


Il y a des artistes que l’on regarde. Et puis il y a ceux qui nous regardent en retour. Léon Spilliaert est de ceux-là.
Chez Native, son œuvre prend une résonance particulière. Un propos qui met en regard 35 œuvres de Spilliaert la plupart rarement montrées – avec celles de dix-huit artistes contemporains.
Très vite, on oublie le jeu des correspondances, les filiations, les rapprochements savants et on se retrouve face à Spilliaert.
Et là, on peut ressentir cette étrange sensation qu’on éprouve souvent devant ses dessins : celle d’entrer dans un monde où le silence aurait une couleur.
Chez Spilliaert, tout paraît retenu. La mer, les quais d’Ostende, une silhouette, un visage, une chambre, un objet banal… Rien ne cherche à séduire. Tout semble au contraire légèrement décalé, comme si la réalité avait basculé de quelques degrés vers le rêve ou vers l’inquiétude. Ses noirs ne sont jamais simplement noirs : ils absorbent la lumière, la font surgir ailleurs. Ses espaces paraissent immenses alors même qu’ils sont parfois minuscules. Et ses personnages, souvent seuls, semblent porter en eux tout le poids du monde.
C’est peut-être avant tout cette solitude qui touche. Une solitude qui n’est pas forcément triste. Plutôt une manière d’être au monde avec une acuité presque douloureuse. Il suffit d’un bord de mer désert, d’une femme aperçue de dos, d’un intérieur silencieux pour que l’ordinaire devienne métaphysique.
Et c’est sans doute ici que le dialogue avec les artistes d’aujourd’hui devient passionnant. Borremans, Braeckman, De Bruyckere, De Cordier, Gormley, Tuymans ou Hans Op de Beeck n’imitent pas Spilliaert. Ils semblent plutôt reconnaître chez lui quelque chose qui leur appartient encore : le goût du silence, de l’ellipse, de la solitude, de ces images qui ne livrent jamais complètement leur secret.
J’aime particulièrement cette idée d’une exposition qui ne cherche pas à enfermer Spilliaert dans son époque. Au contraire, elle rappelle combien son regard demeure contemporain. Il nous parle de notre propre inquiétude, de notre besoin de solitude, de notre difficulté à habiter un monde saturé d’images.
Quatre-vingts ans après sa mort, Spilliaert n’a décidément rien perdu de son pouvoir de trouble. Il continue à nous attirer dans ses paysages mentaux, avec cette élégance sombre et infiniment fragile qui n’appartient qu’à lui.
Spilliaert, l’intranquillité magnifique…
Texte & Photos Virginie de Borchgrave
Jusqu’au 26 septembre 2026
Native Auctions



