restera bloqué jusqu’à seulement quelques jours de la proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949. Ses photos sont le témoignage de l’instauration de ce nouvel ordre politique. Life étant, à cette époque, le magazine d’actualité le plus lu, le retentissement à leur publication est immédiat. Moment fondateur de l’histoire du photojournalisme. HCB apporte avec ses clichés d’une population en détresse, saisie sur le vif dans la vie traditionnelle, un style plus poétique et attentif. Certaines photos de ce voyage seront ses plus abouties et prendront place parmi les plus célèbres. HCB devient une référence.

10 ans après, en 1958, il repart 4 mois pour immortaliser « Le Grand Bond en avant » et donner du crédit à la Révolution et l’industrialisation des campagnes. Là, il n’est plus libre de ses mouvements, accompagné nuit et jour par un guide chargé de lui montrer ce qu’il faut : complexes sidérurgiques, grands barrages, communes rurales modèles, etc. Il arrivera malgré tout à saisir d’autres aspects comme l’exploitation des hommes et des femmes, l’importance des milices, les images de propagande, etc. Ses photos auront un énorme succès international. HCB deviendra l’image de la Chine de Mao jusque dans les années 70. Edifiant.

Jusqu’au 2 février

Fondation Henri Cartier-Bresson

79, Rue des Archives

Paris IIIe

www.henricartierbresson.org

 

« Greco » ***

Doménikos Theotokopoulos dit Greco (1541-1614) est incontestablement l’un des tout grands maîtres de la Renaissance qui, de la Crète à Tolède en passant par Venise et Rome a peint des toiles au style et aux couleurs si particuliers qu’on les reconnait au premier coup d’oeil.

Entre Titien et Michel-Ange, il dut se frayer un chemin… difficile pour l’étranger qu’il était, maitrisant en plus mal l’italien. Quel mérite !

Utilisant les couleurs de l’école vénitienne et s’imprégnant de la force du dessin et des formes de Michel-Ange, il se forgea un style qui l’amena en Espagne. Diego, un ami espagnol rencontré à Rome dont le père, doyen des chanoines de la Cathédrale de Tolède, lui passa des commandes qui lui permirent enfin d’exprimer son talent. Ensuite, c’est au tour de Philippe II de lui demander une toile pour une chapelle de l’Escorial mais elle ne fut pas appréciée ! On peut dire que l’Espagne fut son Eldorado et Tolède, sa citadelle.

Si vous observez ses peintures dans le détail, comme à la loupe, vous serez surpris de voir y naitre les coups de pinceaux de l’art moderne. En histoire de l’art, il fait partie de ceux qui ont ouvert la voie à la modernité, et malgré une longue période au purgatoire, il influença des générations de peintres après lui, au XVIIe et après. Ce sont entre autres les impressionnistes qui le redécouvrirent. Le peintre français Gérard Garouste est l’un de ses disciples les plus évidents. L’exposition qui présente une septantaine de toiles est un vrai bijou.

Jusqu’au 10 février 2020

Grand Palais

3, Avenue du Général Eisenhower

Paris VIIIe

www.grandpalais.fr

 

« Le monde nouveau de Charlotte Perriand (1903-1999) » ****

4000 m2 pour exposer l’architecte et designer moderniste qui collabora étroitement avec Le Corbusier, mais aussi avec des artistes comme Fernand Léger et Picasso.

C’est la première fois depuis son ouverture, il y a 5 ans déjà, que la Fondation consacre la totalité de son espace à une seule créatrice. Chantre d’une synthèse des arts, elle a sans doute facilité la tâche des commissaires. Ses meubles ont beau être aussi intéressants qu’épurés, je ne suis pas sûre qu’il y aurait eu autant de visiteurs si on n’avait pas eu l’idée de les agrémenter de dizaines d’œuvres d’art – des Picasso, Léger, Miró, Calder, Henri Laurens, Robert Delaunay, etc. 400 pièces pour couvrir sa traversée du siècle. Et quelle traversée ! On flâne entre des reconstitutions de son appartement en 1927 Place St-Sulpice à Paris, de la Maison du jeune homme à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1935, etc. Son ingéniosité et son goût transparaissent dans chaque réalisation. Ce qui n’échappa pas à Le Corbusier qui l’engagea illico. Elle avait 24 ans.

La nature et les arts ont été ses principales sources d’inspiration. C’est à l’occasion d’une exposition au Japon en 1955 à Tokyo, intitulée « Proposition d’une synthèse des arts » qu’elle atteint sans doute son sommet créatif. Il est touchant aussi de la voir si épanouie et souriante sur toutes les photos. Quelle femme. Quel hommage à sa hauteur. Indispensable.

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 24 février 2020

Fondation Louis Vuitton

8, Avenue du Mahatma Gandhi

75116 Paris

www.fondationlouisvuitton.fr

 

Et encore…

Hans Hartung jusqu’au 19 février 2020 au Musée d’Art Moderne

Barbara Hepworth jusqu’au 22 mars 2020 au Musée Rodin

Georges Rousse *** jusqu’au 21 décembre 2019 à la Galerie Catherine Putman

Francisco Sobrino *** jusqu’au 18 janvier 2020 à la Galerie Mitterand (et jusqu’au 31 mai 2020 à l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux)

 

Au théâtre

« 12 hommes en colère » de Reginald Rose ** au Théâtre Hébertot (Molière 2018 de la meilleure pièce de théâtre)

 

 

 

 

Eldorama****

 

Le Mexique et l’Eldorado sont au cœur de la saison culturelle estivale à Lille et dans toute la région. L’Eldorado, un mot derrière lequel se cache autant de rêves que de déceptions passées, présentes et à venir… Une vingtaine d’expositions avec, en point de mire, celle du Tripostal où des artistes venus des 4 coins du monde nous parlent de leur vision du mythe.

Divisée en 3 chapitres intitulés respectivement « Les Mondes Rêvés », « La Ruée » et enfin « Un Eldorado sans fin », on passe de découvertes en émerveillements lorsque après avoir fait la file sous l’immense dragon noir de Chen Zen en attendant de pénétrer dans la chambre scintillante de Yahoi Kusama, on suit Francis Alÿs qui fait rouler un ballon en feu dans la problématique Ciudad Juarez au Mexique ; on admire les belles photos de Wang Wei dévoilant une jeunesse sauvage, libre et insouciante ; on découvre le gang des Boucheman ; ces jeunes mahorais et comoriens sans papiers mis en scène par la française Laura Henno ;  on bute sur l’immense embarcation de fortune échouée de l’algérien Adel Abdessemed, symbolisant le drame de l’Eldorado de la plupart des migrants où les sacs poubelle en résine « sont autant de linceuls mortuaires de fortune.»

Je pourrais encore vous parler de la longue peinture de trace de pneu du suisse Peter Stämpfli, empreinte sérigraphique en trompe l’œil, symbole d’une route hypnotique continue ; de la femme du flea markethyper réaliste de l‘américaine Duane Hanson ; du mur de peintures sur tissu de Babi Badalov tels des drapeaux aux messages forts ; de « Danger Zone » l’habitation de fortune « centrée sur la mémoire et l’exploration futuriste », sous une bulle de protection, du couple français Anne & Patrick Poirier ; du grand agglomérat de boites de cordonniers du ghanais Ibrahim Mahama ou de la chambre verte du marocain Younès Rahmoun qui représente autant la couleur de l’islam que celle de la germination, etc.

Bref, une invitation artistique forte à envisager le futur avec d’autres yeux. Une manière à peine détournée de nous demander quel(s) eldorado(s) réservons-nous aux générations futures, à nos enfants et petits-enfants ? Percutant.

 

Jusqu’au 1 septembre 2019

Le Tripostal

Avenue Willy Brandt

F-59000 Lille

Tél.: +33 3 20 14 47 60

Ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 19h. Fermé les lundis & mardis.

