« Parasites »*** de Bong Joon-ho avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, etc. Durée : 2h12’

 

Il y a plusieurs films dans ce 7e long-métrage du grand réalisateur coréen, Palme d’orà Cannes cette année. L’idée est excellente et on ne pouvait pas trouver de meilleur titre en français pour illustrer le propos. Immersion dans le quotidien d’une famille pauvre de Séoul rapidement mis en parallèle avec celui d’une famille très riche. Le scénario est divertissant jusqu’au moment (2/3 du film) où cela tourne au film d’action sauvage à la sauce Tarantino. Mais ça, c’est le cinéma coréen et ses ‘surprises’… Quand je vois un film coréen, je ne me fie à rien et ne sais jamais à quoi m’attendre… Signant un film à cheval entre comédie noire et triller haletant, Bong Joon-ho prouve une fois de plus qu’il manie l’humour et le suspense avec talent, tout en peignant avec subtilité les problèmes inhérents à une cohabitation où la mise en scène joue un rôle essentiel. On n’est pas du tout dans du pur divertissement comme on aurait tendance à le croire à première vue mais bien dans une analyse plus profonde, tant sociale que politique de la société coréenne, servie avec brio par des acteurs époustouflants quand je pense au père de la famille pauvre, Song Kang-ho acteur fétiche du réalisateur et à la mère de la famille riche Chang Hyae-jin d’une finesse naturelle remarquable, pour ne citer qu’eux. J’ai bien aimé aussi l’ accent mis sur la lumière et les odeurs… Une vraie Palme d’or.

 

 

« Fête de famille »** de Cédric Khan avec Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Cédric Kahn, Vincent Macaigne, etc. Durée : 1h40’

 

D’emblée, je dois vous dire que je n’ai pas aimé « Festen » auquel on a tendance à comparer ce film et j’ai apprécié « Fête de famille ». Si les sujets sont semblables – une famille réunie à l’occasion d’un anniversaire qui tourne mal – la façon d’aborder le sujet est radicalement différente. On se sent mal à l’aise dans le film de Lars von Trier car il nous met face à l’intime alors qu’ici, on ne se sent jamais impliqué personnellement dans l’histoire. On écoute, on regarde, on observe, on se désole de voir comme c’est compliqué la vie de famille surtout quand réapparaît après des années la fille ‘prodigue’, brillamment interprétée par une Emmanuelle Bercot qui a sans doute joué ici l’un des rôles les plus difficiles de sa carrière. Il faut dire que Vincent Macaigne, en frère paumé version cinéaste/artiste contemporain, après sa récente prestation dans « Blanche-Neige » de Anne Fontaine, n’est pas mal non plus. Sans parler de Cédric Kahn, juste. J’ai beaucoup d’admiration pour les réalisateurs qui endossent aussi la casquette d’acteurs… Après « La Prière » l’année dernière qui était magnifique, il réussit ici dans un tout autre genre à nous émouvoir avec un drame familial aussi imprévisible que la personnalité complexe de la fille maniaco-dépressive. Les réactions des uns et des autres face à cela, le déni de sa mère, le rejet de sa fille ne font que montrer en filigrane les différents chemins que l’amour peut suivre pour s’exprimer.

“La Quietud”** de Pablo Trapero avec Martina Guzmán, Bérénice Bejo, Graciela Borges, Edgar Ramirez, etc. Durée : 2h .

 

Dans un cadre exceptionnel avec d’excellentes actrices (et acteurs), Pablo Trapero, le plus chéri des réalisateurs argentins à Cannes (il présidait il y a quelques années le jury d’Un Certain Regard) nous raconte l’histoire d’une famille de la bonne société argentine réunie à l’occasion de la mort du père. En apparence, tout à l’air de sonner juste jusqu’au moment où les relations affectives entre les sœurs fusionnelles et le mari de l’ainée, amant de la cadette viennent perturber la donne. Le scénario de plus en plus tiré par les cheveux au fur et à mesure du déroulement du film et la musique inadéquate, voire commerciale laissent une impression finale décevante et incomplète, entre autres au niveau des thèmes abordés comme la dictature militaire et la peinture de la corruption du système argentin. Dommage car tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un grand film. Pour le réalisateur, « l’amour, c’est respecter l’autre, essayer de lui donner ce dont il a besoin. » On est tous d’accord évidemment mais cela justifie-t-il la scène finale en forme de ‘happy ending’ trop facile ?

Notez que c’est la première fois que Bérénice Bejo (protagoniste de Jean Dujardin dans « The Artist ») joue dans sa langue et son pays natal et cela lui réussit bien.“La Quietud”** de Pablo Trapero avec Martina Guzmán, Bérénice Bejo, Graciela Borges, Edgar Ramirez, etc. Durée : 2h .

 

Dans un cadre exceptionnel avec d’excellentes actrices (et acteurs), Pablo Trapero, le plus chéri des réalisateurs argentins à Cannes (il présidait il y a quelques années le jury d’Un Certain Regard) nous raconte l’histoire d’une famille de la bonne société argentine réunie à l’occasion de la mort du père. En apparence, tout à l’air de sonner juste jusqu’au moment où les relations affectives entre les sœurs fusionnelles et le mari de l’ainée, amant de la cadette viennent perturber la donne. Le scénario de plus en plus tiré par les cheveux au fur et à mesure du déroulement du film et la musique inadéquate, voire commerciale laissent une impression finale décevante et incomplète, entre autres au niveau des thèmes abordés comme la dictature militaire et la peinture de la corruption du système argentin. Dommage car tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un grand film. Pour le réalisateur, « l’amour, c’est respecter l’autre, essayer de lui donner ce dont il a besoin. » On est tous d’accord évidemment mais cela justifie-t-il la scène finale en forme de ‘happy ending’ trop facile ?

Notez que c’est la première fois que Bérénice Bejo (protagoniste de Jean Dujardin dans « The Artist ») joue dans sa langue et son pays natal et cela lui réussit bien. Les plus belles années d’une vie »* de Claude Lelouch avec Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Marianne Denicourt, etc. Durée : 1h30’

 

Très émouvant dès les premières minutes où l’on assiste aux retrouvailles entre Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée plus de 50 ans après, ce 3e remake de « Un homme et une femme » n’arrive pas vraiment à décoller. Même si les deux acteurs sont d’un naturel impressionnant : lui croupis dans une luxueuse maison de retraite où elle lui rend visite sans lui dévoiler son identité. Elle l’emmènera ensuite dans certains hauts lieux de leur histoire commune passionnée. Des moments touchants entre la malice de l’un et la pudeur de l’autre. Mais à part cela, il y a peu à se mettre sous la dent si ce n’est d’avoir attendu jusqu’à la fin du film pour revoir cette scène magnifique de la traversée de Paris à 100km à l’heure la nuit, avec au compteur 18 feux rouges brûlés ! L’une des grandes fiertés du réalisateur et… plaisirs du cinéphile !

Néanmoins si « Les plus belles années d’une vie » ne marquera pas l’histoire du cinéma, je ne regrette pas de l’avoir vu.

« M »**** de Yolande Zauberman avec Menahem Lang. Durée : 1h46’

Un documentaire percutant sur la pédophilie dans le milieu ultra-orthodoxe juif. Couronné dans plusieurs festivals dont celui de Locarno où il a remporté le Prix spécial du jury avant le Bayard d’or au Festival du film francophone de Namur, il raconte l’histoire vraie de Menahem Lang, découvert par la réalisatrice dans « Kedma », un film d’Amos Gitaï, réalisé en 2002.

A Bnei Brak, la capitale mondiale de la banlieue juive ultra-orthodoxe de Tel Aviv, Zauberman filme cet univers particulier uniquement masculin des « hommes en noir » où elle a réussi à capter les blessures et les frustrations de ceux qui, comme son acteur principal ont subi ces abus à répétition dans leur enfance. Menahem est tellement sympathique avec un magnifique sourire que l’on suit ces terribles témoignages avec autant d’intérêt que d’émotion et de questionnement… Brouillé avec ses parents depuis de longues années par manque d’écoute, de communication et d’ouverture de leur part, le film arrive à les réunir à nouveau et à s’expliquer sur ce qui s’est passé. Témoignage d’une ampleur qui dépasse l’entendement, « M » est aussi exceptionnel que remarquable quant au sujet abordé. La réalisatrice et son acteur parlant parfaitement le yiddish (langue que les juifs orthodoxes parlent entre eux, réservant l’hébreu à la langue sacrée des textes), ils ont réussi à gagner la confiance de la communauté hassidique et à les filmer. Pour moi, le cinéma est avant tout une fenêtre ouverte sur le monde et les cultures. Ce film en est l’exemple par excellence.

 

« Le Cercle des petits philosophes »*** de Cécile Denjean avec Frédéric Lenoir. Durée : 1h31’

 

Tous les enfants dès qu’ils commencent à penser à voix haute se posent des questions existentielles comme « Pourquoi on est là, vivant ? », « C’est quoi la mort ? », « Qu’est-ce que l’amour ? », « Faut-il taper ou parler pour se faire comprendre ? », etc. Frédéric Lenoir en introduisant des ateliers de réflexion philosophique et de méditation dans les écoles se propose d’amener les enfants, dès 4 ans, à s’exprimer sur les différents sujets qui les préoccupent, sans les juger mais en les amenant à une réflexion personnelle qu’il espère constructive dans le futur. Pour ce faire, il a créé la Fondation SEVE(Savoir Etre et Vivre Ensemble) qui a pour but d’amener dans les quelques années à venir plus de 5 millions d’enfants à bénéficier de cette démarche positive. Le film nous invite à le suivre dans les différentes écoles qui ont cautionné le projet et à participer, tant aux ateliers qu’aux feed back avec les instituteurs. Passionnante aventure. Résultat ? J’ai rempli mon dossier de candidature pour devenir animateur SEVE 😊

« Agnès par Varda »****, film autobiographique réalisé par la cinéaste elle-même et Didier Rouget, produit par sa fille Rosalie avec Agnès Varda, Sandrine Bonnaire, Jane Birkin, JR, Hervé Chandès, etc. Durée : 1h55’

 

Y a-t-il meilleure façon de raconter le cinéma d’Agnès Varda que par elle-même ? Premières images : on la voit dans un beau théâtre à Paris, devant un auditoire jeune, parler simplement de sa vie de photographe cinéaste et d’artiste. Elle est aussi naturelle, authentique, sincère que sans fausse modestie et ce film qui a pris la forme d’un testament cinématographique est en totale harmonie avec sa personnalité. Elle n’hésite pas non plus à entrer dans l’aspect plus technique du travail, en parlant de sa « cinécriture » et en donnant des explications théoriques, accompagnées d’extraits de ses films. Quelques mois seulement après sa mort – le 29 mars de cette année – à 90 ans, elle éclaire toute sa filmographie de ses commentaires enrichissants. Elle se sentait fatiguée depuis quelque temps et a orchestré de main de maître son départ, en se déplaçant pour recevoir des prix honorifiques prestigieux à Berlin et à Marrakech (des mains de Martin Scorsese), récompensant toute sa carrière, en panifiant une rétrospective complète de son œuvre à la Cinémathèque française et des conférences (ce qui est la base du film) à des étudiants en cinéma ou à La Fondation Cartier qui lui avait consacré une très belle exposition intitulée « Agnès Varda, L’Ile et Elle» en 2006.

 

Quelle leçon de cinéma. Quelle place unique, cette petite française spitante d’origine grecque (née à Ixelles,Avenue de l’Aurore) s’est taillée dans le 7e art. Un film à son image, très émouvant.

« Pachamama »*** dessin animé de Juan Antin. A partir de 6 ans (4 ans pour moi). Durée : 1h12’

 

Récompensé par le César du meilleur film d’animation, voilà enfin un dessin animé de qualité aussi intéressant que très joliment illustré. Il raconte l’histoire de Tepulpai, un petit garçon des Andes péruviennes que l’on voit échouer au rituel de passage à l’âge adulte instauré par le chamane de son village. Il apprendra courageusement la vie en affrontant les chemins sinueux et dangereux de la Cordillère pour ramener au village la statue sacrée en or qui le protège ; un village qui vénère Pachamama, la déesse de la terre mère.

Né de la collaboration entre un réalisateur argentin et une production française, il aborde beaucoup de thèmes comme celui ancestral du respect de la terre des ancêtres, l’empire des Incas, Cuzco leur capitale, l’arrivée des cruels conquistadors sans foi ni loi, le chamanisme, sans parler des valeurs essentielles qu’il véhicule comme le courage, la maturité, l’écoute et la solidarité. Magnifique et édifiant.

 

« Rocketman » de Dexter Fletcher avec Teron Egerton, Jamie Bell, Richard Madden, Bryce Dallas Hoxard, etc. Durée : 2h01’

 

40 millions de dollars pour raconter la vie de Reginald Dwight, le jeune pianiste anglais prodige mieux connu sous son nom de super star, anobli par la reine, Sir Elton John.  Pour ce prix-là, on a droit à son parcours où toutes les étapes du chemin qui le mèneront au succès doublé d’une déchéance physique due à une addiction à l’alcool, au sexe, aux médicaments, au shopping, etc. sont évoquées. C’est Lee Hall, le scénariste de « Billy Eliot » qui en est l’auteur et on se demande bien ce que ce film apporte au génie du chanteur. Décliné entre autres sur le rythme d’une comédie musicale, c’est long, bruyant et triste surtout. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a l’homme et l’œuvre et qu’il n’est pas toujours nécessaire de montrer ce qu’il y a derrière l’œuvre ou d’analyser l’œuvre à travers l’homme…

Un film vraiment pas nécessaire, même pour les fans d’Elton, vu que l’on n’y voit aucune interprétation originale. Enfin, une petite mention pour le générique de fin qui montre le travail impressionnant qui a été réalisé au niveau des costumes avec des photos d’archives mises en parallèle avec celles du film.

« Notte Magiche »** de Paolo Virzi avec Giulio Berruti, Irene Vetere, Mauro Lamantia, Giancarlo Giannini, Giovanni Toscano et la participation de Ornella Muti. Durée : 2h05’

 

Quand l’un des derniers grands réalisateurs italiens nous plonge dans ses souvenirs de jeunesse, en choisissant de nous raconter ses débuts à Rome dans les années 80. Un film plein de références cinématographiques, un récit sur la décadence du grand cinéma de la péninsule. Rythme soutenu, scénario volubile à souhait, tout va tellement vite qu’on a peine à suivre. Une peinture au vitriol certainement plus réaliste que fictionnelle… `Même si je l’ai beaucoup apprécié et me suis bien amusée, je pense qu’il est destiné en priorité à des natifs de la langue car je dois avoir compris la moitié des choses… Paolo Virzi nous donne ici l’envie irrésistible d’apprendre cette belle langue, bien plus difficile qu’elle ne laisse paraître au premier abord.

Un film intense doublé d’un excellent cours d’italien !

