


C’est sans doute l’exposition la plus émouvante de cet automne, et certainement la plus improbable. Ai Weiwei, artiste chinois de renommée mondiale, expose plus d’une soixantaine d’œuvres au petit musée Émile Verhaeren, dans le village de Sint-Amands, au bord de l’Escaut. Un véritable tour de force de son conservateur, Rik Hemmerijckx, qui se bat pour assurer la survie d’un musée menacé de fermeture.
Ce geste généreux d’Ai Weiwei est très personnel : cet hommage à Verhaeren honore également la mémoire de son père, Ai Qing, le plus grand poète chinois du XXe siècle. Dans les heures sombres de la prison et de l’exil, celui-ci traduisait Verhaeren en chinois. Ai Weiwei évoque ce lien en recréant, en Lego jaunes et blancs, le portrait du poète gravé par Frans Masereel en 1920, reproduit à la fois sur le logo du musée et sur la couverture de l’édition chinoise publiée en 1948. Le musée conserve plusieurs exemplaires de ces traductions.
L’artiste et les deux poètes partagent une même compassion pour les humbles, les migrants et les déracinés. Depuis toujours, Ai Weiwei dénonce la violence d’un système qui brise les corps et les consciences. Cette révolte peut prendre une forme abrupte, avec le doigt d’honneur de Study in Perspective – interprété ici, avec une ironique préciosité, par les maîtres verriers de Burano – ou la vidéo qui parodie ses 81 jours de détention en Chine. Remains ressemble d’abord à une vitrine archéologique ; puis on découvre que ces moulages d’ossements humains sont ceux de victimes des camps de travail de Mao, à l’époque où Ai Qing y fut lui-même envoyé. La critique se fait plus allusive avec ces crabes en porcelaine, symboles de censure : hexie (« crabe » en chinois) est homophone de « harmonie », terme dont les autorités chinoises se réclament pour justifier toute répression. Une censure qu’Ai Weiwei considère d’ailleurs comme une menace croissante pour nos propres sociétés démocratiques.
Après la visite, ne manquez pas de vous promener le long des magnifiques berges de l’Escaut, où la tombe du poète semble prête à prendre le large…
Tous les jours de mardi à dimanche (11-18h) jusqu’au 13 décembre


Texte : Nathalie Trouveroy
Photos 1 à 3 : Dries Van Den Brande
Photos 4 et 5 : Nathalie Trouveroy