 

N.B. : Il y a beaucoup d’autres expositions intéressantes à visiter dont « Golden Room » au Palais des Beaux-Arts. Programme complet sur www.eldorado-lille3000.com

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

 

L’idée de marier art contemporain et nature est dans l’air du temps. Comme exemples récents, citons le Château La Coste, la Fondation Carmignac, le Domaine de Peyrassol, le Domaine du Muyde Jean-Gabriel & Edward Mitterrand, la Fondation Bernar Venetrien que pour le sud de la France et à l’étranger, au sud du Japon, l’un des endroits les plus célèbres aujourd’hui, la petite île artistique de Naoshimasur la mer intérieure de Seto à Shikoku, transformée en un haut lieu d’art contemporain par Tadao Ando.

Plus près de chez nous, à moins de 3h de voiture, nous avons l’un, si pas le plus bel exemple de musée planté en plein cœur de la nature complété d’un immense jardin de sculptures. Ils aiment l’appeler « leur salle extérieure de 25 ha » ! 160 sculptures d’artistes incontournables d’Aristide Maillol à Marta Pan (sculpture blanche flottante sur la pièce d’eau à l’entrée du jardin), Barbara Hepworth dont les œuvres ont été installées dans un superbe pavillon réalisé par Rietveld, à Huang Yong Ping, Mark Di Suvero (l’immense K rouge qui nous accueille), Lauwrence Weiner (la structure en acier qui s’enfonce dans le sol et reflète la lumière), Christo, Alicia Penalba, Pierre Huyghe, Richard Serra, Lucio Fontana en passant par Constant Permeke. C’est d’une beauté à couper le souffle ! Situé dans le parc national De Hoge Veluwe de près de 6000 ha de forêts, bois, sous-bois, polders, etc. où l’on peut observer une faune riche tels cerfs, sangliers, mouflons, oiseaux.

A l’entrée du parc, des centaines de vélos blanc sont mis gratuitement à disposition pour s’y promener. J’ai rarement vu un endroit aussi bien organisé. Et je n’ai pas encore parlé du musée indoorqui compte la deuxième plus grande collection au monde de Vincent van Gogh : 90 peintures et 180 dessins rassemblés par le couple Kröller-Muller dont la femme a eu le flair de détecter le génie fulgurant dès les débuts de l’artiste. A côté de cela, on peut y découvrir des toiles de Pablo Picasso, Juan Gris, Georges Braque, Auguste Renoir, Henri Fantin-Latour, Jan Toorop, Piet Mondriaan, Theo Van Doesburg, Paul Signac, Claude Monet et même deux magnifiques Donald Judd. Quelle belle histoire de l’at moderne nous compte ce couple visionnaire et avant-gardiste qui a créé le domaine en 1938. C’est la passion d’une vie : entre 1907 et 1922, Hélène achète avec son mari Anton près de 12 000 œuvres ! Leur collection est l’une des plus grandes, belles et impressionnantes collections privées du XXe siècle.

Des expositions temporaires renforcent le caractère actuel du musée.

Cet été, on peut y voir dans l’aile gauche, une illustration du développement de la sculpture moderne sous le titre « Het begin van een nieuwe wereld » et dans l’aile droite, les oeuvres lumineuses de l’artiste visuel « Jan Van Munster. In motion 1970-2020 » et « Lucas Lenglet. And all the untilled air between» avec e.a. une installation subtile d’épingles à nourrices qui tapissent les murs d’une petite pièce.

Houtkampweg, 6

6731 AW Otterlo

Pays-Bas

Tél.: +31 318 59 1241

Ouvert du mardi au Dimanche & les jours fériés de 10h à 17h. Le jardin de sculptures jusqu’à 16h30’

www.krollermuller.nl

 


Si vous voulez y passer le weekend, une recommandation :

Hotel De Sterrenberg****

Houtkampweg, 1

6731 AV Otterlo

Tél. : +31 318 59 12 28

www.sterrenberg.nl

 

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

Jan Fabre à Naples cet été ♥♥♥

L’artiste multidisciplinaire (Anvers, 1958) – dessinateur, sculpteur, peintre, chorégraphe – mais encore l’homme de théâtre, le metteur en scène qui aime la provocation est un habitué de l’Italie. C’est Jacinto di Pietraantonio, un personnage incontournable du monde de l’art qui l’a fait connaître dans la botte, lors d’expositions présentées en parallèle à la Biennale de Venise.

Cet été, il présente 4 expositions à Naples. L’occasion de parcourir l’une des plus fascinantes villes d’Italie, aussi multiculturelle qu’insaisissable et turbulente :

  • Au Museo e Real Bosco diCapodimonte, face aux toiles de maîtres, on découvre des sculptures en corail rouge, une matière tellement précieuse. Pourquoi le corail dont l’extraction est compliquée et très réglementée ? Justement pour cela : « Les œuvres en corail, dit-il,montrent tant la cruauté de la beauté que la beauté de la cruauté.» Sylvain Bellenger, le directeur du musée attire notre attention sur le risque de faire une exposition de ce type dans l’un des musées les plus riches et anciens du monde : « Un musée qui avait en ouvrant ses portes une vision contemporaine.En vérité,dit-il, Jan Fabre est un artiste ancienIl redonne au musée une dimension contemporaine.Dans le passé, un directeur y avait exposé des œuvres de Bruce Nauman et Georg Baselitz. Cela prouve que Capodimonte est une institution vivante, ouverte qui aime créer des dialogues entre l’ancien et le moderne. Et Jan Fabre, à la suite des autres nous fait voir autrement le musée. C’est un vrai miracle d’avoir réalisé cela ici »,conclut-il !

Jusqu’au 15 septembre 2019

www.museocapodimonte.beniculturali.it

  • Au StudioTrisorio, sous le titre « Omaggio a Hieronymus Bosch in Congo », c’est à travers Jérôme Bosch qu’il fait référence au passé colonial belge avec ses grandes toiles de scarabées verts (son père était jardinier) joliment exposées dans cet écrin aussi blanc qu’intimiste.

Jusqu’au 30 septembre 2019

www.studiotrisorio.com

  • A la Chapelle Pio Monte della Misericordia, l’un des joyaux de Naples, il se met lui-même en scène portant une grande croix en équilibre dans le creux de la main, face à l’impressionnante toile du Caravage.

Jusqu’au 30 septembre 2019

www.piomontedellamisericordia.it

  • Enfin au Museo Madre, c’est sans conteste l’homme de théâtre qui prend le dessus. On a droit à une véritable mise en scène. Arrivant d’en bas, on est obligé d’élever les yeux pour découvrir “ L’homme qui mesure les nuages”. Seul au milieu de la cour, il est une invitation à se dépasser, regarder au-dessus, aller au-delà des préjugés, des limites. Mieux, une ode à la création, à la tolérance. L’artiste mesure l’inmesurable.

Jusqu’au 30 septembre 2019

www.madrenapoli.it

PARIS

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

VASARELY. LE PARTAGE des FORMES****

J’ai grandi pendant les heures de gloire de Victor Vasarely (1906-1997), baignée dans un milieu artistique qui n’y était pourtant pas sensible. Combien de fois est-on passé près de la Fondation dont  le grand V sur l’Autoroute du soleil me faisait rêver sans qu’une seule fois on s’y arrête… Comment petite fille ne pas être impressionnée au sens premier du terme par cet univers géométrique aussi excitant que vibrant et troublant. Une démarche dont le but était justement de démocratiser la création à l’aide d’un vocabulaire formel élémentaire applicable à tous les domaines : “ A une civilisation mondiale doit correspondre un langage plastique mondial, simple, beau et acceptable par tous. Mieux : utilisable par tous. »

Le Centre Georges Pompidou nous amène à travers un parcours à la fois chronologique et thématique à apprécier l’inventeur de l’art optico-cinétique dans toute sa complexité, en nous dévoilant les logiques à l’origine du travail. On en ressort encore plus convaincu de son talent et de son audace à avoir réussi, fort de sa formation de graphiste, à révolutionner l’abstraction géométrique. Sans parler du plaisir des yeux sollicités d’un bout à l’autre de la rétrospective.