« Tel Aviv on Fire »*** de Sameh Zoabi avec Kais Nashef, Yaniv Biton, Lubna Azabal, Maisa Abd Elhadi, Laëtitia Eido, Nadim Sawalha, etc. Durée : 1h37’

Alors qu’un nouvel accès de fièvre enflamme Gaza, le territoire palestinien coincé entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, voici le film à voir. Celui dont tous les ingrédients sont réunis dès le départ pour en faire un incontournable :

 

  • 3e long métrage d’un réalisateur palestinien d’une quarantaine d’années (né près de Nazareth) qui a étudié le cinéma à Tel Aviv avant de poursuivre ses études à Colombia à New York ;
  • un acteur principal récompensé à la 75e Mostra de Venise ;
  • un scénario en forme de série palestinienne qui traite des semaines avant la Guerre des Six-Jours (une belle occasion de rafraîchir notre mémoire) dont l’intrigue est à la fois politique et amoureuse ;
  • un humour caractéristique et indissociable des Palestiniens, la seule manière qu’ils ont trouvée pour survivre à la situation aussi grave qu’absurde à laquelle ils sont confrontés tous les jours ;
  • un focus sur l’houmous palestinien meilleur que l’israélien, le prétexte en or pour aborder une bataille aussi culturelle que politique et une volonté d’effacer petit à petit une identité, etc.

 

Mais arrêtons-nous là car il n’y a aucune intention du réalisateur de faire un cinéma politique mais seulement de trouver des moyens pour ‘alléger’ l’occupation israélienne …  Et Sameh Zoabi réussit son pari en nous faisant souvent rire sur le cocasse d’événements qui n’ont pourtant rien de vraiment drôle au premier degré, comme le passage journalier aux check points pointilleux.

 

Attention : si vous allez le voir à 19h30’ au Vendôme à Ixelles, prenez-vous y à temps car il arrive que les séances soient complètes. J’espère que vous avez compris maintenant pourquoi !

« Santiago, Italia »* un documentaire de Nanni Moretti. Durée : 1h20’.

 

Un pan de l’histoire chilienne intéressant, celui de l’accueil des réfugiés chiliens en Italie après le coup d’état de Pinochet le 11 septembre 1973. Quand l’Italie vivait ses années de plomb, période de tensions politiques entre la droite et la gauche, de la fin des années 60 au début des années 80 (l’attentat de la Gare de Bologne le 11 mars en marquera la fin) qui l’ont profondément marquée. Images d’archives et témoignages des exilés, des Chiliens devenus italiens à cheval sur deux langues et deux cultures jumelles ponctuent le récit. La première partie est passionnante mais le film s’essouffle malheureusement petit à petit. Dommage que Moretti n’ait pas profité de l’analyse de l’un des derniers intervenants pour rebondir et donner une dimension en plus au documentaire :

« L’Italie que je vois aujourd’hui me fait de plus en plus penser au Chili que j’ai quitté… »

 

Un film qui ne laisse pas indifférent et a surtout le grand mérite d’aiguiser notre curiosité en matière d’histoire politique, de part et d’autre de l’Atlantique.

« Oiseaux de passage / Pájaros de verano *** » de Ciro Guerra avec Natalia Reyes, Jose Acosta, Carmiña Martinez, etc. Durée : 2h05’.

 

Le réalisateur est colombien et originaire du nord du pays, non loin de la région qu’il évoque dans son dernier film : la Peninsula de la Guajira, pointe septentrionale de l’Amérique du sud, terre désertique, aride et hostile au bord de la mer et perpétuellement balayée par les vents. Un film construit comme une pièce de théâtre en 5 actes ou plutôt une tragédie en 5 chants, orchestrée avec gravité. Même si le scénario a des allures hollywoodiennes (comme le laissait présager la bande-annonce), il n’a rien d’hollywoodien dans sa façon d’aborder ce sujet terrible, à savoir celui des débuts du commerce de la marihuana et de la perte d’identité de l’âme colombienne. A l’époque où elle n’est pas encore légale aux USA et très prisée par les jeunes hippies américains du Flower Power. On vit 15 années de la vie d’une famille wayuu dont on apprend beaucoup sur la culture et les traditions aveuglées par leurs diktas et leurs présages. Peinture édifiante des débuts de la triste aventure des stupéfiants qui décimera la Colombie pendant des décennies jusqu’à aujourd’hui…

Un film aussi remarquable que difficile, au rythme lent en accord avec le tempérament des indigènes de ce coin perdu tout au bout de l’Amérique latine.

 

Un constat accablant qui se termine sur une mélodie poético-nostalgique.

 

 

«Grâce à Dieu»**** de François Ozon avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud, Bernard Verley, Eric Caravaca, etc. Durée : 2h17’

 

Un sujet difficile -la pédophilie des prêtres- traité de manière exceptionnelle. A travers les témoignages des petits garçons abusés, devenus tant bien que mal des hommes dont les blessures enfouies ou non sont toujours à vif. Décidément François Ozon dont c’est le 18elong métrage, n’arrêtera jamais de nous surprendre. Le film se déroule sous nos yeux ébahis et nos oreilles mises à rude épreuve avec un rythme qui va crescendo, une pléiade d’acteurs à l’élocution impressionnante, des sentiments profonds, des émotions mises à nu, le tout empreint d’une troublante humanité. Entre autres grâce aux magnifiques portraits de femmes qui habitent le scénario d’un bout à l’autre. Une histoire avec laquelle il est impossible de ne pas rentrer en empathie même si l’on ne se sent pas concerné, de près ou de loin. L’un, si pas le plus brillant des réalisateurs français a eu l’intelligence d’aborder ce thème avec tant de délicatesse et de subtilité qu’il signe ici sans doute son meilleur film. On en sort bouleversé à tous points de vue, à commencer par la brûlante actualité du sujet.

 

 

« Blanche comme neige »**** d’Anne Fontaine avec Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Charles Berling, Benoît Poelvoorde, Damien Bonnard, Jonathan Cohen, Vincent Macaigne, Pablo Pauly, Richard Fréchette, etc. Durée : 1h30’

 

La réalisatrice rajoute deux mots qui en disent long : « Conte dédisneyfié »… Bien qu’elle fasse désormais partie de la longue liste des artistes de tout poil que le genre littéraire a inspiré dans leur travail, Anne Fontaine excelle dans sa réinterprétation du plus célèbre des contes des frères Grimm. Avec une Blanche-Neige plus séduisante tu meurs -fabuleuse Lou de Laâge- et les sept nains revus et corrigés version XXIe s., on rentre à fond dans le récit qui se déroule dans un décor magique. Pas si facile par contre d’identifier exactement les ‘nouveaux’ nains… Avec une autre vision que celle de la « Psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim qui fait autorité dans le domaine depuis des décennies, Anne Fontaine subtilise la relation mère-fille mise en avant par ce dernier, par une apothéose de la sexualité féminine et de ses désirs libérés. En un mot, en revisitant Blanche-Neige, elle l’émancipe ! Yves Angelo, le célèbre directeur de la photographie participe de cette brillante peinture au sens propre avec des ambiances baignées d’une lumière exceptionnelle, en symbiose totale avec l’univers poétique. Un film aussi subtil qu’amusant et sensuel à souhait.

« Synonymes »** de Nadav Lapid avec Tom Mercier, Quentin Dolmaire, Louise Chevillotte, etc. Durée : 2h03’

 

Reparti récemment avec l’Ours d’or à Berlin, le réalisateur qui signe ici son troisième film tire son inspiration en grande partie de son vécu, celui d’un jeune israélien dont la vie dans son pays natal est devenue inconcevable. Jusqu’à renoncer à parler sa langue natale. Voilà la raison première de sa fuite à Paris après son service militaire.

Dans un style profondément inspiré de la Nouvelle Vague, Godard en tête que Lapid admire beaucoup d’ailleurs (un film hommage ?), il nous livre une critique très particulière, souvent absurde mais jamais ennuyeuse des identités, israélienne mais en filigrane, française aussi. Aussi particulier qu’original.

On n’en ressort pas indemne, les yeux écarquillés.

« Millenium » Festival du documentaire qui d’année en année a conquis sa place dans l’offre culturelle cinématographique de notre dynamique capitale.

 

Je ne peux pas vous faire une sélection alors que la directrice Zlatina Rousseva et toute son équipe travaille une année complète à visionner et sélectionner les meilleurs films pour nous les présenter. Des témoignages uniques et percutants sur les problèmes de société inhérents à toutes les cultures. Je peux juste vous dire que le niveau est très haut et l’équipe très professionnelle. Un des meilleurs festivals de la capitale à mes yeux. Galas d’ouverture et de clôture au Bozar les vendredis 22 & 29 mars. Ne tardez pas à réserver ces deux soirées-là et… les autres ! Je me permets encore d’attirer votre attention sur ceux qui traitent de l’Amérique latine, suffisamment rare sur nos écrans pour le souligner.

 

Programme complet sur www.festivalmillenium.org

« Dernier amour »* de Benoît Jacquot avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino, Catherine Bailey, etc. Durée : 1h38’

 

J’avais très envie de voir ce film. Un interview de Benoît Jacquot sur France Inter dans « Boomerang » l’excellente émission culturelle d’Augustin Trapenard sur France Inter (9h-9h40’), des critiques positives faisant référence à la fidélité du texte -des mémoires écrites par un italien en français qui ont une valeur littéraire reconnue (publiées dans la Pléiade), et encore un intérêt depuis toujours pour ce cinéaste français atypique. Au début, je suis séduite. De très beaux plans, une lumière tamisée, un parti pris subtil de la caméra, quelques dialogues feutrés, cela commence plutôt bien sauf que, tout est dit dans ce premier quart d’heure et on passe le reste du film à regarder un homme avili, une relation d’amour vaine et inintéressante, certes jouée par de très bons acteurs et dans de magnifiques décors, mais ça ne suffit malheureusement pas… On s’ennuierait ferme s’il n’y avait pas la photographie somptueuse qui a sauvé la mise et m’a fait accrocher une étoile largement méritée par Christophe Beaucarne… le directeur de la photographie !

 

« Les Estivants »° de Valeria Bruni Tedeschi avec Valeria Golino, Pierre Arditi, Noémie Lvovsky, Riccardo Scamarcio, Yolande Moreau, Laurent Stocker, etc. Durée : 2h05’

 

Il est rare que je vous déconseille un film car je les choisis toujours avec beaucoup d’attention et suis rarement déçue. Cette fois-ci, je ne suis pas seulement déçue mais je suis littéralement fâchée, furieuse même d’avoir perdu un après-midi précieux. J’allais avec beaucoup d’enthousiasme découvrir la dernière et quatrième comédie de Valeria, personnage aussi fantasque que drôle et déstabilisante et je n’ai vu que des personnages imbus d’eux-mêmes, qui n’ont pas besoin de jouer les rôles qu’on leur a donnés car ils sont ces personnages ! Tous aussi désabusés et imbus d’alcool que leurs doubles jouent une pièce totalement inintéressante, dont les conversations sont aussi affligeantes que dérangeantes, appuyées, sans nuance. Pas de scénario, rien qu’une tranche de vie estivale, un portrait, celui  d’une certaine société, me direz-vous ? Peut-être (sûrement même) mais dites-moi où est l’intérêt de passer plus de 2h au cinéma pour voir des gens traîner leur mal-être d’enfants gâtés, leurs corps déformés par l’excès de bouffe et d’alcool (qu’est-ce qu’est devenu le beau Pierre Arditi, ma parole !), assister à leurs galipettes de vieux qui ont tout raté et n’attendent plus rien de la vie qu’à se regarder tourner en rond dans cette magnifique propriété, où ils ont même ‘contaminé’ leurs domestiques. Tout est atroce. Que Valeria se remette un peu à jouer pour d’autres, elle qui est une si bonne et touchante actrice car là elle tourne mal dans son microcosme malsain. Et puis la genèse du film dans le film, je pense qu’on l’a assez vu… surtout aussi mal exploité. Voilà enfin sous ma plume -une fois n’est pas coutume- un film descendu en flèche. A contre cœur, je vous l’assure !

 

« Je prends l’inspiration de la vie et après je m’amuse… » dit-elle dans un interview. Et bien, nous, on ne s’est pas amusé. On s’y est même senti mal à l’aise d’un bout à l’autre. A éviter à tout prix.

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« Styx »**** de Wolfgang Fisher avec Suzanne Wolff, Gedion Oduor Wekesa, Alexander Beyer, Inga Birkenfeld, Anika Menger, etc. Durée : 1h35’

 

Pendant que l’ONG allemande Sea-Watch opérant en Méditerranée a annoncé hier saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) sur le sort de ces embarcations à la dérive bondées de migrants africains qui attentent assistance (soins médicaux, eau, nourriture, etc.) et que les Vingt-sept passent honteusement leur temps à se renvoyer la balle, le réalisateur autrichien Wolfgang Fisher sort un film sur le sujet ! Avec l’intention d’essayer d’intéresser le public à ces drames récurrents, le réalisateur nous amène à nous poser la question de ce que l’on ferait dans pareille situation.

 

« Styx » est un film aussi terrible que son titre (un des fleuves de l’enfer dans la mythologie grecque qui séparait le monde terrestre de celui-ci), remarquablement interprété par l’actrice de théâtre allemande Suzanne Wolff, où l’humain se confronte à la nature dans un scénario inattendu. Alors qu’elle partait se ressourcer de sa vie de médecin urgentiste sur l’île d’Ascension dans l’Atlantique sud – un endroit sauvage où Darwin planta une jungle encore intacte aujourd’hui -, Rike aperçoit après une rude tempête un bateau fantôme… Soit dit en passant, la tempête est la seule scène réalisée en studio. Toutes les autres ont été tournées en pleine mer pendant 1 mois et demi avec une équipe de 10 personnes devant en permanence se cacher sur ce petit voilier de 12m !!

 

Rien ne sert de prévenir les secours comme elle le fait à plusieurs reprises car, malgré les messages à la fois rassurants et autoritaires du type « les secours sont en route. Mais surtout n’intervenez pas vous-même… », rien ne se passe. Que faire ? Comment laisser mourir sous ses yeux ces hommes, femmes et enfants partis avec l’espoir d’une vie meilleure et assister impuissante à ce naufrage ? Un dilemme atroce incroyablement mis en scène, dont on ne ressort pas indemne.

 

Un (très) grand film. A voir de toute urgence.

