Claire Tabouret. Weaving Waters, Weaving Gestures ❤️❤️❤️❤️

“L’eau est comme un miroir. Je peins un portrait comme la surface de l’eau. Les portraits nous sont toujours un miroir de nous-mêmes. »  

Une exposition particulièrement réussie qui va bien au-delà de la notion théorique de rétrospective. Pourquoi ? Parce qu’on a la sensation que tout tourne autour de la présence humaine : des visages instables, des regards un peu fantomatiques, des groupes d’enfants ou de baigneurs qui paraissent à la fois très contemporains et presque hors du temps. 

Des peintures qui donnent l’impression d’être dans un univers entre souvenirs, rêves et malaises ; des portraits qui suscitent, chez celui qui prend le temps de s’y plonger, une interrogation voire une réflexion. 

Dans toutes les salles, une tension est palpable entre douceur et inquiétude. Les couleurs sont très belles, parfois fluorescentes, parfois translucides, mais il y a toujours quelque chose d’un peu fragile, étrange, mystérieux dans les personnages. 

Notons que l’histoire de l’art est là dans la trame, omniprésente, mais sans académisme : Claire Tabouret (1981, Pertuis, Sud de la France) mélange peinture, plexiglas, bronze, céramique, textile, etc. On la sent pleine d’une énergie créatrice immense, libre, sans contrainte. 

Le contexte rend aussi le propos passionnant : Claire Tabouret est en train de devenir une figure majeure de l’art contemporain français, notamment avec ses futurs vitraux pour la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui suscitent autant d’enthousiasme que de débats. 

Alors voir cette exposition maintenant nous donne l’impression d’être un peu les témoins d’un moment décisif, charnière, de sa carrière. 

Exposer ici était probablement l’endroit idéal, le meilleur choix : la fondation Voorlinden est un espace remarquable, calme, presque méditatif dont l’une des caractéristiques principales est celle de laisser respirer les œuvres. 

Chez une artiste de cette veine où tout repose sur l’émotion aussi discrète et élégante que vibrante et respectueuse des figures, le lieu fait résonner, amplifie le propos.

« Il y a tellement d’aventures dans ma peinture, tellement d’inconnues, mes propres drames, mes hauts et bas. Quand je peins, je donne tout, je n’ai aucun filet de sécurité. »

Jusqu’au 25 mai 2026

Shilpa Gupta. For, In Your Tongue, I Cannot fit ❤️❤️❤️

Probablement, l’une des plus fortes expositions au niveau émotionnel que j’ai vue ici. Contrairement à Claire Tabouret, dont l’essentiel passe par la peinture et le regard, Shilpa Gupta (1976, Mumbai, India) travaille presque directement sur la conscience politique et humaine, en évitant le piège didactique. Son art est d’une veine sensorielle, silencieuse. 

L’installation ‘For, In Your Tongue, I Cannot Fit’ est impressionnante : ces voix de poètes emprisonnés de par le monde qui se répondent dans l’espace créent quelque chose de presque physique. On ne ‘regarde’ plus vraiment une œuvre ; on se retrouve au milieu d’une mémoire collective faite de censures, de frontières et de résistance. 

Gupta utilise très peu d’effets. Quelques microphones, des phrases, des fils, des sons – et pourtant cela ouvre des questions immenses sur l’identité, la liberté d’expression ou notre manière de voir les autres. C’est un art qui agit lentement et résonne longtemps après la visite, quand certaines phrases ou sensations reviennent en tête. 

Et comme pour Tabouret, Voorlinden semble être le cadre parfait : la sérénité de l’endroit donne à l’exposition une dimension presque méditative, alors que le sujet est profondément politique. 

Jusqu’au 17 mai 2026

Texte & Photos Virginie de Borchgrave

www.voorlindenmuseum.nl