Jusqu’au 6 mai 2019

Centre Georges Pompidou

Place Georges Pompidou

Paris IVe

Ouvert tous les jours de 11h à 21h sauf le mardi. Nocturne le jeudi jusque 23h

www.centrepompidou.fr

 

INFINIS d’ASIE. JEAN-BAPTISTE HUYNH**

Dans une mise en scène orchestrée par l’artiste lui-même, on découvre quelques sobres portraits en noir et blanc de petit format qui s’avérera de loin, la plus intéressante partie de l’exposition. Édifiante introspection personnelle : en effet, le photographe autodidacte est parti à la recherche des traits de son visage à travers ceux de son ascendance paternelle. Une Asie partiale et émouvante captée avec un regard et un éclairage singuliers. Les autres projets exposés comme les bols, la statuaire (issue des collections du musée lui-même) n’ont pas rencontré ma sensibilité, mis à part les visages dans les étoiles de la toute dernière salle dont la beauté est saisissante.

Jusqu’au 20 mai

Musée national des arts asiatiques – Guimet

 6, Place d’Iéna

Paris XVIe

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h

www.guimet.fr

 

THOMAS HOUSEAGO. ALMOST HUMAN****

Entre les bas-reliefs et la Tour Eiffel qui se découpe dans les grandes fenêtres du musée, prennent place les sculptures anthropomorphes et les silhouettes de monstres du sculpteur, peintre et performeur anglais le plus côté de sa génération. Thomas Houseago (Leeds, 1972. Vit et travaille à Los Angeles) grandit baigné dans l’art et la culture. Comme quoi, cela change une vie ! Éléments déclencheurs de sa vocation : deux expositions -Picasso et Josef Beuys- qui le bouleversent dans sa jeunesse et le poussent à s’inscrire à l’école d’art de sa ville natale. De là, à seulement 19 ans, il décroche une bourse à la prestigieuse Central Saint Martin College of Art and Design de Londres. Il en parle (il est bavard) comme le miracle de sa vie. En 1990, une rencontre prometteuse avec le galeriste belge Xavier Hufkens lui offre sa première exposition personnelle en 2002. Aujourd’hui, les collectionneurs privés du monde entier se l’arrachent. Henry Moore, Francis Picabia et Marlène Dumas (son professeur à Amsterdam) mais encore le cubisme, le futurisme, le primitivisme ainsi que la culture populaire le façonnent. S’il connaît des débuts difficiles gagnant sa vie comme ouvrier du bâtiment -ses techniques de travail et les matériaux utilisés comme le plâtre sont là pour en témoigner-, un passage remarqué à la Biennale du Whitney à NY et à la Biennale de Venise l’année suivante le rendent vite célèbre. Houseago a réussi à créer un genre à part à cheval entre rêves et cauchemars, force et fragilité. ‘Cast Studio’, une reproduction de son atelier avec un lit, des chaises et une estrade, le tout en argile, face à un film tourné par sa compagne clôturent la visite. Sachez que le titre de l’expo est tiré de la chanson ‘Suzanne’ de Léonard Cohen.

N.B. En sortant poussez une tête à « Rumeurs & Légendes. Un nouveau parcours dans les collections » et découvrez les sculptures d’Etienne-Martin, une figure incontournable des années 60-70 dont je n’avais jamais entendu parler…  

Jusqu’au 14 juillet 2019

Musée d’Art moderne

12-14, Avenue de New York

Paris XVIe

Ouvert du mardi au dimanche de 12h à 18h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22h

 www.mam.paris.fr

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PARIS ( novembre)

Texte & Photos montage Virginie de Borchgrave

 

Frank West **

La plus grande rétrospective jamais accordée à cet artiste autrichien (1974-2012) aussi atypique qu’influent. Elle continuera sa vie, dès février, à Londres à la Tate Modern.

Vous connaissez de lui les grandes têtes de lémures qui trônent sur la Place Rubens à Knokke ou les divans, ici à l’entrée de l’exposition, créés il y a 25 ans à la Documenta de Kassel et que l’on avait ‘testés’ à l’inauguration de Kanal à Bruxelles. Aussi inconfortables que surprenants.

Une œuvre déconcertante, intemporelle et inclassable, élaborée par un autodidacte, à l’esprit libre et indépendant. A cheval entre art populaire et érudit, art et design, sculpture et mobilier, inspiration intuitive ou intellectuelle, Frank West ne cesse d’interroger le sens du geste artistique et de bousculer les frontières. Papier mâché, aluminium, fer, tôles et barres de béton, tout est bon pourvu qu’il nous interpelle…

Pari réussi !

 

Jusqu’au 10/12/18

 

Tadao Ando. Le défi ****

Figure incontournable de l’architecture contemporaine, connu et reconnu de par le monde, l’architecte autodidacte japonais (0saka, 1941) est reconnaissable entre tous par la pureté et la simplicité de ses réalisations. Tout empreint de la philosophie et la culture de son pays natal qu’il traduit par des espaces vides et de grands murs de béton lisse, son matériel de prédilection, auxquels il mêle les éléments naturels tels l’eau, la lumière et la nature. Pourquoi le défi ? Quel défi ? Celui de toucher notre âme, de nous émouvoir. Personnellement, je l’ai découvert en 1992 à l’Exposition Universelle de Séville où il avait réalisé le plus beau pavillon de l’événement, tout en bois.

50 projets illustrent ici l’une des œuvres architecturales les plus subtiles des XXe & XXIe siècles : Naoshima au cœur de la mer de Seito dans le sud de l’archipel, le Château Lacoste près d’Aix-en-Provence, la colline du Bouddha à Sapporo sur l’île d’Hokkaïdo ; la Punta della Doganade François Pinault à Venise ne sont que quelques-unes des réalisations de celui pour qui « l’art est une force bénéfique afin que l’humanité s’élève et évolue. »

Beau défi.

Jusqu’au 31/12/18

Centre Georges Pompidou

www.centrepompidou.fr

 

Simon Fujiwara. Révolution

Un ingénieux système mobile telle une tour de verre encerclée par le bâtiment qui permet aux niveaux de bouger verticalement selon les aléas des expositions, telle est la réalisation de l’architecte hollandais Rem Koolhaas pour la Fondation Lafayette Anticipationsdans un ancien bâtiment industriel du BHV. Si l’espace est aussi impressionnant que dépouillé, il est aussi expérimental car il accueille entre ses murs un laboratoire d’artistes et même une rue ! Et oui, on peut littéralement traverser le bâtiment de la Rue du Plâtre à celle de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerieen s’arrêtant au passage à « Wild & The Moon », halte culinaire aux produits très tendance (et délicieux.) Rien de spectaculaire, sinon un espace au service des artistes.

C’est l’artiste britannique d’origine japonaise, Simon Fujiwara qui a l’honneur de la 3eexposition depuis l’ouverture en mars qui analyse, e.a. à travers Joanna, son ancienne professeure d’arts plastiques, l’image, la place des femmes dans les médias. Assez superficiel et peu convaincant.

Au rez-de-chaussée, « Empathy », un simulateur conçu en collaboration avec une société travaillant pour les parcs de loisirs et d’attractions, nous emmène dans une aventure physique originale, à condition que l’on accepte d’être mouillé et d’attraper carrément  froid !

Jusqu’au 6/01/19

Lafayette Anticipations

(pour l’endroit et le petit resto vegan Wild and the Moon www.wildandthemoon.fr)

 

www.lafayetteanticipations.com

 

On Air. Carte blanche à Tomás Saraceno ****

 

Voilà une exposition et un artiste on-ne-peut-plus-original ! On pénètre dans une salle toute sombre où l’on découvre des toiles d’araignées, immenses, magnifiques, fragiles, intrigantes, certaines très denses, d’autres au contraire, aérées, bref un ensemble d’ oeuvres éphémères qui tissent une ou plutôt des histoires invisibles, aériennes et surtout inattendues : du dioxyde de carbone à la poussière cosmique, des infrastructures et fréquences radio à de nouveaux couloirs de mobilité aériens.