« The Mule »**** de Clint Eastwood avec Clint Eastwood, Alison Eastwood, Bradley Cooper, Taissa Farmiga, Lawrence Fishburne, Dianne Wiest, Andy Garcia, etc. Durée : 1h55’

 

Réalisateur depuis 1971, avec plus de 35 films à son actif dont les mythiques « Sur la route de Madison », « Mystic River », « Million Dollar Baby », « Gran Torino », Clint Eastwood est à 87 ans, l’un des cinéastes américains les plus reconnus et plébiscités, auréolé en 2009 de la Palme d’honneur au Festival de Cannes. « The Mule » est sans doute son chef-d’œuvre. En tous cas, son film le plus touchant et le plus personnel. Un drame qui peut se lire à plusieurs niveaux. Et là est tout l’intérêt. En mettant en scène une histoire vraie, celle d’un vieux irréprochable sur la route pour avoir parcouru plus de 40 états des 50 que compte le pays, sans avoir jamais commis une seule infraction qui, par les hasards de la vie et des circonstances devient convoyeur de cocaïne pour le cartel mexicain de Sinaloa. Soit-dit en passant, pauvre peinture des Mexicains qui heureusement ne correspondent pas en grande majorité à ces clichés…

 

Un film réalisé avec amour, un portrait de son pays, de ses fabuleux paysages et de ses motels doublé d’un bilan sentimental et familial sans complaisance. Les scènes avec sa fille (qui joue son propre rôle) et son ex-femme en sont l’exemple. Quel mea culpa, ma parole ! Quel courage à près de 90 ans pour reconnaître ses erreurs et tenter de rattraper le temps gâché à autre chose qu’à l’essentiel : l’amour des siens. Une mise en abime impressionnante quand on connaît un peu la vie de l’acteur/réalisateur qui a 7 enfants de femmes différentes ! Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour se remettre en question…

« Sir »** de Rohena Gera avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, etc. Durée : 1h39’

 

Une comédie unique et très subtile qui montre l’Inde sous un autre angle que celui de l’exotisme coloré, exploité à outrance visuellement. Un sujet délicat traité en finesse qui pourrait se passer ailleurs. Car le choc des cultures et des principes qui régissent les sociétés existent partout dans le monde, non seulement au sein de cultures différentes mais surtout entre personnes issues d’une même culture, d’un même pays. C’est ce qui fait l’universalité du propos de « Sir ». A travers le prisme de la condition féminine, le réalisateur nous brosse un portrait sensible d’une servante aussi dévouée que discrète, honnête et intelligente qui force à son insu le respect de son patron redevenu célibataire, suite à un comportement inadéquat de sa future femme.

Aucune leçon ou ton moralisateur, juste une analyse sensible des incidents et blessures qui peuvent provoquer gène et humiliation quand on a le malheur d’appartenir à des classes sociales différentes ; des mondes que tout oppose à commencer par le regard des autres.

« Las Herederas » ** de Marcelo Martiwessi avec Ana Brun, Ana Ivanova, Regina Duarte, Margarita Irun, etc. Durée : 1h38’

 

Chronique atypique de la vie de deux femmes, Chela et Martina, la soixantaine, issues de la petite bourgeoisie paraguayenne qui vivent ensemble et doivent affronter leur situation économique qui se détériore. L’une d’elles, Martina n’a pas honoré ses dettes et aboutit en prison. L’occasion pour l’autre, Chela de sortir doucement de l’enfermement dans lequel elle vivait et dont Martina n’était pas étrangère. La prison où elle se sent mal lors de ses visites achève la première de prendre un chemin qui se présente par hasard, celui de jouer taxi pour les personnes âgées de son entourage. De quoi aussi trouver l’argent pour payer les avocats qui défendent Martina. Dans ces circonstances, elle rencontre la fille d’une de ses clientes, le prétexte qui lui manquait pour sortir de sa léthargie et changer de vie.

Le premier film du réalisateur paraguayen qui s’est servi d’un milieu qu’il connaît bien pour en être issu évolue dans un style et une ambiance particulière. Avec un rythme lent et une esthétique soignée intéressante, Martiwessi nous livre un film intimiste, portrait en finesse d’une société latino-américaine aussi complexe que sa diversité culturelle et géographique.

« Wildlife » * de Paul Dano avec Jake Gyllenhall, Carey Mulligan, Ed Oxenbould, Bill Camp, Zoé Margaret Colletti, Mollie Milligan, etc. Durée: 1h45’.

Adaptation du roman “Une saison ardente” de Richard Ford, le film relate la triste vie, dans les années 60, d’une modeste famille américaine dans le Montana. Pour son premier film en tant que réalisateur, Dano analyse la détérioration d’un couple sous un angle très personnel, celui de leur fils de 14 ans. Il regarde impuissant ses parents s’éloigner l’un de l’autre. Un triangle familial dont il est certainement le plus mûr des trois ! À la fois émouvant et dérangeant voire affligeant, le drame très joliment filmé et cadré, dans de douces tonalités et avec une économie d’acteurs -tous excellents- est un peu simpliste et attendu. Une faiblesse que je mettrais sur le dos du scénario, écrit par Zoe Kazan, la compagne du réalisateur… Le résultat est moyen mais il y a suffisamment d’éléments positifs pour encourager Dano dans cette voie. Beau plan final, émouvant et mélancolique

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“Beautiful Boy” **** de Felix Van Groeningen avec Thimothée Chalamet, Steve Carell, Amy Ryan, Maura Tierney, Katilyn Dever, etc. Durée : 2h01’.

 

Personnellement, j’ai très rarement vu un film aussi dur affectivement et moralement. Dans la lignée de “Sweet Sixteen” de Ken Loach (2002) qui m’avait bouleversée. Réalisé par notre compatriote Felix Van Groeningen, l’histoire se résume en quelques mots: celle d’un père qui essaie de sortir son fils de l’enfer des drogues. Une histoire presque banale aux États-Unis où l’overdose est la première cause de décès chez les jeunes de 18 à 25 ans. D’où l’intérêt de traiter le sujet, commandité par Brad Pitt. (Et en Europe ?) La ‘peinture’ est remarquable tant du point de vue humain que social. Le sujet est traité tout en justesse et retenue. On échappe aux clichés habituels telles des conditions familiales catastrophiques qui justifieraient le pourquoi d’un tel comportement. Un père divorcé, présent et complice avec son fils, une belle-mère et des petits frère et sœur, adorables et patients. Une mère absente mais cela ne suffit pas à justifier la ‘maladie’… Tout le monde est compréhensif autour de lui., toujours prêt à le croire, l’épauler et lui refaire confiance pour la 100e fois, avant que tout bascule à nouveau. Là est sans doute l’un des plus grands intérêts du film. Cette famille pourrait ressembler à la nôtre et ce fils pourrait aussi être le nôtre… Je ne vous en dis pas plus sinon de ne pas rater ce témoignage essentiel (tiré de deux livres autobiographiques) qui vous remuera pour longtemps. Exceptionnel.

 

“Une affaire de famille” **** de Hirokazu Kore-eda avec Mayu Matsuoka, Sakura Andō, Kirin Kiki, Lily Franky, Sōsuke Ikematsu, etc. Durée : 2h01’.

 

La Palme d’or à Cannes cette année ; la 5e japonaise de l’histoire du festival. Un réalisateur qu’on connaît bien pour avoir vu (presque) tous ses films, excellents, (presque) tous remarqués et primés : « Nobody Knows » (2004), « Still Waking » (2008), « Air Doll » (2009), « I Wish » (2011), « Tel père, tel fils » (2013), « Notre petite sœur » (2015), « Après la tempête » (2016), « The Third Murder » (2017). Un sujet de prédilection : la famille traitée sous tous ses angles, dans toutes ses dimensions, avec tous ses problèmes : normale (s’il y en a), atypique, irresponsable, chaleureuse, divisée, sentimentale, complice, vieillissante, etc. Des films qui l’analysent, l’interrogent surtout, au-delà des liens de sang. Couronné par la critique, ce dernier est vu comme son chef-d’œuvre, celui vers lequel toute sa filmographie a tendu, tel un puzzle enfin terminé. Et dieu que le résultat est beau, simple, tendre et attachant. Ce qui n’est pas toujours évident avec les Japonais et leur culture dont on ne comprendra toujours qu’une infime facette… Il y a beaucoup d’amour et de tendresse dans cette Palme d’or et cela fait du bien. Notez que ses films ne sont pas du tout appréciés au Japon. Pas très compliqué de comprendre pourquoi…

 

 

“Roma” **** de Alfonso Cuarón avec Marina de Tavira, Yalitza Aparicio, Latin Lover, Daniela Demesa, Nancy Garcia, Marco Graf, etc. Durée: 2h15’. Diffusé seulement sur Netflix et exceptionnellement au Palace pour quelques séances.

 

Lion d’or à Venise, le grand réalisateur mexicain à qui l’on doit « Gravity » (2013) nous parle ici de son enfance dans les années 70 à Mexico où il a grandi dans le quartier de Roma, non loin de La Condesa, les quartiers chics de la mégapole. Tourné en noir et blanc dans une mise en scène magistrale (l’arrivée de la voiture dans le garage risque de rentrer dans les annales du cinéma avec un grand C), l’originalité -mis à part la qualité formelle exceptionnelle du récit- tient dans l’angle de vue adopté : tout est écrit depuis le point de vue de l’adorable et dévouée petite bonne indienne, une actrice non professionnelle de Oaxaca, au sud du pays. Sur fond de tension politique et sociale sous un régime autoritaire, on suit la vie de cette famille bourgeoise pendant une année (la fanfare est là comme étalon pour nous le signaler) où il se passe des choses essentielles. Inutile de vous en dire plus. Il est important de rappeler que « Roma » est une commande de Netflix dont la stratégie est clairement d’enrichir son offre, avec des films de qualité réalisés par de grands réalisateurs, et de permettre sa distribution dans quelques salles. De quoi prendre vraiment sa place dans ce monde intraitable… Y a-t-il plus vibrant hommage du cinéaste à sa nounou qu’il considérait comme sa mère ? « Des héroïnes , dit-il. Un film qui n’aurait  jamais vu le jour sans le financement de la plateforme vidéo. Qui prendrait le risque aujourd’hui de produire un film en noir et blanc qui parle de souvenirs d’enfance mexicains ? »

« Woman at War »**** de Benedikt Erlingsson avec Halldóra Geirhardsdottir, Jóhann Siguròarson, Jorundur Ragnarsson, Juan Camillo Roman Estrada, Vala Kristin Eirksdottir, etc. Durée: 1h41’

 

Incroyable ! Totalement inédit ! Un sujet passionnant, une actrice incroyable, un suspense haletant, des paysages à couper le souffle, le tout filmé à merveille et baigné d’un bout à l’autre de musique et de beaucoup de poésie. Voilà un film tout à fait inattendu à ne pas rater. Il est suffisamment rare d’avoir à l’affiche un film islandais (en fait, pour être plus précis, il s’agit d’une production islando-franco-ukrainienne) pour ne pas rater l’opportunité. En plus, impossible de ne pas être séduit par cette héroïne hors pair qui a plus d’une corde à son arc… On ne peut pas mieux dire ! N’ayant pas envie de vous dévoiler le sujet, j’ai juste envie de vous inciter à courir le voir car vous ne pouvez être déçu. Il y a toujours le risque qu’étant tellement original, il reste peu de temps à l’affiche. N’empêche que pour son premier jour de sortie, la salle était bondée. Cela promet. Faisons surtout fonctionner le bouche à oreille. S’il n’y a qu’un film à voir en cette période de fêtes, c’est celui-ci. Sans hésiter. A la fois grave et drôle, il est en plein dans l’actualité, à l’heure de la marche pour le climat et aux frilosités de la Belgique à prendre les décisions en la matière. Un triller sous haute tension. Je n’ai pas pu résister à l’expression. Vous comprendrez après l’avoir vu… Bonne séance.

« Capharnaüm »**** de Nadine Labaki avec Zain Al Rafeea, Fadi Yousef, Kawthar Al Haddad, Yordanos Shiferaw, Boluwatife Treasure Bankole, Nadine Labaki, etc. Durée : 2h30’

 

Témoignage exceptionnel sur les enfants des rues de Beyrouth couronné par le Prix du Jury à Cannes cette année, voilà le film incontournable de cet automne. Après « Caramel » en 2007 qui connaîtra un succès considérable dans le monde entier, Nadine Labaki réalisa en 2011 « Et Maintenant, On Va Où ? » montrant un groupe de femmes de confessions diverses déterminées à protéger leurs familles et villages des affres de la guerre.

Succès incroyable aussi de Cannes à Toronto en passant par San Sebastián et Sundance.

Ici, le héros d’une douzaine d’années brûle les planches d’un bout à l’autre du film, depuis le procès qu’il intente à ses parents irresponsables et désemparés dans leur misère sordide, jusqu’aux flash-back de leur vie quotidienne qui n’est que coups, cris et mépris. Filmé comme un documentaire, ce « Capharnaüm » est parfois difficile à accepter tant la réalité y est dure. Un film qui a le mérite de nous faire prendre conscience d’un drame qui est le lot de combien d’enfants de par le monde… Enfin, sachez qu’il a réussi à donner une autre condition à Zain qui, aujourd’hui, suit des cours à l’école !! Et oui, la réalisatrice a déjà réussi à changer quelque chose. Un chef-d’œuvre à mes yeux.

18e Festival du film méditerranéen

Texte Virginie de Borchgrave

 

Plus de soixante films dont huit en compétition pour nous faire naviguer d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

Un jury présidé par Sam Garbarski. Un but avoué : ouvrir notre esprit aux autres cultures, à la fois si proches géographiquement et si lointaines. Un thème en filigrane plus que jamais pertinent, surtout dans la section MeDoc consacrée au documentaire : les réfugiés. Notons que l’agriculteur/militant français Cédric Herrou, anarchiste ou humaniste selon l’angle où l’on se place, célèbre pour avoir aidé près de 250 réfugiés en difficulté dans ses montagnes des Alpes-Maritimes sera présent à Bruxelles le 4 décembre. Il est le héros de « Libre » de Michael Toesca.

En France, mais encore en Italie, en Syrie, en Irak et en Libye où l’on parle de djihad.

Et toujours et encore l’insoluble conflit israélo-palestinien … C’est au Cinemamed que j’ai vu les meilleurs films sur le sujet, des initiatives porteuses d’espoirs, pleines de bon sens et d’humour, malheureusement trop rares sur les écrans et dans les journaux.

Le festival, c’est tout cela mais encore une ambiance unique et chaleureuse avec un marché, des concerts, des spécialités culinaires. Mon festival préféré à Bruxelles avec celui des Libertés au Théâtre National qui vient d’avoir lieu.

Si vous ne le connaissez pas, courrez-y !

 

Du 30 novembre au 7 décembre

Botanique, Aventure, Palace et Bozar

Entrée : de 4 à 10 EUR

www.cinemamed.be

« Cold war »**** de Pawel Pawlikowski avec Joanna Kulig, Thomasz Kot, Agata Kulesza, etc. Durée: 1h24’

Un chef-d’œuvre à commencer déjà par le cadrage ‘carré’ noir et blanc tourné dans la Pologne des années 50, en pleine guerre froide. Formel, épuré, profond, sensible, jamais trop appuyé, le film confirme le talent immense de ce réalisateur dont on avait déjà adoré en 2013 « Ida » aussi en Pologne, dans les années 60. Encore plus brillant et abordable que le précédent. Des films qui ont une âme.

 

« Loro »*** de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak, etc. Durée : 2h30’

Comme une gigantesque fresque en couleurs, remous et débauches, voici un portrait de Berlusconi réalisé par le grand réalisateur italien qui avait fait fureur, il y a 5 ans, avec « La Grande Bellezza ». Une comédie à l’image de la télévision italienne, aussi débile que loufoque où l’éblouissant Toni Servillo endosse le rôle de l’homme politique déchu qui ne cherche qu’à retrouver son trône. Aussi divertissant que grinçant et accablant, même si on a bien lu au générique que « ce film est le fruit de l’imagination des auteurs. »

 

« The First Man »*** de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy, Ciarán Hinds, Lukas Haas, Brian d’Arcy James, etc. Durée : 2h21’

Une prouesse tant cinématographique qu’humaine que l’on devrait montrer dans les écoles. Ryan Gosling, exceptionnel, tout en retenue et intelligence incarne Neil Armstrong. C’est avant tout le portrait de l’homme derrière l’astronaute que le réalisateur a voulu dépeindre. N’empêche que les séances ‘spatiales’ sont incroyable, dans une mise en scène réellement impressionnante. Beaucoup de gros plans nous font vivre les choses de près et réaliser le self control, le sang-froid et le stress de telles aventures que connaissent ces aventuriers d’un genre à part. Encore un très grand réalisateur qui nous livre un film unique.

