


“It could be James on the beach. It could be. It could be very fresh and clear”
Une rencontre entre James Ensor et Albert Einstein sur la côte belge sert de point de départ à cette exposition solo de l’artiste plasticienne belge Edith Dekyndt (Ypres, 1960, basée entre Bruxelles et Berlin), organisée par Martin Germann.
Ce ne sont que quelques photographies fragiles qui restent de cette rencontre, des images qui inspireront plus tard Robert Wilson et Philip Glass dans leur opéra « Einstein on the Beach. »
Au centre de l’exposition se trouve la « Nature morte avec chinoiseries » de James Ensor, issue de la collection du MDD. Une œuvre qui représente des objets importés – tissus, céramiques, éléments décoratifs – et incarne une perspective occidentale sur des contrées lointaines.
Autour de l’œuvre d’Ensor, Dekyndt rassemble une série d’objets : des voiles marquées par des traces de papier peint déchiré, des textiles, des céramiques chinoises et japonaises, ainsi que diverses créatures marines. Ces éléments font référence, e.a., aux mathématiques, au passage du temps et à la catastrophe atomique d’Hiroshima.
Dekyndt explore ici, comme à son habitude, la transformation de la matière ainsi que les phénomènes physiques à travers tous les médias comme la vidéo, la photographie, le son et l’installation, focalisée sur l’interaction entre le temps, la nature et les objets du quotidien. Exemple : elle a ramassé des morceaux de calcaire dans une carrière chez des amis en Belgique et elle les a cuits dans un four pendant des heures. Presque tous ont explosé, sauf un qu’elle a continué à cuire et recuire et le voilà exposé ici telle une magnifique pierre : « une transformation qui a eu lieu en quelques heures au lieu de quelques siècles » dit-elle avec la fierté de l’inventeur. (cfr photo jolie pierre rouge/orange)
La pièce centrale de l’exposition est un magnifique et impressionnant rideau tissé localement, inspiré des motifs des kimonos japonais qui, au moment de l’explosion atomique ont été brûlés sur la peau des victimes d’Hiroshima. Le textile, à la fois doux et carbonisé évoque le moment où la bombe atomique a tout réduit en cendres. Il coupe la principale salle d’exposition en deux voire en 4, permettant un espace plutôt jour et un autre plutôt nuit et surtout, une division entre espaces intérieur et extérieur car il traverse le patio de part en part, tout en y rajoutant, une fois de plus, la notion de transformation, le passage du temps sur les objets.
En effet, l’artiste se pose déjà la question de savoir comment va réagir la partie extérieure par rapport à celle intérieure, tout au long des 4 mois que dure l’exposition ?
Entre Ensor et Einstein se trouve une transition subtile, celle d’un ancien monde façonné par les perspectives coloniales vers un monde moderne dans lequel la science peut entraîner des destructions dévastatrices. L’exposition de Dekyndt rend cette transition tangible, non pas à travers un récit concret, mais à travers la présence d’objets, la lenteur des matériaux et le silence qu’ils laissent derrière eux. Elle emmène, pour un temps, le musée dans une ambiance pure, sobre, calme, zen presque japonisante.
En lui offrant tout l’espace, le Musée Dhont-Dhaenens donne à la pratique artistique de cette artiste ‘sensible’, l’occasion unique de créer une expérience, certes minimaliste mas aussi conceptuelle et immersive… Tout à son image.



Texte & Photos Virginie de Borchgrave
Jusqu’au 17 mai 2026
Musée Dhondt-Dhaenens
Lathem-Saint-Martin
www.museumdd.be