Conçue comme une invitation à réfléchir et à repenser nos habitudes de vie, d’une poétique (et très séduisante) manière, on suit le long parcours qui passe e.a. par l‘Anthropocène, un projet artistique interdisciplinaire imaginé/inventé par Saraceno, dans lequel il propose de nous engager en vue d’une « harmonisation planétaire. »

Entre art, installation, science et recherche, on participe avec beaucoup de plaisir dans ce que l’artiste argentin appelle lui-même une « jam-session cosmique. »

A voir.

 

Jusqu’au 6/01/19

Palais deTokyo

www.palaisdetokyo.com

 Egon Schiele. Jean-Michel Basquiat ****

C’était presque le prétexte pour aller à Paris, s’il n’y avait pas eu Paris Photo

Je m’attendais à un dialogue entre les deux artistes, ces deux génies qui ont été, chacun à sa façon, des ‘pionniers’ ou des révolutionnaires pour avoir osé peindre autrement en bousculant les codes établis. J’y ai vu plutôt un rapprochement entre deux artistes précoces, morts dans la fleur de l’âge (28 ans), qui ont tous deux cherché à exprimer, dans l’urgence, leurs combats intérieurs à travers le dessin, qui ont chacun marqué une rupture dans l’histoire de l’art ; mieux dit un renouvellement. C’est déjà pas mal, me direz-vous !

Première exposition à Paris depuis plus de 25 ans pour l’Autrichien qui se déploie au fil du temps à travers une centaine d’œuvres, aux traits incroyables, issues en grande partie de collections privées. Quatre niveaux pour le second où de grandes toiles, aussi expressives que puissantes, toutes plus intéressantes les unes que les autres expriment magistralement le talent pictural et graphique de l’Américain d’origine haïtienne, au talent et à la carrière fulgurants.

Et encore, une première pour la Fondation Vuitton qui d’un côté, consacre une monographie à un artiste historique et de l’autre, dédiée à un seul artiste. Dans la ligne de conduite d’un espace qui affirmait dès ses débuts « sa volonté d’ancrer son engagement pour la création actuelle dans une perspective historique. »

On en ressort avec la conviction que tels des prophètes, ES et JMB ont construit, au début et à la fin du XXe siècle, une oeuvre unique qui n’a pas, pour l’un comme pour l’autre, pris une ride.

Deux œuvres énergiques et percutantes où, derrière le génie, se devine une détresse omniprésente.

Inédit.

Jusqu’au 14/01/19

Fondation Louis Vuitton

www.fondationlouisvuitton.fr

 

 

Miró ****

 

Un langage pictural unique, reconnaissable entre tous. Poétique, inventeur de formes, créateur et libre. Combien de toiles et d’expositions avons-nous déjà vues de l’artiste catalan ? On ne les compte plus mais on court encore admirer l’œuvre de celui qui voulait « assassiner la peinture » !Et on n’est pas déçu car la démonstration est probante.

Il faut dire que la transition avec la Fondation Vuitton, vue juste avant est intéressante :  une pratique tout aussi novatrice et protestataire, à l’écart des modes, reflet de son moi profond, un geste créateur puissant, une immense énergie, toutes des caractéristiques qui peuvent ranger Miró aux côtés de Schiele et Basquiat ! Comme quoi, faire plusieurs expositions en suivant permet des parallélismes auxquels on n’aurait sans doute jamais pensé …

Saluons Jean-Louis Prat, à qui l’on doit cette exposition magistrale, lui qui a bien connu l’artiste, lors de ses années à la tête de la Fondation Maeght.

Passionnant.

 

Jusqu’au 4/02/19

Grand Palais

www.grandpalais.fr

 

 JRMomentum. La mécanique de l’épreuve ***

Tout a commencé en 2006 par une proposition de Jean-Luc Monterosso, alors directeur de la MEP, de confier au photographe un mur extérieur du bâtiment pour « Projet d’une génération »qui ornait, en toute illégalité, les murs de Paris.

Une décennie plus tard, le voilà intronisé au même endroit à tous les étages pour une grande expo monographique. Tout en mouvement et dynamisme, on découvre les uns après les autres les interventions de l’artiste dans la ville ou ailleurs. Un travail qui a le mérite de révéler un nouveau visage au lieu choisi.

De quoi appréhender surtout la face invisible de l’iceberg.

Sachez que la RATP s’associe à l’exposition en présentant dans plus d’une dizaine de stations (Bir-Hakem, Châtelet, Gare de Lyon, Hôtel de Ville, La Chapelle, Luxembourg, Madeleine, Nanterre-Université Pyramides, Saint-Michel, etc.) un projet inédit.

Jusqu’au 10/02/19

MEP Maison Européenne de la Photographie

www.mep-fr.org

 

Martine Franck**

 

Après le célèbre Musée de l’Elyséeà Lausanne et avant le FoMuà Anvers au printemps, c’est la photographe belge Martine Franck (1938-2012) qui a les honneurs des tout nouveaux espaces, ouverts il y a à peine deux semaines de la Fondation Henri Cartier-Bresson dont elle fut l’épouse. Celle qu’il encouragea beaucoup tout au long de sa vie fut d’ailleurs à l’origine de la Fondation reconnue d’utilité publique en 2003 et dont le but est de faire rayonner l’œuvre de son époux et la sienne.

Exposition inaugurale en forme de rétrospective où l’on parcourt les clichés de cette femme audacieuse, à la fois libre et engagée qui n’hésita pas à aborder plusieurs genres, de la politique à la nature en passant par le portrait, le tout empreint d’une grande humanité.

Une excellente photographe qui disait de la photographie qu’elle« n’est pas nécessairement un mensonge mais ce n’est pas la vérité non plus (…) Il faut être prêt à saluer l’inattendu. »

 

Jusqu’au 10/02/19

Fondation Henri Cartier-Besson

www.henricartierbresson.org

Géométrie Sud. Du Mexique à la Terre de Feu ****

 

Inscrite dans le projet initié il y a 15 ans avec « Yanomani, l’esprit de la forêt » en 2003, poursuivi avec l’exposition consacrée à la Brésilienne Beatriz Milhazes en 2009 et « America latina » en 2013, nous voilà plongés à nouveau dans la foisonnante créativité et diversité culturelle de l’Amérique latine.

Du nord au sud, on parcourt toute la richesse de cet immense continent sous un angle géométrique que ce soit chez les artistes issus des cultures amérindiennes, précolombiennes ou inspirées du modernisme européen. A travers 250 œuvres glanées auprès de plus de 70 artistes de l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture -corporelle incluse- en passant par la sculpture, les textiles l’architecture, lesdessins, les photographies ou la vannerie, on se rend compte de l’héritage transmis par les anciennes aux nouvelles générations. Bref de l’incroyable richesse de cette culture tant ancestrale que contemporaine.

Que ce soit le Bolivien Freddy Mamani et son bagage aymara dont il transpose les éléments stylisés dans l’architecture de El Alto, ancien quartier défavorisé de La Paz aujourd’hui une ville à part entière (prenez le temps de vous asseoir sur un des poufs pour regarder la vidéo), les architectes paraguayens Solano Benítez et Gloria Cabral qui associent formes géométriques, matériaux et savoir-faire locaux ou la vénézuélienne Gego et sa vingtaine de sculptures aériennes, on s’immerge dans le monde de l’abstraction géométrique sous toutes ses facettes.

Une exposition tout en graphisme, couleur et spiritualité. Une belle façon de s’initier à ce monde à la fois si proche et si lointain culturellement.

« Nous pensons que la géométrie est comme un rythme : elle marque des cadences, elle réside dans les petites différences, dans une légère arythmie, etc. C’est ce qui la rend si particulière. Les triangles que nous construisons pour la FC ont tous les mêmes dimensions mais chacun est singulier, unique, en raison de la texture de la brique lavée et ses brisures. L’ordre latino-américain repose sur le même principe : il n’est jamais parfait… » dixit Gloria Cabral.