 

 

« Le Grand Bain »** de Gilles Lellouche avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Virginie Efira, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Leïla Bekhti, etc . Durée : 2h02’

Le film par excellence pour remonter le moral. Comme quoi, avoir des projets, un but dans la vie change tout. Réalisé par l’acteur/réalisateur Gilles Lellouche qui a eu l’idée de rassembler sept hommes au bord du gouffre pour les mettre au fond d’une piscine ! Une comédie plus maligne qu’elle ne laisse présager, portée par les très bons acteurs qu’on connaît. Amusant.

 

« En Liberté »° de Pierre Salvadori avec Adèle Haenel, Pio MarmaI, Damien Bonnard, etc. Durée : 1h48’

Il y avait longtemps que l’on n’avait plus vu de navet… Et bien, vous voilà servis ! Si l’idée (un peu éculée tout de même) est bien trouvée et les acteurs pressentis pour les rôles-clefs habituellement plutôt bons, tout est mauvais, appuyé, mal joué, violent inutilement (la scène initiale répétée en boucle… Comme si 1x ne suffisait pas ! ), tellement peu plausible et même pas drôle, en plus. On vous avouera qu’on n’a pas tenu jusqu’au bout de cette ‘triste’ comédie d’un réalisateur sympathique, adulé par les critiques. Décevant.

LE FESTIVAL DES LIBERTES ****

Voilà à mes yeux le meilleur festival de Bruxelles du point de vue cinématographique, sans même parler de son important volet musical, des nombreux débats et des expos qui ornent ses cimaises !

 

Rendez-vous annuel des défenseurs des Droits de l’Homme, il présente une série de documentaires incroyablement documentés (certains ont pris des années à pouvoir être réalisés) essentiels et indispensables pour tout un chacun concerné par le monde géopolitique qui nous entoure, nous gouverne et nous manipule à notre insu. Ici, pas de langue de bois, ni de fake news

Que des témoignages pris sur le vif, souvent extrêmement bien filmés et montés par des réalisateurs talentueux et courageux aux moyens très limités.

 

Au cœur de l’édition 2018, le pouvoir ou un regard critique sur l’évolution du monde à travers ce mot clef… Un mot qu’on ne peut ignorer et que les divers réalisateurs analysent le plus objectivement possible « sans le diaboliser, l’idéaliser ou le naturaliser. »

 

Une intelligente manière d’aborder le thème de la/les libertés.

 

Voici ma sélection des films et/ou concerts à ne pas manquer :

Jeudi 18/10 

19h Derrière les fronts. Résistance et résilience en Palestine (113’)

22h Stronger as a bullet (75’)

 

Samedi 20/10

18h45’ A Year of Hope (93’)

22h30’ Letter from Masanjia (75’)

 

Dimanche 21/10

14h Naila and the Uprising (76’)

19h45’ Ex-Shaman (80’)

20h30’ Grand Corps Malade – Le tour du Plan B

21h30’ The Oslo Diaries (94’)

 

Lundi 22/10

18h30’ Après l’ombre (93’)

21h30’ Island of the Hungry Ghosts  (94’)

 

Mardi 23/10

18h30’ The Judge (76’) + Girl Fact (17’)

21h15’ The Venerable W.

 

Mercredi 24/10

18h Stanger in Paradis (77’)

20h45’ This is Congo (92’)

 

Jeudi 25/10

18h15’ Recruiting for Jihad (67’)

20h Silas (80’)

21h45’ The Deminer (83’)

 

Vendredi 26/10

18h Femmes du chaos vénézuélien (83’)

21h The Silence of Others  (95’) ou 20h30’ Protoje & The Indiggnation

22h30’ The Congos & Pura Vida

 

Samedi 27/10

16h Et Israël fut (52’) + I signed the Petition (10’)

21h Last Men in Aleppo (104’) ou Femi Kuti & The Positive Force

22h45’ Azmari

 

 

Du 18 au 27 octobre 2018

Théâtre National

111-115, Boulevard Emile Jacqmain

B-1000 Bruxelles

http://www.festivaldeslibertes.be

“Nos batailles”* de Guillaume Senez avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay, Cédric Viera, etc.Durée: 1h38’

 

Si je mets seulement une étoile, ce n’est certainement pas pour la qualité du film, ni le choix judicieux des acteurs, ni le scénario, ni le sujet ou la façon dont le scénario a été traité (tout cela mériterait un 3 étoiles haut la main) mais tout simplement parce que je me demande si ce genre de film français m’apporte encore quelques chose. Quand il s’agit de ma culture, je sens depuis quelque temps que je reste toujours un peu sur ma faim… À la sortie du film, je me surprends à ne demander ce que j’ai appris, si cela valait vraiment mieux que de rester chez moi à lire un bon livre. Bref, mis à part ces considérations personnelles, voilà le deuxième film de Guillaume Senez, un film fort -un drame familial- remarquablement interprété par un Romain Duris au meilleur de sa forme, un petit garçon Elliott, criant de sincérité et vérité, un sujet tout à fait dans l’air du temps tant au niveau professionnel (ubérisation du travail, société performante à 100%, exigences actuelles, etc.) que personnel (le couple, l’amour, les enfants, la répartition des tâches et des responsabilités, la fatigue, l’incapacité psychologique de parler, la fuite comme seule échappatoire, l’incompréhension, etc.) que je vous conseille malgré tout d’aller voir… si vous avez envie d’aller au cinéma !

Virginie vous conseille cet automne :

 

  1. « My generation »*** de David Batty avec Michael Caine qui raconte la génération sixties en musique. Passionnant. Durée : 1h25’
  2. « Ramon shop »*** de Eric Khoo qui réconcilie les cultures par la cuisine sur les traces de sa mère. Aussi touchant que délicieux. Durée: 1h30’
  3. « Gutland »** de Govinda Van Maele. Un triller rural sur l’épopée d’un Allemand au Luxembourg. Un 1er film inattendu. Durée: 1h47’
  4. « A mon âge, je me cache encore pour fumer »*** de Rayana (d’après sa propre pièce de théâtre). Un portrait des années noires de l’Algérie à travers 4 générations de femmes. Grand Prix du dernier Festival méditerranéen de Bxl, le film n’a pu être tourné en Algérie sinon en Grèce et encore moins avec des actrices algériennes… un pedigree lourd de sens. Durée : 1h30’
  5. « Première année »***de Thomas Lilti ou les terribles embûches des études de médecine en France qui clôt sa trilogie sur le monde médical. Durée : 1h32’
  6. « Mademoiselle de Joncquières »*** d’Emmanuel Mouret avec Edouard Baer et  Cécile de France, acclamée par la critique dans ce rôle historique où elle excelle. Plus qu’un film d’époque en costumes. Durée : 1h49’
  7. « BlacKkKlansman »* de Spike Lee avec comme acteurs principaux John David Washington (le fils de Denzel) qui brûle les planches et le talentueux californien Adam Driver. Un sujet très d’actualité aujourd’hui (Trum, un pur produit du Ku Klux Klan ?) avec un bon scénario mais malheureusement beaucoup trop long. Durée : 2h16’
  8. « Benzinho »* de Gustavo Pizzi qui filme une famille brésilienne ‘ordinaire’ où la femme du réalisateur a non seulement co-écrit le scénario mais joue aussi. Un témoignage social. Durée : 1h38’

 

 

« Burning « ****  de Lee Chang-dong d’après l’œuvre de Haruki Murakami avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Kong-seo, etc. Durée : 2h28’

 

Triller en forme de trio sentimental amico-amoureux entre un coursier/écrivain, un jeune rentier/assassin et l’ex-voisine du village du premier, une fille séduisante en manque de repères.

Adaptation d’une nouvelle « Les Granges brûlées » de Haruki Murakami, l’un des plus célèbres écrivains japonais et d’une autre de William Faulkner qui porte le même titre !

Le Coréen et sa scénariste transposent le thème des granges, à des serres en plastique « dont les murs transparents trahissent le vide à l’intérieur (…) Un objet parfaitement cinématographique … » chargé d’un potentiel métaphorique évoqué par le mystérieux rentier qui demande à l’écrivain en herbe de le définir à Haemi. Tout est rythmé, étrange, déstabilisant à commencer déjà par leur rencontre dans la rue où elle danse en courte tenue rose et blanche devant un magasin pour attirer le chaland : « C’est normal que tu ne me reconnaisses pas, je suis jolie maintenant, je suis passée par le bistouri » lui dit-elle. Elle lui raconte ensuite qu’elle est sur le point de partir au Kenya, dans le désert du Kalahari, à la rencontre des Bushmen « ceux qui dansent pour la petite faim quand ils ont faim, mais aussi pour la grande faim quand la tête cherche un sens à la vie. » Elle lui confie une mission pendant son absence : nourrir son chat, un chat invisible qu’on a bien cru que l’on n’allait jamais apercevoir.

Durant toute la projection, Lee Chang-dong éveille nos sens, notre imagination, nous fait faire des suppositions, des hypothèses. Le film se termine d’ailleurs sans que l’on n’en sache pas plus. L’héroïne, s’il y en avait une a disparu, les deux prétendants se voient sans elle, deux mondes se cotoient, celui des fauchés en pick-up déglingué et celui des blindés qui roule en Porsche et dîne dans les musées. Au fil du scénario, le sens nous échappe sauf que l’écrivain y trouvera le sujet de son premier roman et le spectateur, matière à réflexion. La photographie est magnifique. On en ressort en n’ayant pas senti le temps passer, la tête pleine de jolies images gracieuses et poétiques comme e.a. celles d’Haemi qui mime l’épluchage d ‘une mandarine ou danse, à moitié nue, dans la lumière du crépuscule devant ses prétendants.

« Burning » a enflammé Cannes et la critique, on le pressentait pour la Palme d’Or et il est seulement reparti avec le Prix de la Presse. Telerama titrait d’ailleurs à son sujet : « Notre Palme d’Or ».

La mienne aussi.

«Under the silver Lake»**  de David Robert Mitchell avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace, Jimmi Simpson, Zosia Marnet, etc. Durée: 2h20’

 

Qui connaît David Robert Mitchell ? Hum , j’avoue ne pas avoir retenu le nom de ce jeune cinéaste américain indépendant (fait suffisamment rare pour le souligner) alors qu’à son actif, on compte 3 films et 3 nominations à Cannes, sans parler de Deauville. Pour 3 films de genre très différents en plus, c’est fort ! Etudes de cinéma à Miami, boulot de monteur dans la pub qui lui donne juste de quoi épargner un petit budget pour réaliser son premier film et le voilà, en quelques années, devenu un incontournable du cinéma d’auteur américain. Il signe ici un film noir très personnel, genre triller du XXIe s. avec détective en t-shirt, baskets et bonne gueule qui enquête pendant l’été 2011 entre endroits loufoques, piscines bleu Hockney, jeunes filles doux dingue, meurtres inexpliqués, etc. dans L.A., une ville où les contraste sont de règle. Les références sont légion tant au niveau du cinéma (Hitchcock en tête mais David Lynch aussi), de la photographie (David LaChapelle), de la musique, des jeux vidéo, des magazines, etc. Toute une pop culture dont le réalisateur est friand et qui donne à son film une touche très personnelle. En tant que spectateur, j’avoue qu’on s’emmêle souvent les pinceaux et qu’on ne voit pas très bien toujours où DRM veut en venir mais on se prend à le suivre avec intérêt, à se réjouir de ses découvertes, pas à pas comme dans un rébus et surtout, on ne s’ennuie pas une minute alors que le film est plutôt long. Un film trouble, inquiétant et ludique en forme de messages subliminaux qui réussit à piquer notre curiosité et nous surprend à nous demander si le héros n’est pas tant le réalisateur, à la recherche de lui-même… Il faut dire que Andrew Garfield (quel nom), le héros de ce film à part incarne bien l’adulescent d’aujourd’hui qui cherche à donner un sens à sa vie. Original.

** “A casa tutti bene” de Gabriele Muccino avec Stefano Accorsi, Carolina Crescentini, Pierfrancesco Favino, Elena Cucci, etc. Durée : 1h45’

 

Sujet: une réunion de famille organisée par les parents sur une île, à l’occasion de leurs noces d’or. Élément perturbateur imprévu : le changement soudain de climat qui bouleverse les données et transforme l’événement familial éphémère, en un séjour prolongé obligatoire. Tout le monde est venu plein de bonne volonté pour fêter ce moment ensemble et les voilà soudain bloqués sur l’île avec toutes les conséquences qu’on imagine. Il n’en faut pas plus pour que les masques tombent, les vieilles animosités enfouies resurgissent, les mensonges fusent, les secrets éclatent au grand jour, les tensions renaissent. Quoi de plus classique et attendu comme scénario, me direz-vous ! Sans le talent du réalisateur, je vous donnerais raison mais Gabriele Muccino a le ton juste pour aborder le thème (éculé ?) avec justesse, tact, finesse et élégance. Un sujet qu’il connaît peut-être mieux que d’autre personnellement… On en ressort, meurtri et certes un peu ébranlé mais heureux d’avoir bien ri (dans la 1re partie) et surtout, d’avoir retrouvé l’ambiance et le rythme de ces comédies à l’italienne avec lesquelles on a grandi, trop peu présentes sur nos écrans aujourd’hui. Et puis, tout compte fait, une famille que ce soit en Italie, en Belgique ou ailleurs reste toujours une famille… Un film plus que léger et divertissant qui pose quelques questions essentielles dont certainement celle de l’impact du temps sur nos relations affectives.

« Dogman »* de Matteo Garrone avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Adamo Dionisi, Aniello Arena, Massimo Gaudioso, Higo Chiti, Maurizio Braucci, etc. Durée : 1h42’

 

Un film extrêmement prometteur qui se passe dans un quartier particulier à l’urbanisme déjanté d’un endroit perdu au bord de la mer en Italie. L’histoire d’un toiletteur pour chiens et d’une brute épaisse qui le martyrise débouchant entre autres sur un crime (qui s’est réellement passé il y a 30 ans) mis en scène par le réalisateur de « Gomorra » (2008) sur la mafia napolitaine qu’on avait beaucoup aimé.

Sujet, acteurs, cadre, photo, tout est incroyable durant la première moitié du film, à la fois drôle et dur mais qui malheureusement bascule dans la 2e moitié dans un excès de violence.

Une tension anime d’un bout à l’autre le récit qui prend des allures de conte noir. La fin prend tout son sens à la lumière du début. La boucle est bouclée… Malgré le fait que ce soit trop long et dérangeant, on doit saluer la performance de Marcello Fonte qui campe, de main de maître, un rôle difficile. Pas étonnant qu’il ait eu le Prix d’interprétation à Cannes cette année. L’histoire d’un fait divers qui tourne à l’horreur… Pas indispensable.