 

Fondation Cartier

Jusqu’au 24/02/19

www.fondationcartier.com

 

 ROTTERDAM

 

ACTIE – REACTIE. 100 ans d’art cinétique ****

Impressionnant aperçu de l’art cinétique, ce courant d’art abstrait des années 20 où la lumière et le mouvement occupent une place centrale. Quelque quatre-vingts œuvres des artistes les plus célèbres ayant contribué à son développement sont exposées : des pionniers comme Marcel Duchamp, Alexandre Calder et Victor Vasarely à d’autres comme Julio Le Parc, Bridget Riley, Jan van Munster et Dan Flavin jusqu’à la plus jeune génération avec Jeppe Hein et Zilvinas Kempinas.

Toutes ces œuvres ont des angles de vue différents et, notre œil doublé de notre cerveau créent des visions particulières. C’est passionnant (et très photogénique.)

Ressentez, voyez, entendez et subissez les rythmes, les vibrations, les tourbillons et les champs de force de cette expression artistique unique : Action versus Réponse… à chaque fois, autre !

N’est-ce pas là le propre de l’art ?

Jusqu’au 20 janvier 2019

 

SURFTRIBE. Stephan Vanfleteren ***

Le photographe belge Stephan Vanfleteren (1969) nous montre ici une culture dans laquelle règne un profond respect pour l’océan.

Il se penche sur les spots de surf traditionnel de Californie et d’Hawaï, parcourant le monde à la recherche des hommes et des femmes qui vivent près de l’océan. Par son travail, il crée une communauté de « sujets de la puissante tribu du surf » que la nature a pour unique maître. Aucune photo, dans cette dernière série, de surfersen action sur des vagues bleu azur mais seulement de grands portraits sereins en noir et blanc : surfers de compétition, free surfers et surfershippies du monde entier.

Dans le style pur et envoûtant de Vanfleteren, l’exposition est réellement exceptionnelle dans une mise en scène à la hauteur de la qualité des photos. On en ressort les yeux écarquillés, nourris d’admiration tant pour les jeunes talentueux que les icônes et légendes vivantes de ce sport à part qui fait rêver.

« La vague continue à venir. C’est la seule chose sur laquelle vous pouvez compter dans la vie … » dixit Gerry Lopez, surfeur américain emblématique des années 70.

Jusqu’au 13 janvier 2019

Kunsthal

Museumpark

Westzeedijk, 341

3015 AA Rotterdam

Tél. : + 31 10 44 00 300

www.kunstahl.nl

 

DIT IS CAS. Vintage fotografie van Cas Oorthuys ***

Cas Oorthuys a toujours photographié beaucoup et gratuitement. En réalité, il n’est jamais sorti de chez lui sans deux ou trois appareils autour du cou, et parfois plus. Finalement, il a laissé des archives : près d’un demi-million de photos gérées depuis 1990 par le Nederlands Fotomuseumdont Frits Gierstberg, le commissaire de l’exposition a sélectionné près de 300 tirages d’époque et plusieurs livres.

Le sujet de prédilection de Oorthuys est l’homme et son environnement, dans son pays et ailleurs. Humaniste, il souhaitait, grâce à son travail, contribuer à un monde meilleur.

Dans cette première grande ‘rétrospective’, ce sont sa vision de la photographie et la qualité visuelle de son travail qui ont été mis en exergue.

CO a évité toute sa vie la question de savoir si la photographie était un art ; c’était plutôt pour lui un moyen de communication avec lequel il pouvait raconter des histoires. Il aimait aussi faire des livres.

Photographe à l’œil aiguisé, ses photos reflètent fidèlement ses sujets et sont souvent de solides et habiles compositions. Bien que peu connu à l’étranger, son travail est d’un niveau international. On le compare aisément à de grands noms comme Werner Bischof ou Robert Doisneau.

J’ai particulièrement aimé ses photos d’Italie, de Grèce -le port d’Hydra en 1957-, de son pays et du mien. Une vraie découverte !

Stephan Vanfleteren en parle :

« CO est l’un de mes photographes néerlandais préférés, non seulement pour sa production délirante, mais également pour son œil amical et vif. Les meilleures photos de ma chère Bruxelles ont été faites par Cas, un Hollandais. Il est également allé au Congo, la colonie de ma patrie (…) J’ai moi-même photographié au Congo : non seulement des hommes jeunes, mais parfois des personnes âgées, posant dans leur veste de costume de plus de cinquante ans datant d’avant la décolonisation. Le textile est usé, mais leur fierté est intacte.

Jusqu’au 13 janvier 2019

Nederlands Fotomuseum

Las Palmas

Wilhelminakade, 332

3072 AR Rotterdam

www.nederlandsfotomuseum.nl

Texte & Photos montage Virginie de Borchgrave

SPECIAL LES POUILLES :

ELLIOTT ERWITT, PINO PASCALI & LE FESTIVAL MUSE SALENTINE

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

Les Pouilles, visuellement le talon de l’Italie, à 2h d’avion de chez nous est sincèrement une destination incroyable dont nous vous parlerons très vite et avec grand enthousiasme dans Quovadis Voyage.

En attendant si vous y allez cet été, ne ratez pas à Lecce, Polignano a Mare et Alessano, trois étapes incontournables d’un séjour dans le Salento, ces événements de haut niveau :

  • ELLIOTT ERWITT. PERSONAE ***

De quoi nous confirmer le talent de ce photographe, né à Paris en 1928 de parents russes émigrés, dont certains clichés en noir et blanc ont fait de lui une figure majeure de la photographie mondiale. S’il ne s’est intéressé à la couleur que tardivement à travers ses archives personnelles (travaux éditoriaux, institutionnels et publicitaires), on y retrouve son style, sa sensibilité et son humour imparable. Pour illustrer le propos, admirons ses portraits de chiens, tellement drôles ainsi que sa photo prise sur le vif au Prado devant les tableaux de Goya de la Maja vestida(vêtue) et desnuda (nue)où sont massés tous les hommes alors qu’il n’y a qu’une seule femme face à l’autre ! On trouvera aussi à côté de la légendaire photo du petit garçon à la baguette, en vélo sur une route de Provence, de remarquables portraits de Marilyn Monroe, Sophia Loren et du Che. Le contraste entre ses photos de St-Tropez et de Bretagne est hilarant. Des clichés pris dans les années 50.

Jusqu’au 9 septembre 2018

Castello de Carlo V

Viale XXV Luglio

Lecce

www.mostraerwitt.it

  • PINO PASCALI. CLAUDIO CINTOLI. DIALOGUI 3.0 ***

 

Dialogue entre un artiste de l’Arte Povera (moins célèbre que Mario Merz, Jannis Kounellis, Alighiero Boetti ou Gilberto Zorio car il mourut à 33 ans dans un accident de moto) et Claudio Cintoli (Imola, 1935 – Rome, 1978), peintre, scénographe, cinéaste expérimental, vidéo artiste et critique d’art, décédé dix ans après lui.

Une exposition qui commémore les 50 ans de la disparition de Pascali (Paris, 1935 – Rome, 1968) dans un musée ouvert en 1988 à Polignano a Mare, la ravissante cité balnéaire où il passait, enfant, ses vacances avec ses parents et où il s’établit par la suite. On découvre cet artiste multidisciplinaire à travers une première salle dédiée à son travail de photographe, de dessinateur et de producteur pour la TV, etc. ; une deuxième consacrée aux expositions temporaires où ses œuvres dialoguent avec celles de Cintoli, aussi polyvalent que lui. Il est difficile d’établir la paternité des œuvres exposées tant elles sont complémentaires. Enfin, au sous-sol, trois salles présentent les lauréats du Prix Pino Pascaliattribué chaque année à des artistes novateurs où l’on découvre e.a. un diable en porcelaine de Jan Fabre (Prix 2008), une œuvre des frères Jake & Dinos Chapman (Prix 2010), de Fabrizio Plezzi (Prix 2014) représenté en Belgique par la galerie Artiscope de Zaira Mis,  du collectif AES+F (Prix 2015) et de Hans Op De Beeck (Prix 2017).

Jusqu’au 30 septembre 2018

Museo di Arte Contemporanea. Fondazione Pino Pascali

Via Parco del Lauro, 119

70044 Polignano a Mare (Ba)

www.museopinopascali.it

 

  • LE FESTIVAL MUSE SALENTINE ****

 

Dans un impressionnant palais d’une petite ville du Salento (la province de Lecce), Diane & Charles Adriaenssen, un couple de belges mélomanes et érudits a créé depuis 2007, un festival de musique classique complété pour la première fois cette année d’une résidence d’artiste et de quelques concerts à Lecce, à la fin de l’année. Parmi 170 candidats, c’est Augustin Delloye, jeune peintre autodidacte qui a été sélectionné par un jury international.

Deux éditions du festival, l’une fin juillet-début août et l’autre fin septembre accueillent de jeunes musiciens talentueux déjà confirmés dans le domaine pour nous faire découvrir des œuvres parmi les plus belles et les moins connues du répertoire de musique baroque. Tout est réuni -le cadre et la qualité tant des œuvres que des interprètes- pour nous faire vivre quelques soirées exceptionnelles qui ajouteront une dimension incontestable à votre séjour là-bas. A moins que ce ne soit le prétexte en or pour organiser un voyage là-bas et découvrir cette magnifique région ?

Du 17 au 22 septembre 2018

 

Palazzo Sangiovanni

 

Alessano

 

www.musesalentine.com

 

 

 

 

 

 

 

 

SPECIAL SUD DE LA FRANCE

« SEA OF DESIRE » à LA FONDATION CARMIGNAC ****

Ouverte depuis début juin, voilà la dimension artistique qui manquait à l’île paradisiaque. Une île protégée où la nature et les amateurs de vélo sont rois !

Dans un ancien petit mas provençal au cœur d’un parc national, la fondation s’est nichée discrètement en creusant sous terre (7m) pour augmenter sa surface d’exposition. C’était le souhait de son fondateur Edouard Carmignac, propriétaire d’une société de gestion d’actifs du même nom qui, épaulé par son fils Charles (directeur de la fondation) a choisi Porquerolles pour montrer son impressionnante collection d’art contemporain qui compte e.a. la plus importante collection privée de Roy Lichtenstein. Les années seront rythmées par des expositions temporaires de peintures et sculptures d’un fonds qui compte plus de 300 œuvres, acquises en une trentaine d’années. L’exposition inaugurale intitulée « Sea of Desire » sous la baguette du commissaire Dieter Buchhart se déploie en 8 thèmes et 70 œuvres dont certaines ont le privilège d’avoir une salle à elle seule. Difficile de ne pas y voir un hommage au genre féminin…

C’est « Alycastre »,une immense sculpture inédite de Miquel Barceló, du nom du dragon légendaire de l’île qui est chargée de nous accueillir à la porte, après un périple presque initiatique : bateau depuis l’embarcadère de la Tour Fondue à Hyères et puis 15’ de promenade depuis le ravissant port de Porquerolles. Il va sans dire que c’est un endroit qui se mérite. Après la visite de la collection insideoù les points d’orgue sont « One hundred fish fountain »,la fontaine de Bruce Nauman qui résonne dans un espace clos, l’immense fresque aquatique de Miquel Barceló, longue de 16m peuplée d’animaux étranges, le tout inondé de lumière venant d’un plafond d’eau (qui n’est autre que l’ancienne piscine de la villa) qui dessine des ombres sur la paroi bleutée et le sol de grès. Effet assuré et photos/vidéos inévitables… Un espace en forme de croix où d’étonnantes toiles de Marc Rothko, Willem de Kooning, Gerhard Richter, Yves Klein, Alexandre Calder et Jean-Michel Basquiat achèvent de nous convaincre que le collectionneur avait l’œil. Tout cela ornait auparavant les cimaises de ses bureaux. Dans la partie gauche de la croix, on découvre un autre pan de la collection, à savoir le Prix Carmignac qui récompense depuis presque 10 ans le photojournalisme. Magnifiques photos de l’iranienne Shirin Neshat et Josef Koudelka, l’un des plus célèbres et admirés photographe français d’origine tchèque, qui fête ses 80 ans cette année.

Mention spéciale pour Zhang Huan, le peintre coréen qui utilise les cendres de l’encens des temples pour réaliser ses toiles et l’installation colorée au nom interminable de l’artiste japonais Jacob Hashimoto (2500 papiers découpés), qui tel un grand mobile suspendu dans l’escalier, nous ramène au rez-de-chaussée où les œuvres exposées sont moins intéressantes (plus commerciales).

La balade se poursuit ensuite dans le parc attenant de 15 ha, aménagé par l’architecte paysagiste Louis Benech dont le souci majeur était de préserver le côté sauvage. Voilà la collection outside repartie en un jardin nord et un jardin sud où l’on devine des œuvres majeures comme « la Couvée », quelquesmagnifiques immenses œufs blancs maculés de Nils-Udo, les « Trois Alchimistes » de Jaume Plensa, « The FourSseasons » de Ugo Rondinone, « Lolo » de Wang Keping, etc.

Belle démarche et discrète consécration à l’art contemporain dans toutes ses dimensions. Juste une petite remarque car on a beaucoup insisté sur le côté spirituel avec lequel le lieu allait s’offrir au visiteur : brevage à l’entrée élaboré par le pharmacien de l’île (une eau citronnée à la menthe que l’on retrouve dans tous les endroits raffinés aujourd’hui) et le fait de devoir se déchausser et arpenter le lieu pieds nus. Un peu décevant par rapport à ce qui était annoncé… Par contre la buvette au milieu des arbres est un endroit merveilleux. N’hésitez pas à prendre le temps de vous y ressourcer après la visite, de quoi prendre des forces pour affronter les hordes de touristes qui envahissent l’île en saison…

La Fondation Carmignac ? Un très bel endroit en forme d’ode ou de poème à l’art et la nature qui doit prendre encore un peu de graine… On se réjouit déjà de la retrouver tel un fruit mûr dans quelques années.

 

Jusqu’au 4 novembre 2018

Villa Carmignac

Ile de Porquerolles

F- 83400 Hyères

Ouvert tous les jours de 10h à 20h en juillet-août, jusqu’à 19h en septembre et 18h en octobre & novembre

Entrée : 15 EUR plein/10 EUR réduit/5 EUR jeunes (12-26 ans)/gratuit jusqu’à 11 ans

Le nombre de visiteurs étant limité à 50 pers. par 1/2h, il est préférable de réserver sur le sitewww.fondationcarmignac.com#fondationcarmignac

 

 

« DEAD END » de SOPHIE CALLE au CHATEAU LACOSTE ****

On vous a déjà parlé l’année dernière à la même époque dans la même rubrique de ce lieu exceptionnel réalisé par Tadao Ando avec des chais de Jean Nouvel, non loin d’Aix-en-Provence où il est agréable de retourner comme en pélérinage chaque été, si l’on a la chance d’être dans la région. Outre le parc parsemé de sculptures et installations monumentales de Louise Bourgeois, Hiroshi Sugimoto, Alexandre Calder, Tunga, Jenny Holzer, Andy Goldsworthy, Kengo Kuma, Jean-Michel Othoniel, Liam Gillick, etc., deux espaces présentent des expositions temporaires.

Cette année, c’est Sophie Calle, l’artiste française atypique qui est à l’honneur. Elle y poursuit avec talent et humour sa quête d’analyse personnelle, familiale et affective. L’amour, la perte et la mort sont ses thèmes de prédilection. Dans la première salle -une galerie créée par Jean-Michel Wilmotte-, elle montre des pierres tombales et nous parle de son père et dans la deuxième -un pavillon que l’on doit à Renzo Piano-, elle installe « Douleur exquise »,sa pièce maîtresse. Elle traite d’une de ses relations amoureuses, avant d’arriver en Inde après un périple au Japon, où à reculons elle revient sur chaque jour qui vont l’amener à la rupture. Si l’on est une inconditionnelle comme moi de son travail et de sa démarche artistique unique, on a aucune peine à plonger dans son monde. Après « Les Dormeurs » son récit des gens qui dormaient une nuit dans son lit, l’analyse des lettres par divers spécialistes en tous genres d’une autre rupture amoureuse exposée à la BNF, il y a quelques années, la mise en scène de la mort de sa mère au Palais de Tokyo ou son faux mariage, Sophie Calle analyse les processus que nous créons pour gérer ces moments particulièrement difficiles en public ou en privé. Un art de l’introspection et de la mise en scène sans voyeurisme aucun et avec beaucoup de respect.