« America »*** un documentaire de Claus Drexel sur une musique originale d’Ibrahim Maalouf. Durée : 1h22’

 

L’été n’est pas la saison idéale pour aller s’enfermer dans une salle obscure, surtout avec celui que nous connaissons, inondé de lumière. Mais si vous avez envie de sortir des clichés de l’Amérique-profonde-qui-ne-pense-pas, à mille lieues de notre vision et mentalité occidentales, ne ratez pas ce bijou de documentaire !

On est à l’automne 2016 à Seligman, petite ville campagnarde d’Arizona, le long de l’ancienne route 66 au sud du Grand Canyon. Le réalisateur décide d’aller y interviewer ses habitants et de capter l’ambiance avant élections présidentielles : tout le monde y passe de la serveuse de bar au pompiste en passant par le cowboy ou la tenancière du motel dont le fils de 7 ans et demi tire déjà parfaitement avec les armes de sa mère ! Ils sont aussi nationalistes que réalistes -certains plus nuancés que d’autres-, mais tous partagent sans exception cette fierté d’appartenir à The United States of America où ils ont essayé tant bien que mal de se tailler une place. Oui, The American Dream est toujours d’actualité pour tous ceux que la vie n’a pas gâté… Surtout quand on entend le candidat Trump répéter inlassablement à la radio qu’il va rendre sa grandeur à l’Amérique… De courtes séquences d’interviews alternent avec de sublimes photos de paysages, le tout rythmé par une musique composée par le célèbre trompetiste libanais Ibrahim Maalouf. Ils parlent librement des armes, de l’argent, des migrants, etc. Pas de jugement dans l’œil du cinéaste, juste une fenêtre ouverte sur un monde lointain et inconnu. Une peinture vivante d’une réalité difficile à appréhender à des milliers de kms de chez nous… La qualité de la photographie, le montage et la musique achèvent de faire de « America », un témoignage édifiant.

Virginie vous conseille cet été :

  •  « 69 of 86 days »***, un documentaire exceptionnel du Norvégien Egil Håskjold Larsen sur l’épopée d’une famille de réfugiés de la Grèce à la Suède. Durée : 1h10’
  • « Hotel Salvation »**, un premier long-métrage empreint de philosophie hindouiste du réalisateur indien Shubhashish Bhutiani, servi par d’excellents acteurs. Durée : 1h42’
  • « Boli Bana »*** du réalisateur Simon Coulibaly Gillard qui trace la vie d’enfants peul nomade mis en scène dans un style ethnographique passionnant. Durée : 1h
  • « Désobéissance »* sur une communauté juive, un film adapté d’un roman de Naomi Alderman par le réalisateur chilien Sebastian Lelio. Durée : 1h54’
  • « Escobar »* de Fernando Léon de Aranoa sur le chef du cartel de Medellin dans les années 80 dont la Colombie paie encore aujourd’hui le lourd tribut socio-politique… Un prétexte pour réunir un couple hispano-hollywoodien désormais mythique à l’écran à savoir Penelope Cruz & Javier Bardem, au détriment de la véracité des faits… Durée : 2h07’

« What Will People Say »*** de Iram Haq avec Maria Mozhdah, Adil Hussain, Ekavali Khanna, Rohit Saraf, Ali Arfan, Shheba Chaddha, etc. Durée : 1h46’

Un film coup de poing, deuxième film (« I Am Yours » en 2013) de la réalisatrice norvégienne d’origine pakistanaise qui raconte son histoire. Sur un ton respectueux où elle ne cherche pas à accabler sa famille alors que le constat est lourd, très lourd même, Iram Haq aborde le problème du poids des traditions et de l’honneur familial, valeur essentielle de la culture pakistanaise. De quoi se poser pas mal de questions sur l’immigration et ses conséquences… On assiste impuissants à une véritable tragédie familiale et on se sent réellement oppressés par cet aveuglement des parents et de toute la communauté avec laquelle ils vivent comme dans une bulle, si peu perméable et ouverte à leur pays d’accueil. Un témoignage poignant en forme d’ode à la liberté où l’amour prend le pas sur le qu’en dira-t-on. Ce qui m’a le plus frappée est qu’à aucun moment du récit, les parents prennent la peine et le temps d’écouter leur fille ! Ils sont aveuglés par leurs préjugés. Le comportement de la mère et du frère est encore plus blâmable et incompréhensible. Ce sont eux qui la poussent à se rebeller et l’entrainent dans une dynamique négative, alors qu’elle avait tout pour assimiler les deux cultures sans rejeter sa famille. Voilà la preuve évidente que la rigidité et les principes ne peuvent que faire des ravages chez une jeunesse libre et responsable. On avait vu « Noces »du réalisateur belge Stephan Streker sur le même sujet qui était très bien sauf que celui-ci est encore plus dur, plus fort et plus douloureux, même si l’issue est heureusement positive et chargée d’espoir.

« La Terre vue du cœur »**** un documentaire de Iolande Cadrin-Rossignol avec Hubert Reeves, Frédéric Lenoir, etc. Durée: 1h31

 
Le grand astrophysicien franco-canadien Hubert Reeves observe le cosmos et la nature du haut de ses 85 ans bien sonnés avec une douceur, un sourire qui ont toujours été les siens et qui le rendent extrêmement agréable à écouter. 
Ce merveilleux vulgarisateur de la pensée écolo nous livre ici, depuis son impressionnante ferme bourguignonne, ses dernières constatations en la matière. Un récit étayé de témoignages édifiants de divers scientifiques qui, sans adopter le ton alarmiste de circonstance nous communiquent leurs observations récentes plus qu’affolantes… 
Sur un banc face à son étang où il s’assied depuis 40 ans, Reeves nous explique ce qu’il constate de ses propres yeux. Un changement notoire! Où sont passées les dizaines d’hirondelles qui rasaient l’eau en poussant des cris aigus, et les insectes?  C’est le désert à l’échelle de son petit étang… 
Il analyse la situation en parlant de la « sixième extinction » (la 5e était celle des dinosaures) qui est en cours et responsable de la disparition de près de 60% des espèces sauvages depuis les années 70! Et de parler de l’interdépendance des êtres vivants sur terre, des arbres, des animaux, tous au même niveau que nous, etc. 
Une botaniste amérindienne, un photographe animalier, le philosophe Frédéric Lenoir -qui discute avec les ânes aussi intelligents que têtus-, etc. analysent chacun dans leur domaine les raisons qui ont amené l’être humain à se croire tout puissant au point de vouloir dominer la nature. Merci Descartes! 
On ‘ navigue’ même en bateau au-dessus de la canopée (étage supérieur de la forêt directement influencé par le rayonnement solaire) avec Francis Hallé, le célèbre botaniste et dendrologue français et on plonge dans les abysses de l’océan, peuplées d’êtres vivants fluorescents extraordinaires avec une brillante océanographe canadienne.  
 
On se doit de tirer son chapeau à la réalisatrice qui a réussi, grâce à cette qualité d’intervenants et un montage rythmé, à faire de ce documentaire un film passionnant et incontournable qui devrait être OBLIGATOIRE. 
A commencer par les écoles. 

Qui a dit « On ne voit bien qu’avec le cœur »? 

« Everybody Knows » (Todos lo Saben)*** de Asghar Farhahi avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darín, Bárbara Lennie, Inma Cuesta, etc. Durée : 2h10’. 

Un scénariste et réalisateur iranien (Khomeynishahr, 1972) que l’on connaît bien – « Une Séparation » 2011, « Le Passé » 2013, « Le Client » 2016 tous récompensés de nombreux prix des plus prestigieux festivals en Europe et aux USA – qui a ouvert le Festival de Cannes le 8 mai dernier. Un film au rythme inattendu qui commence dans une allégresse réjouissante et communicative (un mariage) pour terminer en un triller haletant (un enlèvement) au dénouement à la fois positif, triste et touchant.
Si dans la première partie, on est impressionné par la façon dont un réalisateur étranger issu d’une tout autre culture arrive à saisir d’aussi près l’âme et ambiance espagnoles, dans la 2e partie, on reconnaît plus l’approche complexe, la façon de traiter les sujets psychologiques et drames familiaux si caractéristique du cinéma iranien.
Penélope est égale à elle-même au début, mais elle excelle ensuite lorsque le drame arrive et où elle reprend heureusement le dessus sur son côté légèrement hollywoodien. Ricardo Darín, la star incontournable du cinéma argentin est ici dans l’un de ses meilleurs rôles. Quant à Javier Bardem (mon acteur préféré entre tous, je l’avoue)joue tout en finesse et subtilité du début à la fin.
La musique est magnifique et ne ratez pas le générique car la chanson « Una de esas noches sin fin » de Xavier Limon interprétée par Inma Cuesta pendant près de 5 longues minutes est poignante.

Vous aurez compris que j’ai beaucoup aimé ce film qui ravive des tensions et des blessures du passé et vous conseille d’y aller sans tarder. De culture latine et revenant d’Iran, j’ai apprécié par dessus tout ce ‘métissage’ culturel inédit.

« La Prière »**** de Cédric Kahn avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl, Louise Grinberg, Hanna Schygulla, etc. Durée: 1h47

 
Thomas est jeune, il a 22 ans. Pour essayer d’échapper à sa dépendance à l’héroïne, il part à la montagne rejoindre une communauté chrétienne isolée, tenue par d’anciens drogués dont la prière est le ciment. A travers l’amitié, le travail, la solidarité, la discipline, il va découvrir les valeurs essentielles qui lui manquaient. Un chemin ardu pavé autant de bonnes intentions que d’obstacles qui paraissent infranchissables. On est souvent très émus e.a. lors de la fête estivale où chacun prend la parole pour expliquer son parcours. C’est à la fois terrible et touchant. L’émotion nous submerge. « La Prière » m’a rappelé deux choses: le court-métrage de Vanja d’Alcantara « La Tercera vida » sur les semaines qui précédaient la libération d’une droguée de la prison des femmes à Avila et le livre d’Eric-Emmanuel Schmidt « La nuit du feu » où avec des mots magnifiques, il décrit l’incident à la montagne qui lui avait donné la foi.
Un film bouleversant. A voir de toute urgence dans l’unique salle qui le programme encore à Bxl : au Cinéma des Galeries à 13h.

« Place publique »** de Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui avec Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Léa Drucker, Kevin Azaïs, Nina Meurisse, Héléna Noguerra, etc. Durée: 1h38

 

Comédie dramatique à la sauce de ce duo incroyable du cinéma français dont on ne se lasse pas depuis 25 ans et qui continue à faire des films ensemble (ils co-écrivent le scénario et elle filme) bien qu’ils ne soient plus un couple dans la vie (comme dans le film aussi d’ailleurs!). Si tout démarre bien, cela tarde à décoller vu le manque de choses à se mettre sous la dent et quelques répétitions inutiles, mais le film s’envole littéralement dans la 3e partie. Inutile de décrire les personnages : Bacri, égal à lui-même et toujours aussi cynique et savoureux (entre nous, la moumoute lui va bien, TB même), Jaoui aussi peu sûre d’elle que bourrée de charme. Penchons-nous plutôt sur les vrais ‘héros’ du film à savoir le chauffeur et la fille écrivain qui donnent toute leur dimension à l’histoire. On y parle de la célébrité, des réseaux sociaux, du fait de vieillir, de la vie quoi! avec humour et tendresse et même en chansons. Difficile de ne pas y flairer quelques fragrances et notes d’ « Un mariage »  de Robert Altman que j’avais adoré dans ma jeunesse. Allez le voir. Vous y passerez un bon moment. 

 
« Foxtrot »**** de Samuel Maoz avec Michel Merkt, Cédomir Kolar, Marc Baschet, Viola Fügen, Titan Mansuri, Michael Weber, etc. Durée: 1h53
 

Voilà un film incomparable. Hors norme. Totalement inédit tant dans la forme que dans le fond. A la fois terriblement dur et terriblement humain. Filmé au cordeau avec des plans qui coupent le souffle. Des personnages tellement vrais aussi chargés de leur passé, de leurs souvenirs, de leurs blessures à jamais refermées que de leur envie de vivre. Malgré tout. Malgré tout ce qui leur est arrivé. Malgré tout ce qui leur arrive. Des personnages qui assument leur histoire et nous la transmettent en quelques mots, quelques notes de musique, quelques dessins chargés de sens. L’Histoire avec un grand H d’un peuple blessé, d’une société traumatisée au plus profond d’elle-même et qui, après trois générations à porter cet énorme fardeau sur leur dos, dans leur cœur, dans leur âme cherche à se relever. Un film bouleversant sur un thème socio-politique trop rarement abordé…

 
« Razzia » de Nabil Ayouch avec Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Younes Bouab, Saadia Ladib, Abdelilah Rachid, etc. Durée: 1h59
 
J’avais entendu une interview du réalisateur, j’avais lu d’excellentes critiques. J’attendais donc avec impatience la sortie de ce film, réalisé par un homme baigné dans cette culture franco-maghrébine depuis toujours (père musulman marocain et mère juive d’origine tunisienne). J’avais vu aussi son précédent film « Much Loved » sorti en 2015. Bref, j’étais gonflée à bloc et comme il arrive souvent dans ces cas-là, j’ai été déçue… A vouloir aborder tous -sinon la plupart- des problèmes de la société marocaine dont on ne connaît pas grand-chose, sinon rien, en tant qu’étranger, Nabil Ayouch plombe son film. Trop lourd, trop long, personnages trop joués, rôles appuyés, répétition de mêmes plans. Rien n’est suggéré, tout est effleuré dans un savant montage peu créatif où l’on suit divers personnages à la fois, sans rentrer au fond des choses. Ayouch se contente de filmer différentes classes de la société, sans analyse, sans réflexion. Que des clichés. Comme c’est pauvre. On ressort de là en n’ayant rien appris et dieu sait si c’est dommage car cette société, à la fois si proche et lointaine a des choses à nous exposer. Seul bémol à ma critique : la lumière est belle et les personnages joliment filmés. Il faut dire que le cinéma maghrébin et ses multi-productions (belgo-franco-algérienne, marocaine ou tunisienne) souffre souvent de faiblesses tant au niveau du jeu des acteurs que des sujets abordés. Pourquoi?

« Mobile homes »****  de Vladimir de Fontenay avec Imogen Poots, Callum Turner, Callum Keith Rennie, Frank Oulton. Durée: 1h46

 
Voilà un film vraiment impressionnant! Et quand on sait que c’est le premier long-métrage du jeune réalisateur, là on reste pantois. Tout est incroyable, de la première minute où il commence à la dernière. Je suis rarement aussi enthousiaste mais le sujet, le rythme et la manière dont il est abordé, la direction des acteurs (tous excellents), la façon de filmer, les couleurs, le montage et surtout l’humanité qui en ressort font de ce film un vrai bijou. La première scène m’a rappelé le ton des Dardenne dans « Rosetta » bien qu’il ne s’agisse pas ici de caméra à l’épaule. On a rencontré Vladimir de Fontenay et quand on a appris qu’il sortait d’une école de cinéma américaine, on comprend mieux pourquoi son film est tellement différent du cinéma d’auteurs que l’on a l’habitude de voir. Il dénote. Il marque. En général, je vois plusieurs films par semaine mais quand j’en vois un comme cela, je m’arrête pendant quelques jours… Le temps de souffler, de laisser repasser les images dans ma tête, de décanter, le temps de me remettre de mes émotions. Car des émotions, il y en a dans « Mobile Homes » et de belles à commencer par la relation mère-fils, la solidarité, etc. Merci aux producteurs, Frédéric de Goldschmidt & C° d’avoir vu le potentiel de ce jeune cinéaste dans un court-métrage qui est à l’origine de tout. Et Bravo.