Notez encore qu’elle a désormais sa place dans le parc avec une sépulture qui joue sur les deux plans : installation permanente et lieu de performance car nous rentrons en jeu. Je ne vous en dis pas plus sauf que cela vaut la peine de la chercher.

 

Jusqu’au 15 août 2018

2750, Route de la Cride

F-13 610 Le Puy Ste-Réparade

Tél. : +33 4 42 61 92 92

Ouvert tous les jours de 10h à 19h

Entrée : 15 EUR plein/12 EUR réduit/10 EUR étudiants

www.chateau-la-coste.com #chateaulacoste

 

 

« PICASSO et les maîtres espagnols » aux CARRIERES de LUMIERE ***

Un endroit incontournable, si vous ne le connaissez pas encore ! Magique ! Spectacle multimédia en forme de projection d’images sur les murs en calcaire de l’ancienne carrière, reconvertie en un gigantesque cinéma. Une immersion visuelle et sonore dans un cadre unique. Chaque année, le thème change et c’est fascinant. Cette année, ce sont les chefs-d’œuvre de Pablo Picasso, Francisco Goya, Joaquim Sorolla etc. précédés d’une séquence plus courte « Flower Power La Culture Pop » aux accents hippie et fleurs géantes, cette génération des années 60 qui a changé le monde.

Un nouveau concept d’expositions numériques immersives projetées en continu.

A ne pas rater, avec ou sans enfants.

 

Jusqu’au 6 janvier 2019

Route de Maillane

F-13 520 Les Baux-de-Provence

Ouvert tous les jours de 9h30’ à 19h30’ en juillet-août, jusqu’à 19h en septembre/octobre et de 10h à 18h en novembre/décembre & janvier

Entrée : Pass Baux-de-Provence (visite combinée avec le Château)

N.B.: Veillez à prendre un pull car il fait frais à l’intérieur et le décalage avec l’extérieur est important

http://www.carrieres-lumieres.com#carrieresdeLumieres

 

 

« PICASSO, MON AMI par LUCIEN CLERGUE » ***

Dans le cadre exceptionnel du Château des Baux-de-Provence, une exposition en plein air de photos de Picasso prises par son jeune ami Lucien Clergue, qu’il rencontra à la sortie d’une corrida en Arles. 20 ans d’amitié inattendue entre un jeune homme totalement inconnu et un vieil homme, qui pourrait être son grand-père, au faîte de sa gloire ! Une exposition qui présente ces deux décennies de complicité avec celui qui deviendra en quelque sorte le père spirituel du photographe, jusqu’à sa mort en 1973.

Clergue a bien à l’esprit que sa carrière artistique en dépend. Picasso ira jusqu’à lui dire « Tes photographies sont les carnets de croquis du Bon Dieu. » Parmi les passions qui les unit, la tauromachie dont ils ont tous les deux contracté le virus dans leur enfance. Mais encore les gitans, les saltimbanques, les Arlequins, les acrobates, les funambules, la musique gypsi , la guitare -c’est Lucien Clergue qui présenta à Picasso Manitas de Plata, le plus célèbre guitariste gitan né dans une caravane à Sète- dont il dira « Ses mains sont plus fortes que les miennes. Il faut les payer plus cher. »

Le maître ira jusqu’à influencer au plus profond le photographe qui, passionné du milieu naturel camarguais consacrera une grande partie de son travail à l’observeret à en dégager des formes à la fois abstraites et graphiques, comme sa série des épis de maïs où il est impossible de ne pas voir la filiation avec les encres de Picasso représentant Don Quichotte et Sancho Panza.

Clergue le suivra jusque dans son dernier atelier, Notre-Dame-de-Vie à Mougins, dont témoignent les nombreux et magnifiques clichés du maître entouré d’œuvres -toiles, sculptures, céramiques, dessins mais aussi instruments de musique, masques africains, etc.- avec lesquelles il se confond.

 

Jusqu’au 28 octobre 2018

Château des Baux-de-Provence

F-13 520 Les Baux-de-Provence

Ouvert de 9h à 19h en juillet/août/septembre, de 9h30’ à 18h30’ en octobre

Entrée : Pass Baux-de-Provence (visite combinée avec les Carrières)

http://www.chateau-baux-provence.com

 

« PICASSO PICABIA, La peinture au défi » au MUSEE GRANET**

Décidément Picasso est omniprésent ! Son nom seul sur une affiche fait courir les foules dans le monde entier et assure un succès garanti aux organisateurs. Ici, un dialogue inédit entre deux géants de la peinture moderne. 150 œuvres mises en confrontation entre les deux maîtres, à la fois proches et différents… Mais surtout une traversée d’une période essentielle de l’art moderne : cubisme, dada, classicisme, surréalisme, portrait, photographie, abstraction, etc.

 

Jusqu’au 23 septembre 2018

Place Saint-Jean-de-Malte

F-13 100 Aix-en-Provence

Tél. : +33 4 42 52 87 97

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 19h. Fermé le lundi

Entrée : 10 EUR plein/ 8 EUR réduit /gratuit – de 18 ans

http://museegranet-aixenprovence.fr

 

LES 70 ANS du FESTIVAL INTERNATIONAL d’ART LYRIQUE ***

Avec au programme les opéras « Ariane à Naxos » de Richard Strauss, « L’Ange de feu » de Sergueï Prokofiev, « La Flûte enchantée » de Mozart, « Didon et Enée » de Henry Purcell, etc. et des concerts, de musique de chambre et symphonique, voilà l’un des meilleurs festivals du genre dirigé de main de maître par Bernard Foccroulle, organiste de formation (Liège, 1953), qui après 12 ans de bons et loyaux services à sa tête tire sa révérence. Une personnalité aussi exceptionnelle que discrète qui a fait rayonner la Belgique à l’étranger.

Jusqu’au 24 juillet 2018

www.festival-aix.com

 

 


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Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

Peintures, sculptures et installations inédites de cet artiste coréen (1956, Chung-Do) à l’honneur dans le cadre exceptionnel de la Fondation Maeght dans le sud de la France, à l’entrée de Saint-Paul de Vence : « Je suis venu à plusieurs reprises pour préparer l’exposition et à chaque fois, la Fondation Maeght m’a fait penser àun monastère. Ce lieu consacré à la création, à l’art, à sa présentation est pour moi un endroit de recueillement. La forme des toits, avec les bords courbes, me rappelle celle des temples avec leur toiture qui remonte et semble se redresser vers le ciel. La comparaison m’a toujours frappé. » Un rapprochement avec l’architecture mais aussi avec la lumière « monacale »,ajoute-t-il.

Un artiste dont le matériau essentiel est le charbon de bois -utilisé à ses débuts comme un fusain- qu’il taille, ponce, colle sur la toile et fixe au moyen d’un medium acrylique semi-transparent. Des œuvres où le noir règne en maître, même si la couleur n’est pas le résultat d’un choix conscient mais bien celui imposé par le matériau lui-même, issu en droite ligne de sa culture asiatique. Placé dans les fondations d’une nouvelle maison, il sert à protéger contre l’humidité, les insectes, etc. Et quand naît un enfant, c’est un morceau de charbon de bois accroché à une corde sur la porte de la maison qui signale sa naissance.