« The Third Murder »** de Hirokazu Kore-eda avec Masaharu Fukuyama, Kôji Yakusho, Suzu Hirose, Mikako Ichikawa, etc. Durée: 2h04

 
Un film noir au cours duquel l’avocat cherche à comprendre son client qui n’en est pas à son premier meurtre. Tout paraît simple après la scène inaugurale mais comme le meurtrier n’arrête pas de brouiller les pistes, on se sent de plus en plus perdu au fil du film… Une leçon judiciaire qui montre la complexité du métier doublé du prétexte d’aborder un thème essentiel dans l’archipel nippon : la peine de mort qui y a toujours cours. Un cinéaste qu’on connaît bien – « Nobody Knows », « Tel père, tel fils » , « Après la tempête », etc.- qui aime jouer entre fiction et documentaire. Avec sa façon caractéristique de filmer, Kore-eda nous livre ici un film abouti interprété par deux acteurs exceptionnels: l’avocat, un chanteur très connu au Japon avec qui il avait déjà tourné et le client, une référence dans le cinéma nippon. Certaines scènes et expressions m’ont fait rapprocher son univers de celui du théâtre. Intéressant. 

« The Rider »***  de Chloé Zhao avec Brady Jandreau, Tim Jandreau, Lilly Jandreau, Lane Scott, etc. Durée: 1h44

Un casting familial où chacun joue son propre rôle, à commencer par le héros. Rien que cela déjà vaut le déplacement, non? L’action se passe dans le monde du rodéo du Dakota du Sud, au fin fond de l’Amérique. Décliné en mode docu-fiction (un genre que j’affectionne particulièrement), on suit pas à pas tant physiquement que moralement, le chemin de la guérison de ce jeune cowboy qui a eu la crâne explosé par le sabot d’un cheval en plein rodéo. Il regarde régulièrement les images de l’accident sur son téléphone… Avec une plaque en fer dans le cerveau, il est miraculé et s’en est surtout mieux sorti que son copain paraplégique à qui il rend régulièrement visite. La problématique est de savoir si oui ou non, il va remonter un jour en selle, si oui ou non, il doit définitivement tirer un trait sur sa vie, sa passion… Un univers exclusivement masculin traité par une femme, chinoise, qui a étudié à New York! Chloé Zhao nous livre une peinture on ne peut plus juste et réaliste de cette Amérique profonde où de magnifiques plans des paysages sauvages du MidWest achèvent de nous convaincre que son deuxième long-métrage, remarqué à la dernière Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, est un vrai bijou. 

« Lady Bird »*** de Greta Gerwig avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timotée Chalamet, etc. Durée: 1h33
 

Premier film d’une actrice américaine dont c’est un peu sa vie qu’elle raconte. Un rejet de l’autorité (la première scène est brutale), une quête d’identité et de liberté admirablement traitées à l’écran avec des acteurs incroyables. La jeune actrice brûle les planches dans ce rôle qui lui va comme un gant, à la fois si vrai et si humain. C’est rythmé, drôle, émouvant et profond. On ne tombe jamais dans la caricature. Tout est assez fin et subtil, esquissé plutôt qu’appuyé. Au-delà de la relation fille mère, il faut parler de deux autres personnages qui jouent non seulement très bien leur rôle mais représentent à mes yeux des personnalités particulièrement riches et hors du commun, à savoir la sœur directrice (quelle pédagogue, ma parole) et le père. Tout ce qu’on attend d’un père. Un grand film d’une grande sensibilité. A voir. 

 
« A Ciambra »*** de Jonas Carpignano avec Pio Amato et toute sa famille! Durée: 1h58′
 
Pio est un gitan de 14 ans qui a toutes les conditions familiales pour devenir un caïd. Il vit en Calabre près d’une décharge entouré de sa famille. Le jour où son père et son grand frère sont arrêtés par la police, il se sent investi du rôle de les remplacer et de subvenir aux besoins des siens. Mais il est encore jeune sous ses airs d’homme qui n’a peur de rien (sauf du train!). Dans le genre docu-fiction né il y a déjà quelques années maintenant, le réalisateur filme au plus près le quotidien de cette communauté à la vie précaire dont certaines valeurs ne sont pas absentes et où chaque membre de la famille joue son propre rôle! Un film à étudier dans un cours de cinéma tant il aborde de façon magistrale des thèmes essentiels tels la sédentarisation des gitans, la place qu’on leur a laissée dans la société, les rites d’initiation, le respect des vieux, la trahison, la prison mais encore l’amour, l’amitié, l’immigration, etc. On comprend mieux le talent du réalisateur -dont c’est seulement le 2 long-métrage- quand on lit au générique qu’il a été produit par Martin Scorsese… Un film authentique aussi remarquable qu’émouvant.Un témoignage unique et percutant qui ne manque pas d’humanité.

Du 20 au 30 mars : 10e édition du Festival Millenium : une centaine de documentaires ancrés dans l’actualité comme par exemple, pour n’en citer qu’un, « Complicit » de Heather White et Lynn Zhang qui traite de la fabrication des smartphones Apple et Samsung en Chine… 

Aux cinémas Galeries, Aventure, Actor’s Studio, Palace & Bozar. 

Renseignements et programme sur www.festivalmillenium.org
Voilà ce que Virginie vous conseille cet hiver dans l’actualité cinématographique, très prolifique et de haut niveau   :
  1. «  The Florida Project »***  de Sean Baker sur les laissés-pour-compte du rêve américain. Durée: 1h51′
  2. «  The Darkest Hour »*** de Joe Wright sur Winston Churchill à un moment-clé de l’Histoire avec Gary Oldman, époustouflant. Durée: 2h06′
  3. «  El presidente »*** de Santiago Mitre, un triller politique peint sous l’angle intimiste avec Ricardo Darin, la star argentine du continent latino-américain. Durée: 1h54′
  4. «  Downsizing »* de Alexandre Payne & Jim Taylor, une comédie originale sur l’avenir de l’homme. Durée: 2h15′
  5. «  In the Fade »* de Fatih Akin, le célèbre réalisateur allemand d’origine turque (« Gegen die Wand », Ours d’or au Festival de Berlin en 2004) qui donne à Diane Kruger le rôle de sa vie (Prix d’interprétation à Cannes). Durée: 1h46′
  6. «  Daphne »**, premier film du réalisateur écossais Peter Mackie qui fait le portrait d’une jeune femme, interprété par Emily Beecham qui crève la toile. Durée: 1h28′
  7. «  Three Billboards Outside Ebbing » de Martin McDonagh dont on avait adoré « Bons Baisers de Bruges ». Il signe ici une comédie dure sur une petite ville perdue du sud des Etats-Unis au scénario pauvre avec des personnages tellement caricaturaux et attendus (le méchant qui devient bon, le mari qui plaque sa femme pour une dinde de 19 ans et j’en passe) en plus d’être beaucoup trop longue. Durée: 1h55′
  8. «  On Body and Soul »*, une histoire d’amour particulière de la hongroise Ildikó Enyedi qui a reçu le prestigieux Ours d’or à Berlin cette année. Durée: 1h56′
  9. «  L’échange des princesses »* de Marc Dugain d’après un livre de Chantal Thomas sur un épisode du règne de Louis XV où, pour installer la paix, on scelle des alliances avec des enfants… Une pléiade d’acteurs comme Lambert Wilson Olivier Gourmet, etc. qui évoluent dans de jolis décors. Durée: 1h40′
  10. «  La Belle et la meute »* de la tunisienne Kaouther Ben Hania qui ose dénoncer comment fonctionne son pays. Le film a gagné le Prix du Cinemamed à Bxl. Durée: 1h40′
  11. «  Human Flow »****, un documentaire essentiel et incontournable sur les migrants et la terrible crise humanitaire dont ils sont les victimes. Réalisé en 1 an par l’artiste chinois Ai Weiwei parti à leur rencontre dans plus d’une vingtaine de pays. Durée: 2h20′
  12. «  Normandie Nue »**, une comédie dramatique et inattendue de Philippe Le Guay dans un petit village normand avec François Cluzet dans le rôle du maire et Tobby Jones. Un excellent réalisateur dont on avait déjà beaucoup aimé les deux précédents films, à savoir « Les Femmes du 6e étage » (2011) et « Alceste à bicyclette » (2013) où Fabrice Luchini était au meilleur de sa forme. Durée: 1h47′  
  13.  « Ni juge, ni soumise »*** un documentaire unique de Jean Libon & Yves Hinant, premier long métrage de l’émission culte de la télévision belge, Strip Tease qui filme le quotidien de la Juge d’instruction Anne Gruwez, à la personnalité hors du commun. 3 ans ont été nécessaires pour réaliser le film où l’humour est omniprésent. Excellent. Durée: 1h40’.
  14.   « Sugarland »****, un documentaire ludique et passionnant d’un australien Damon Gameau qu’on a dû attendre 3 ans pour avoir sur nos écrans! Thème: le sucre, apparu récemment dans l’histoire de l’être humain et dont les conséquences sur la santé sont graves. Abordé sous un angle visuellement très divertissant, voilà un film qui devrait être montré dans toutes les écoles. A ne pas rater. Durée: 1h42

« Tout l’argent du monde »** de Ridley Scott avec Michelle Williams, Christopher Plummer, Mark Wahlberg, Romain Duris, etc. Durée : 2h15

 On ne présente plus le célèbre réalisateur sauf qu’il est tout de même important de souligner le prouesse technique d’avoir réussi à remplacer Kevin Spacey, l’acteur principal accusé d’harcèlement sexuel à quelques semaines seulement de la sortie du film, en décidant de re-tourner toutes les scènes où il apparaissait. Un changement invisible aux yeux du spectateur qui a coûté la bagatelle de 10 millions de dollars. Et Christophe Plummer, pressenti au début du casting pour incarner le rôle de Paul Getty s’avère, paraît-il, bien meilleur que celui sur lequel le choix s’était finalement porté! Le film raconte le rapt à Rome en 1973 du petit-fils de Paul Getty, pas seulement l’homme le plus riche du monde sinon « l’homme le plus riche depuis que l’homme existe » mis en scène de manière magistrale et rythmé comme un triller. Impressionnant tout comme la prestation inattendue de Romain Duris alias Cinquanta en méchant bon. 

 
 
« La fiancée du désert »** de Cecilia Atán & Valeria Privato avec Paulina García, Claudio Rissi, etc. Durée: 1h25
 

Un premier film réalisé par deux jeunes réalisatrices comme si elles avaient écrit un poème visuel, tout en finesse et délicatesse qui parle d’un vie, de deux vies, de la vie. Rencontre non seulement d’une mouette avec le pare-brise du microbus à l’origine de la petite histoire ordinaire, mais surtout de deux âmes esseulées et des paysages encore plus désolés de la pampa argentine où le seul maître est le vent. Deux acteurs magnifiques pleins d’humanité et de justesse dans leur interprétation – la grand actrice chilienne Paulina Garcia et le charmant argentin Claudio Rissi- portent évidemment le film sur leurs épaules et l’illuminent d’un bout à l’autre. « La novia del desierto » fait désormais partie de ces films argentins qui sortent du lot. Une (modeste) pépite.

« La Promesse de l’aube »**** de Eric Barbier avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Jean-Pierre Daroussin, Pawel Puchalski, etc. Durée: 2h11

 

Adaptation au cinéma du fameux livre de Romain Gary, le brillant écrivain qui fut capable de déjouer les têtes pensantes du Prix Goncourt en le gagnant 2x, la 2e x sous l’un des nombreux pseudonymes dont il usait, celui de Emile Ajar! Une histoire qui restera sans précédent dans la saga mouvementée de la littérature et de ses fameux prix. A part cela, Eric Barbier signe une adaptation éblouissante de la vie romancée de Romain Gary (Il y en avait déjà eu une autre il y a… 45 ans!), incroyablement interprétée par Charlotte Gainsbourg dans le rôle de la mère et Pierre Niney – le jeune surdoué de la Comédie française – dans celui de l’écrivain. Une histoire d’amour au-delà de tout ce qu’une mère peut imaginer pour son fils; un amour aussi inconditionnel qu’exigeant. Un film incontournable, à ne pas rater car le réalisateur a réussi le prodige de préserver le style particulier et la langue de Gary, abordable, bienveillante et populaire. Mais encore le plaisir de voir un grand film d’aventures à la française avec des acteurs qui se sont donnés à fond en apprenant même le polonais pour les besoins du scénario. « Un tournage » confiait Charlotte Gainsbourg à notre collègue de La Libre Belgique lors de la présentation du film à Bruxelles « très sentimental et éprouvant » qui lui a aussi donné l’occasion de revenir sur les racines russes de son père et de cette passion pour la France que nourrissaient ses grands-parents paternels.  

 

« The Square »*** de Ruben Östlund avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West, Terry Notary, Annica Liljeblad, etc. Durée: 2h22

Grinçant, provocant, dérangeant, critique, etc. le film qui a obtenu La Palme d’Or à Cannes cette année ne laisse pas indifférent! En posant un regard sans concession sur le monde -pas seulement celui de l’art contemporain d’ailleurs-, Ruben Östlund qu’on avait déjà remarqué avec « Snow Therapy », son premier long-métrage sorti en 2014 s’affirme ici comme un réalisateur avec lequel il faudra désormais compter. Il était temps pour le cinéma suédois de sortir de l’ombre de Bergman… Une comédie implacable avec un scénario où des éléments perturbateurs entrent régulièrement en lice et déstabilisent le spectateur. J’ai adoré les réunions avec le grand-père qui s’occupe de son petit-fils sans que cela ne dérange personne. A ce niveau-là, on a encore beaucoup à apprendre ici… Aussi féroce qu’interpellant, nous voilà face à une œuvre brillante qui dépeint un pays qu’on ne connaissait pas sous cet angle.

« The Party »*** de Sally Potter avec Kristin Scott-Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Emily Mortimer, Cilian Murphy. Durée: 1h11
 

Une comédie cynique sur un groupe d’amis londoniens où se profile en filigrane la politique britannique. Encore plus piquant quand on sait que le Brexit a eut lieu en plein tournage, un tournage qui n’a pourtant duré que deux semaines! Réunissant une brochette d’acteurs exceptionnels et tourné en noir et blanc et au cordeau, voilà un film original, rien que déjà par sa durée exceptionnellement courte, sans aucun temps mort où les répliques fusent du début à la fin introduisant le rire mais aussi un certain malaise chez le spectateur. On avait vu il y a 20 ans « La Leçon de tango » de la même réalisatrice, un bijou de film qu’on avait adoré. Dans un tout autre genre, on ne risque pas d’oublier celui-ci de sitôt!