Un noir d’une densité incroyable. Certains tableaux sont des agglomérés -ou mieux des mosaïques- de morceaux noirs qui jouent entre différentes nuances de noir, s’amusent de divers reflets et contrastes. Des œuvres tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Fondation comme dans le patio, où l’on découvre face à la piscine de Marc Chagall, ces grandes pièces composées de morceaux de charbon de bois réalisées avec des fagots de sa ville natale, maintenus ensemble par des élastiques. Ils ont été carbonisés en montagne dans un four d’argile en forme d’igloo. Un processus qui a pris un mois : 15 jours à une température de 1000 degrés (comme pour la céramique) puis 15 jours de refroidissement. Transportés jusqu’ici, c’est « une rencontre entre les pins de Saint-Paul et de Corée. » Une idée que l’artiste apprécie par-dessus tout, à l’image de son mode de vie et ses déplacements depuis 30 ans entre la France et la Corée…

Lee Bae vit et travaille à Paris, où nous l’avons connu à travers la Galerie RX puis nous avons été le voir, il y a 2 ans, dans les écuries du Château de Chaumont à l’occasion du Festival international des Jardins www.domaine-chaumont.fr/fr/festival-international-des-jardins

En 2015-2016 et en 2018, nous l’avons retrouvé à la galerie parisienne Perrotin www.perrotin.com  

A cheval entre Soulages et Rothko, Lee Bae, le peintre-sculpteur s’affirme comme une figure unique dans le monde de l’art contemporain. Un univers imprégné d’encre de Chine et de calligraphie. Sa façon à lui de garder le lien avec sa culture ancestrale.

Jusqu’au 17 juin 2018

Fondation Maeght

F-06570 Saint-Paul de Vence

Tél. : +33 4 93 32 81 63

Ouvert tous les jours (sans exception) de 10h à 18h (octobre – juin) et jusqu’à 19h (juillet -septembre)

Entrée : 15 EUR plein / 10 EUR réduit

www.fondation-maeght.com

« L’EMPIRE des ROSES. Chefs-d’œuvre de l’art persan du 19esiècle » ***

Texte & Photos-montage Virginie de Borchgrave

Dans une mise en scène de Christian Lacroix qui, bien qu’ayant le mérite d’être très claire et lisible ne m’a pas laissé une impression particulière, nous voilà plongés dans la dynastie des Qajars, un peuple d’origine turco-mongole. Installé en Iran depuis 4 siècles son mérite fut e.a. de donner au pays, à partir de la fin du XVIIIe s, une certaine stabilité politique. Mais entre la Russie et l’Angleterre expansionniste, rien ne fut très simple…

Au fil des salles et des dessins d’une grande finesse, des peintures (beaux portraits), des tapis, des céramiques, des bijoux, des costumes, des instruments de musique (avec à chaque fois, une illustration picturale en parallèle) etc., on découvre les diverses disciplines artistiques sous cette dynastie qui commence en 1779 et prend fin en 1925, lorsqu’un militaire iranien du nom de Reza Khan fomente un coup d’état et prend le pouvoir, fondant la dynastie des Pahlavi.

Des objets que l’on se surprend à observer avec une grande attention car ils sont autant de témoins parlants de la quête identitaire de cet immense pays qui s’étendait à l’époque du Golfe persique au Caucase.

Pourquoi « L’Empire des Roses » ?  C’est le nom d’un des recueils les plus célèbres de la littérature persane « Le Golestan » écrit par Saadi au 13es. et traduit en français au 17eque les Qajars reprirent pour nommer leur palais à Téhéran. On peut le visiter car il abrite aujourd’hui le grand musée qui leur est consacré.

Véritable cours d’histoire joliment illustré, l’exposition nous apprend aussi des mots clefs de la culture persane tels que les grandes dynasties qui s’y sont succédées -Achéménide, Safavide, Sassanide- mais encore sur les divers courants religieux comme le soufisme -cœur de l’Islam-, le sunnisme et le chiisme.

L’une des meilleures manières de s’initier à la culture ce pays qui possède l’un des patrimoines les plus riches du monde et s’ouvre au tourisme depuis quelques années.

 

Jusqu’au 23 juillet 2018

Musée du Louvre-Lens

99, Rue Paul Bert

F-62 300 Lens

Tél. : + 33 3 21 18 62 62

https://www.louvrelens.fr/

XIVe édition du FESTIVAL INTERNACIONAL de POESIA****

GRANADA NICARAGUA AMERICA CENTRAL

Texte & Photo Virginie de Borchgrave

130 poètes en provenance de près de 60 pays des 5 continents se retrouvent pendant une semaine dans la plus belle ville coloniale du Nicaragua -et l’une des plus intéressantes d’Amérique centrale avec La Antigua Guatemala- pour déclamer leurs poèmes écrits dans leur langue maternelle et traduits ensuite en espagnol par des étudiants en lettres ou des écrivains comme e.a. Gioconda Belli, la plus célèbre écrivain nicaraguayenne dont la renommée dépasse de loin les frontières du monde latin.

Considéré à juste titre aujourd’hui comme l’un des événements poétiques majeurs dans le monde littéraire, le festival créé en 2005 par le poète Francisco de Asis Fernández a contribué à montrer une autre image du Nicaragua, un pays encore méconnu, dont la réputation a été fameusement abîmée au XXe s. par des années de guerre et de soubresauts politiques. Le FIPG donne enfin à Granada la place qu’elle mérite sur la carte historique des villes coloniales de l’Amérique latine.

Au menu de cette édition, un hommage est rendu à deux poètes d’Amérique centrale, le nicaraguayen Fernando Silva Espinoza, à la fois pédiatre, poète, conteur, nouvelliste, essayiste, peintre et linguiste (rien que cela) et à l’hondurien Roberto Sosa, considéré comme le plus prestigieux représentant du genre dans son pays.

Un festival populaire avant tout qui n’a pas lieu dans des salles de théâtre pour un public averti où il faut réserver et payer ses places mais qui se déroule sur la place principale de la ville et est entièrement gratuit ! Il faut savoir qu’un énorme travail est fait en amont pour inciter les gens d’ici et des autres villes du pays à y participer. Quand on voit la foule qui s’y presse, le pari paraît gagné. Une session « microfono abierto » les après-midi permet aussi à tout un chacun d’y prendre part en présentant ses propres poèmes.

Un festival fréquenté par des jeunes car il récompense aussi les poètes en herbe. Qui connaît un peu le pays sait qu’au cœur de tout Nicaraguayen sommeille un poète qui s’ignore…

Belle initiative pour soutenir la poésie et éveiller la sensibilité à fleur de peau des autochtones.

Un langage universel qui ouvre la porte à la littérature, la culture et l’art en général.

Et un prétexte unique au cœur de l’hiver pour planifier un voyage là-bas !

Du 11 au 17 février 2018

www.festivalpoesianicaragua.com

 

 ANCIENS EXTRA MUROS: 

http://wp.me/p4rkVj-1zP

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Barbara Chase-Riboud. Avatars @ La Verrière –>5/12

Une artiste américaine (1939, Philadelphie) multidisciplinaire qui vit à Paris depuis les années 60. A la fois, romancière, poète, sculptrice et dessinatrice, elle nous donne ici une belle illustration de ses diverses facettes. En s’inspirant de toutes les cultures tant de la sculpture classique que du baroque ou des cultures africaine ou océanienne, elle crée des sculptures particulières dans un style qui marie force et fragilité, sauvagerie et élégance. 

Les titres de ses œuvres révèlent leur face cachée, une sensibilisation à la condition noire aux USA. Un travail hybride entre beauté et utilité qui ne saute pas aux yeux d’un public non averti. Si les œuvres de Barbara Chase-Riboud figurent dans les plus grandes collections, elle reste très mal connue en Europe. C’est pourquoi je vous conseille vivement de participer à la visite commentée du samedi. 

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

Jusqu’au 5 décembre 2020

La Verrière (Hermès)

50, Boulevard de Waterloo

B-1000 Bruxelles

Ouvert du mardi au samedi de 12h à 18h

Visite commentée chaque samedi à 15h

www.fondationdentreprisehermes.org/fr