 
« Il colore nascono delle cose »** de Silvio Soldini avec Valeria Golino, Adriano Giannini, Arianna Scommegna, etc. Durée: 1h55
 

Un film particulier sur un séducteur publicitaire quadragénaire qui tombe amoureux de la voix d’une femme dans l’un de ces restaurants à la mode depuis quelques années où l’on mange dans le noir. Il se fait que Emma, la femme en question est aveugle. Joli film réalisé par le réalisateur de « Pane e tulipani » sorti en 200que nous avions remarqué et apprécié. Silvio Soldini signe ici, sous les apparences d’une comédie romantique, un film profond et sensible sur cet handicap dont on parle peu surtout au cinéma, merveilleusement interprété par la grande actrice italienne Valeria Golino dont on se rappelle encore avec émotion le rôle dans « Respiro » de Emanuele Crialese tourné sur l’île de Lampedusa en 2002. Portrait touchant, plein de détermination et d’humour aussi. Un film sans prétention et attachant.

 

 
« Un homme intègre »**** de Mohammad Rasoulof avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi, etc. Durée: 1h58
 

Sans hésiter, le meilleur des quatre films dont je vous parle aujourd’hui! Un courageux portrait de la société iranienne dont on se demande comment le réalisateur est arrivé à le tourner. On comprend mieux quand on sait que le scénario présenté à la censure (par laquelle tout film doit passer là-bas), était un peu différent. Le film qui raconte la vie de Reza, éleveur de poissons rouges, sa femme directrice d’école et leur fils installé dans une (magnifique) ferme piscicole au nord du pays, une propriété qu’il a payée à crédit et dont il est en retard de payement. Et c’est là que tout commence, là où un homme intègre ne résiste pas longtemps dans un pays corrompu comme celui-ci, où les chefs religieux ont tout à dire et gèrent le pays avec leur mafia. Le film inspiré d’un fait réel a été présenté à Cannes cette année où il a obtenu le prix « Un certain regard ». Mohammad Rasoulof, le réalisateur vit depuis des années sous le couperet d’une condamnation à 1 an de prison, tout comme son ami Jafar Panahi l’auteur du « Ballon Blanc » pour ‘activités contre la sécurité sociale’, n’a plus de passeport et toute l’équipe du film est sans travail… Un film incroyable qui analyse la société iranienne de l’intérieur comme seul un iranien qui y a vécu peut nous la dépeindre, au-delà de tout ce que l’observateur occidental pense avoir compris… Un film qui pose beaucoup de questions. Saluons le réalisateur qui, en plus d’avoir osé aborder un tel sujet, l’a filmé magistralement -il n’y a pas un plan, une séquence inintéressante- avec un rythme digne d’un triller. On ne s’ennuie pas une seconde. L’un des meilleurs films sinon le meilleur film iranien que j’ai vus depuis longtemps! A ne rater sous aucun prétexte. 

PELICULATINA****

Par Virginie de Borchgrave

Déjà la 6e édition de ce festival sous cette appellation mais qui existe depuis plus de 25 ans et fait dans la capitale de l’Europe, en automne, la pluie et le beau temps en matière de cinéma hispanique et lusophone, vieux et nouveau continent confondus ! Une actualité culturelle particulièrement chargée pour le moment e.a. avec le festival Europalia Indonesia, ne nous a malheureusement pas donné le temps de vous en parler à l’avance. Mais peu importe… Il n’est pas trop tard ! Avec une programmation exceptionnelle sélectionnée à partir de 200 films, vous pouvez voyager dans la culture ibérique à moindre frais, avec un plaisir et une qualité garantis.

Je vous conseille

Vendredi 24/11 à 21h25’ au Vendôme salle 4 : « La Soledad » du Vénézuélien Jorge Thielen Armand (durée : 90’)

Samedi 25/11à 16h au Vendôme salle 4 : « Sin muertos no hay carnaval » de l’Equatorien Sebastián Cordero (durée : 100’)

Dimanche 26/11 à 16h au Vendôme salle 5 « La luz en el cerro » du Péruvien Ricardo Velarde (durée : 85’)

à 20h à Flagey studio 4 (Gala de clôture) « « El Presidente » de l’Argentin Santiago Mitre (durée : 114’)

 

Jusqu’au 26 novembre 2017

www.peliculatina.be

« Petit Paysan »*** de Hubert Charuel avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier, etc. Durée: 1h30

Premier long métrage d’un jeune réalisateur né en 1985, diplômé de la Fémis à Paris en 2011, l’une des plus prestigieuses écoles de cinéma européennes. Il peint un milieu qu’il connaît bien pour y avoir grandi: le film a été tourné dans la ferme de ses parents à Droyes, entre Reims et Nancy  (on ne parle bien que de ce que l’on connaît…). En décrivant le monde rural -impossible de ne pas penser à « Paysans », le film de Raymond Depardon-, il se déculpabilise du fait de ne pas avoir repris la ferme familiale et d’avoir ‘ condamné’ les vaches. Sur le ton d’un triller, il nous emmène dans cette tragédie magistralement mise en scène qui apporte un autre regard sur les animaux et les consommateurs de viande que nous sommes, de moins en moins heureusement… Portrait stressant d’un jeune éleveur qui sent le vécu entre fiction et réalité. Tout ce qu’on attend du cinéma. Brillant. 

 
 
« Kingsman : Le Cercle d’or » de Matthew Vaughn avec Colin Firth, Julianne Moore, Taron Egerton, Chaning Talum, Halle Berry, etc. Durée: 2h21’ 

Une mauvaise suite au premier et excellent « Kingsman: Services secrets » avec un scénario tiré par les cheveux, que des effets spéciaux, des références qui, si elles étaient bienvenues et amusantes dans le premier opus ne sont plus que redites ici, beaucoup de bruit et d’explosions et beaucoup trop long en plus… Quel dommage. Une mention tout de même pour la prestation de Julianne Moore qui excelle dans son rôle machiavélique. 

« Victoria and Abdul »*** de Stephen Frears avec Judi Dench, Ali Fazal, Tim Pigolt-Smith, Michael Gambon, Olivia Williams, etc. Durée: 1h52

 

Nous sommes au Royaume-Uni en 1887 et la Reine Victoria, épuisée par un très long règne de plus de 60 ans et veuve depuis 30 ans se morfond… Jusqu’à ce qu’arrive des Indes, un émissaire chargé de lui remettre, lors d’un banquet en présence de toute l’aristocratie européenne, une prestigieuse médaille mongole. Magnifique Ali Fazal, le Omar Sy indien, qui ose discrètement braver le protocole et jeter un œil à la reine. S’ensuit petit à petit le récit de celui qui a su toucher son cœur. Stephen Frears nous raconte l’histoire de cette amitié royale exceptionnelle avec un Indien de 50 ans son cadet, musulman de surcroît, qui lui apprend l’ourdou, la poésie, le Coran et devient son « munshi », conseiller/mentor personnel. L’histoire est vraie bien que le réalisateur prenne au début du film la précaution d’avertir le spectateur qu’il s’agit bien de l’histoire véridique de la Reine Victoria avec Abdul Karim & more… Si l’analyse historique est certes nettement moins abordée et approfondie que dans « The Queens » qui traitait d’Elisabeth II (qui soit dit en passant, dépasse son arrière-arrière grand-mère en longévité de règne), n’empêche que l’on s’amuse énormément dans la peinture de cette amitié totalement inattendue entre ces deux personnages dont les routes n’auraient jamais dû se croiser. Admirablement interprétés par une Judi Dench, remarquable tout comme Abdul qui plante là un rôle tout en justesse, sincérité et douceur. Il est vrai que la cour et Bertie, son fils et héritier sur le trône n’est pas vraiment avantagée dans cette interprétation des faits… Bravo à Stephen Frears pour sa façon magistrale de filmer. Il n’y a pas un plan qui n’est pas intéressant, abordé sous un angle différent. Le tout très subtilement. Je suis un fan du réalisateur dont j’ai vu (presque) tous les films… Reconnaissons-le!

« Insyriated »*** de Philippe Van Leeuw avec Hiam Abbass, Diamand Bon Abboud, Juliette Navis, Moustapha Al Car, etc. Durée: 1h25’ 
« La force d’un film, c’est de parvenir à transcender une situation pour parler au plus grand nombre partout dans le monde » commente Hiam Abbass, l’une des plus grandes actrices arabes (palestinienne née en Israël) qui porte le film par son interprétation exceptionnelle.

Prix du public au Festival de Berlin cette année, « Insyriated » traite d’une journée dans la vie d’une famille pendant la guerre en Syrie. On a beau lire ou entendre des reportages tous les jours sur les horreurs de cette guerre (et de toute guerre, quelle qu’elle soit) nous la faire vivre comme a choisi le réalisateur est une plongée dans cet univers de détresse. Même si l’humanité et la solidarité sont présentes tout au long du film. Adoptant les trois principes du théâtre classique -unité de temps, de lieu et d’action-, le belge Philippe Van Leeuw qui réalise son deuxième long métrage après « Le jour où Dieu est parti en voyage » sur le génocide rwandais filme ici un huit-clos impressionnant. Saluons le réalisateur courageux qui, sans nous abreuver d’images violentes, s’attache à nous dépeindre par les sentiments l’expérience profonde et terrible de la guerre. Ou comment nous faire partager le quotidien atroce de ce que vivent tellement de gens comme nous sur cette planète… On suit le film d’un bout à l’autre un nœud dans le ventre. « Insyriated » est non seulement un témoignage indispensable mais aussi un sommet dans le genre docu-fiction.

 
« Happy End »** de Michael Haneke avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Fantine Harduin, etc. Durée: 1h48
Difficile de ne pas y avoir une suite d’« Amour » qui avait remporté la Palme d’Or à Cannes en 2012. Haneke brosse ici le portrait d’une famille bourgeoise de Calais, tournée en grande partie dans sa belle maison de province. Avec Jean-Louis Trintignant, qui ne tourne plus qu’avec le réalisateur autrichien ; un Trintignant, un peu trop à mon goût dans le rôle cliché du vieillard aux expressions et à la gestuelle caractéristique de cet âge avancé face à Fantine Harduin, une merveilleuse et talentueuse petite actrice belge qui brûle les planches du début à la fin du film, avec ce rôle tout en retenue et intériorité. La manière de tourner et juxtaposer les plans (alternance de plans fixes filmés avec un smartphone, vues d’une caméra de surveillance, conversations sur internet, etc.) même si elle est fort dans l’air du temps est amusante. Elle laisse surtout le cerveau établir les ponts entre les différentes situations et personnages du film. Mécanisme intéressant. Je n’ai pas trouvé le film sans émotion… Au contraire, la mère incarnée par Isabelle Huppert, magistrale et si juste, est à mes yeux plutôt compréhensive et chaleureuse avec son fils à qui elle manifeste son amour, qu’elle prend même dans ses bras, qu’elle ne juge pas et avec qui elle n’élève jamais la voix. C’est Thomas, son frère et le fils de Trintignant, incarné par Mathieu Kassovitz qui est pour moi, le véritable cauchemar du film, présent physiquement sans l’être jamais honnêtement. C’est lui qui apporte ce sentiment de malaise que l’on ressent en sortant de la projection. But avoué du réalisateur. Une histoire de famille ni plus ni moins noire que la réalité…

« Faute d’amour / Loveless »** de Andreï Zviaguintsev avec Maryana Spivak, Alexey Rozin, Matvey Novikov, etc. Durée: 2h07

 
Terrible! J’ai beau chercher, je ne trouve pas d’autre mot pour qualifier ce film… L’histoire d’un enfant mal aimé (le mot est faible), l’histoire d’une famille qui éclate (si l’on peut appeler cela une famille tant les relations entre ses différents membres sont tendues) aux conséquences plus que dramatiques. Magistralement interprété et filmé par celui qui est considéré aujourd‘hui comme le plus grand cinéaste russe, Andreï Zviaguintsev signe après « Elena » en 2012 et « Léviathan » en 2014 un film sur le désamour qu’on pressentait pour la Palme d’Or à Cannes cette année et qui n’a obtenu que le Prix du Jury.
A travers un couple de moscovites qui se sépare, le réalisateur nous livre en toile de fond un portrait dur et amer de la Russie contemporaine. Avec une mise en scène et des plans incroyables -entre autres sur les arbres-, une tension palpable du début à la fin, on se sent mal à l’aise durant toute le déroulement de l’intrigue, en se posant la question de savoir comment un couple peut en arriver là… L’un des derniers plans montre Génia, la maman de Aliocha, le petit garçon introuvable faisant du jogging sur sa terrasse avec un sweat où l’on lit en grandes lettres rouges RUSSIA. Significatif.

 

« Le Sens de la fête »*** de Eric Toledano & Olivier Nakache avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Eye Haidara, etc. Durée: 1h57
 
Et bien je ne sais pas par où commencer tellement il y a de choses à dire sur ce film! Je pourrais aussi seulement vous dire : ne vous fiez pas aux apparences, un film peut en cacher un autre… Difficile en tous cas de ne pas déjà s’interroger sur le sens du film ou plutôt sur le titre à double sens: Le sens de la fête ou la fête a-t-elle un sens? Quand on sait qu’on a affaire au duo des réalisateurs des « Intouchables », on est presque sûrs que nous n’allons pas juste voir un film comique, une comédie divertissante. Et c’est le cas. Si on rit beaucoup du début à la fin, c’est pour beaucoup de raisons et à tous les niveaux : le contexte du mariage ultra classique, le réalisme de la situation, les personnages caricaturaux qui excellent tous dans leur rôle avec une mention spéciale pour le petit stagiaire photo géolocaliseur, l’humour omniprésent du plus simple au plus subtil notamment au niveau de la langue française, les clichés revus et corrigés, les références multiples à d’autres films du même genre réalisés par de grands réalisateurs comme « The Wedding » de Robert Altman ou même certains Woody Allen et Claude Sautet, de ce côté-ci de l’Atlantique. Et on n’a même pas encore parlé de Jean-Pierre Bacri… Ma parole, quel acteur! Il brûle les planches. Et Adèle, Eye Haidara, sœur jumelle d’Omar Sy? C’est troublant comme elle y ressemble: même façon de regarder, de se tenir, même body language!
Une comédie réalisée dans le magnifique décor du Château de Courances dans les environs de Paris, près de Fontainebleau, selon les trois principes du théâtre classique à savoir, unité de temps, de lieu et d’action. Tournée par une équipe qui filme une autre équipe, sur un ton endiablé où le spectateur est enrôlé dès les premières minutes, qui n’est jamais méchante, ni vulgaire mais au contraire aussi tendre que touchante et drôle. Magnifique musique originale de Avishai Cohen. Sans vous dévoiler la fin, je ne peux rien vous dire sinon qu’en remettant chacun à sa place, elle est grandiose. Pas facile en plus de finir en beauté une comédie.
Vous avez compris que j’ai été séduite et que cette soirée campée dans mon fauteuil a été… une fête! 
Merci à tous ceux qui ont réussi à me faire passer un si bon moment. 
 
N.B.: le film a dépassé le premier jour au Box Office « Blade Runner 2049 » 
« Une suite qui dérange : le temps de l’action » *** de Bonni Cohen & Jon Shenk avec Al Gore. Durée: 1h38

 

Le nouveau documentaire d’Al Gore, 11 ans après le premier intitulé « Une vérité qui dérange » sorti à la suite de sa défaite aux élections et qui lui valut l’Oscar du meilleur documentaire et en 2007, le Prix Nobel partagé avec le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.) Il posait alors la question de savoir où allions-nous si les émissions de gaz à effet de serre n’étaient pas diminuées? Et bien, nous y voilà une décennie plus tard et le deuxième documentaire montre à quel point les prévisions étaient fondées… Les conséquences sont là, visibles avec des exemples précis et un message on ne peut plus clair: il n’y a plus une minute à perdre! Espérons que le second opus rencontre le même succès planétaire que le premier et entraine une réelle prise de conscience. Un film plus qu’indispensable à aller voir en famille, à montrer dans les écoles, à voir et revoir. Merci à ce pourfendeur hors norme du climat, mousquetaire version XXIe s., certainement plus utile dans ce rôle qu’en politique

Virginie vous conseille cette semaine :
  1. « The Road to Mandalay » (Adieu Mandalay) de Midi Z : excellent docu-fiction sur les réfugiés birmans à Bangkok réalisé par l’un d’eux, exilé à Taiwan pour suivre un cursus artistique. Durée: 1h48′
  2. « The Beguiled » (Les Proies) de Sofia Coppola : tout l’univers aussi élégant que pervers de la réalisatrice qui excelle dans les mises en scène. Avec Nicole Kidman, Colin Farrell et Kirsten Dunst. Durée: 1h33′
  3. « Wind River » de Taylor Sheridan : entre polar et western, le premier film du scénariste de « Sicario » et plus récemment de « Comancheria » tourné dans les impressionnants paysages du Wyoming. Durée: 1h51′
  4. « Barry Seal: American Traffic » de Doug Liman : film d’action hollywoodien avecTom Cruise dans le rôle d’un pilote au service de la CIA et des… barons de la drogue colombienne sur fond de Nicaragua. De quoi s’interroger sur le rôle joué par les Américains en Amérique centrale… Durée: 1h55′
  5. « Maudie » de Aisling Walsh : biographie de la peintre canadienne Maud Lewis (1903-1970) remarquablement interprétée par Sally Hawkins. Durée: 1h56′

« COMO NOSSOS PAIS »** de Laís Bodanzky avec Maria Ribeiro, Clarisse Abujamra, Paulo Vilhena, Jorge Mautner, Annalara Prates, Sophia Valverde, etc. Durée: 1h42’

Un film qui traite de la place de la femme dans la haute société paulista (de São Paulo) réalisé par une femme appartenant à la ‘nouvelle’ génération des cinéastes brésiliens des années 90 avec Fernando Meirelles, José Padilha et Walter Salles dont on a pu voir les films en Belgique. Avec son 4ème long métrage, Laís Bodanzky suit la mère de deux petites filles qui assume tous les rôles pendant que son mari anthropologue s’intéresse plus aux Indiens Yanomamis d’Amazonie en général et à une jeune collègue séduisante en particulier… En évitant clichés et lieux communs, la réalisatrice dépeint subtilement le mécanisme du couple, de la paternité à travers le(s) père(s) de l’héroïne!, de la maternité -la définition d’une mère: “celle qui ne sait rien”- , de la filiation, du désir, de l’amour, de la famille, etc. Elle s’interroge sur la thématique de la pièce culte d’Ibsen « La Maison de Poupée » dont elle nous livre sa propre réinterprétation (ou suite? que l’héroïne aimerait d’ailleurs écrire..) A travers un scénario bien construit, des dialogues intéressants et des personnages complexes, voici un portrait actuel de la femme non seulement honnête mais encore touchant. « Eté 1993 »** de Carla Simon Pipó avec Laia Artigas, Paula Robles, Bruna Cusi, David Verdaguer, Quimet Pla, Jordi Figueras, Isabel Rocatti, etc. Durée: 1h38

 

« Eté 1993 »** de Carla Simon Pipó avec Laia Artigas, Paula Robles, Bruna Cusi, David Verdaguer, Quimet Pla, Jordi Figueras, Isabel Rocatti, etc. Durée: 1h38

 
Premier film de la réalisatrice catalane qui met en scène, 25 ans plus tard, son histoire personnelle. Exercice courageux et difficile. Elle est la petite Frida qui, l’été 1993, a perdu sa maman et a été adoptée par ses jeunes oncle et tante qui vivent à la campagne. Le parti pris de vivre l’histoire et de comprendre la situation exclusivement par les yeux de la petite fille est clair dès les premiers minutes du film. Rien que déjà dans la façon dont c’est filmé. Tout est à sa dimension et les adultes paraissent très grands. Frida entend des bribes de conversation, devine qu’il s’est passé quelque chose de grave, qu’elle ne retournera plus vivre en ville dans sa maison familiale désormais vide, etc. Mais personne ne lui parle vraiment de la mort de sa mère. On ne parle jamais du père non plus d’ailleurs… Etonnant. A travers un climat à la fois post franquiste incarné par les grands-parents et soixante huitard par le jeune couple qui l’accueille, Frida se montre sous son vrai jour, qui n’est certainement pas celui d’une petite chipie mais celui d’une petite âme perturbée qui cherche sa place et s’accaparerait bien ses ’nouveaux’ parents au prix de leur propre enfant, la délicieuse et généreuse Anna, de quelques années sa cadette. En abordant inévitablement la thématique de l’adoption et de ses conséquences, celle du couple qui doit se réinventer selon la nouvelle donne, la réalisatrice signe un film honnête, sincère, plein de finesse, d’émotion, de sensibilité et d’espoir surtout, en accord avec la belle lumière qui inonde le film d’un bout à l’autre. 

Un premier film plus que prometteur qui est reparti à juste titre du Festival de Berlin avec le titre de Meilleur Premier Film. 

« The Nile Hilton Incident »*** de Tarik Saleh avec Fares Fares, Mari Malek, Ahmed Seleem, Mohamed Yousry, Yaser Aly Maher, etc. Durée: 1h50

 
Passionnant polar sur Le Caire qui suit pas à pas un policier dans l’enquête d’un assassinat, quelques jours avant les manifestations sur la Place Tahrir qui déclencheront le soulèvement populaire du Printemps arabe en janvier 2011. Tourné dans les rues de Casablanca (sauf le dernier plan historique) par le réalisateur suédois d’origine égyptienne qui connaît visiblement bien les arcanes de son pays natal, le film noir peint avec justesse et des personnages bien campés, la réalité de cette société arabe gangrénée dont les rouages ne sont que corruption, délation et utilisation de ses relations, du plus bas au plus haut échelon de l’Etat. Une société dont les rapports de pouvoir et d’influence sont les moteurs. Nous voici à nouveau, face à une démonstration visuelle plus parlante que tous les discours. De quoi nous convaincre, si on ne l’était pas déjà que le cinéma d’auteur est bien une fenêtre sur le monde, une école multiculturelle et le reflet de la vie. Et sans doute l’un des meilleurs moyens d’essayer d’appréhender notre monde. Le film ne propose pas de solution… Juste un constat amer, préoccupant et bien triste. 
 
Au Studio 5 à Flagey
Les 28/07 à 17h30’, 29/07 à 15h30’, 31/07 à 17h30’, 9/08 à 22h, 14/08 à 22h, 15/08 à 17h15’, 17/08 à 19h45’, 20/08 à 15h30’, 24/08 à 22h, 26/08 à 20h45’, 27/08 à 18h45’ et dernière séance, le 30/08 à 19h30’. 
 

« Bar Bahr »*** de Maysaloun Harmoud avec Mouna Hawa, Sana Jammelieh, Shaden Kanboura, Mahmud Shalaby, Henry Andrawes, etc. Durée: 1h42′

 
Brillant portrait de trois femmes palestiniennes à Tel Aviv, premier film de la réalisatrice palestinienne Maysaloun Harmoud. Une ode à la liberté, à l’émancipation de la femme et une peinture audacieuse qui évite pièges et clichés. Les critiques émanant du public comme de la presse sont unanimes pour saluer l’exploit. Un propos qui apparaît comme une fenêtre éclairée dans l’obscurité de cette société conformiste et intolérante. Les trois actrices sont excellentes et la musique de M.G. Saad ajoute une dimension incroyable à ce film réaliste, plein de vitalité, d’humour, d’entraide (trash aussi…) où religion et tradition dans ce qu’elles ont de plus obtus sont sévèrement mises à mal. On apprend plus dans « Bar Bahar » que dans beaucoup de discours… Exceptionnel. 
 

Une petite remarque quant à la traduction du titre en français « Je danserai si tu veux » qui laisse perplexe alors que l’anglaise « In between » est bien plus proche du scénario.

 

« Magallanes »* de Salvador del Solar tiré du roman « La Pasajera » de Alonso Cueto avec Magaly Solier, Damián Alcázar, Jairo Camargo, etc. Durée: 1h49

 
Un film que je vais voir avec le plus grand intérêt concernée à divers titres par le Pérou depuis longtemps. Le cinéma péruvien est une denrée rare. Les dix premières minutes ne m’accrochent pas: les acteurs jouent ‘trop’ leur rôle (expressions des visages, tons des dialogues, attitudes appuyées, etc.) Je m’apprête à quitter la salle quand mon homme me retient. Heureusement car ce polar noir tourné en plein Lima s’est révélé intéressant à plus d’un titre. Entre autres, pour le rendu de la dignité de ces gens qui ont eu à subir les pires exactions tant du “Sentier lumineux » -ce mouvement terroriste d’inspiration maoïste, fondé dans le région d’Ayacucho dans les années 70 et qui a réussi à déstabiliser totalement le pays pendant plusieurs décennies- que de l’armée censée les protéger! Et c’est l’une des ces terribles histoires dont traite le film. Récompensé par le Prix Goya du meilleur film étranger en langue espagnole en septembre dernier au prestigieux Festival de San Sebastian (le plus vieux et réputé d’Espagne), le réalisateur adapte avec subtilité le livre d’Alonso Cueto qui aborde l’histoire récente du Pérou dont les plaies sont toujours là, faute d’en parler et de les reconnaître. L’actrice principale Magaly Solier est remarquable dans son rôle d’indigène abusée qui lutte pour sa dignité et son monologue en quechua à la fin est certes, avec la mise en scène dans le centre commercial de la rançon à payer, l’un des grands moments du film. 
Merci Michel de ne pas m’avoir laissée partir. 
 

A voir les 29.07 à 21h45′, 05.08 à 15h30′, 08.08 à 19h30′ & 11.08 à 21h45’ au Studio 5 à Flagey. 

« Visages Villages »*** de Agnès Varda et JR. Durée: 1h30
« L’Amant double »* de François Ozon d’après le roman «  Lives of the Twins » de Joyce Carl Oates avec Jérémie Renier et Marina Vacth, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, etc. Durée: 1h47
 
Pour son 17e film en moins de 20 ans, François Ozon tape fort et surtout dans un style radicalement différent de « Franz », son sensible et émouvant avant-dernier film. Tout part d’un mal au ventre/mal être de Chloé qui l’amène chez un psychiatre qui l’amène vers un autre. Jusque là tout va bien, mieux même pour la jeune femme qui retrouve le sourire sauf que le premier thérapeute qui n’arrive plus à gérer ses sentiments naissants pour sa belle patiente lui dit, alors qu’ils viennent d’emménager ensemble, de poursuivre ailleurs. Et c’est là que tout part en vrille car consciemment, elle continue la thérapie chez son frère jumeau, aussi violent et arrogant que le premier était doux et à l’écoute. Inutile de vous raconter l’histoire ou de vous dire si j’ai regretté ou non de passer presque 2h devant la toile, à ‘ suivre’ une thérapie tirée par les cheveux sur le thème (certainement) très bien documenté de la gémellité, si ce n’est que le film tourne en un triller mystérieux érotico-freudien! Admirablement interprété et filmé -intéressants plans du Palais de Tokyo-, on se demande à la sortie si c’était nécessaire de s’être laissé embarquer malgré soi dans cette aventure provocatrice et agressive, d’une élégance androgyne sombre …  

Impossible d’échapper à la grande petite dame du cinéma français, qu’on connaît réalisatrice mais qui est aussi photographe et plasticienne et qui, du haut de ses presque 90 ans nous livre un portrait inédit de la France, de ses gens et de ses villages désertés ou non… Au volant d’une petite camionnette grise en forme d’appareil photo, en grande complicité aussi professionnelle que personnelle avec JR, l’artiste rêveur (et le fils et petit-fils rêvé!) ils déambulent sur les petites routes de France du nord au sud au gré de leurs rencontres, de la grisaille, du vent, des grillons et de leurs projets. Quel bonheur de partager toutes ces émotions avec eux. Un film à qui il faut dire merci pour sa créativité, sa fraîcheur mais aussi son travail de mémoire. Très touchant.   

« L’Amant double »* de François Ozon d’après le roman «  Lives of the Twins » de Joyce Carl Oates avec Jérémie Renier et Marina Vacth, Jacqueline Bisset, Myriam Boyer, etc. Durée: 1h47
 

Pour son 17e film en moins de 20 ans, François Ozon tape fort et surtout dans un style radicalement différent de « Franz », son sensible et émouvant avant-dernier film. Tout part d’un mal au ventre/mal être de Chloé qui l’amène chez un psychiatre qui l’amène vers un autre. Jusque là tout va bien, mieux même pour la jeune femme qui retrouve le sourire sauf que le premier thérapeute qui n’arrive plus à gérer ses sentiments naissants pour sa belle patiente lui dit, alors qu’ils viennent d’emménager ensemble, de poursuivre ailleurs. Et c’est là que tout part en vrille car consciemment, elle continue la thérapie chez son frère jumeau, aussi violent et arrogant que le premier était doux et à l’écoute. Inutile de vous raconter l’histoire ou de vous dire si j’ai regretté ou non de passer presque 2h devant la toile, à ‘ suivre’ une thérapie tirée par les cheveux sur le thème (certainement) très bien documenté de la gémellité, si ce n’est que le film tourne en un triller mystérieux érotico-freudien! Admirablement interprété et filmé -intéressants plans du Palais de Tokyo-, on se demande à la sortie si c’était nécessaire de s’être laissé embarquer malgré soi dans cette aventure provocatrice et agressive, d’une élégance androgyne sombre …  

« Django »* de Etienne Comar avec Reda Kateb, Cécile De France, Bea Palla, Bimban Merstein, etc. durée: 1h57
 
Django Reinhardt, le jazzman manouche mondialement connu sert de prétexte à aborder un thème dont on parle peu : le génocide de la communauté tzigane par les nazis. Malgré un scénario un peu simpliste, conçu par le scénariste de Xavier Beauvois pour le film « Des hommes et des dieux » (qui est aussi, soit dit en passant, le producteur de « Timbuktu » de Abderrahmane Sissako, deux excellents films), impossible de ne pas être séduit par ce génie de la guitare dont la musique et la dextérité sont reconnaissables entre tous. Le film se termine sur le « Requiem pour mes frères tziganes » qu’il composa lui-même et qui ne fut joué qu’une seule fois à la Libération. La partition est introuvable aujourd’hui…

Si l’on réfère aux mots du réalisateur qui dit « Je crois beaucoup au cinéma pour agrandir notre espace de vie, notre regard sur le monde », il a réussi son pari avec ce bel et vibrant hommage à cette communauté massacrée pendant la Seconde Guerre mondiale.